vendredi 20 décembre 2019

 Réincarné



Si je vous disais que je connaissais la famille "Travers" personnellement vous ne me croiriez pas et pour cause le père de famille, Marcel, était boucher de profession.
D'ailleurs, pour ceux qui comme moi ne mangent pas de viande cela vous est certainement arrivé d'entendre, un jour, lors d'un repas, un convive pris de culpabilité entre deux bouchées saignantes, déclarer qu'il limitait sa consommation de cadavre agroalimentaire et préférait acheter moins, mais de meilleure qualité chez un artisan boucher qui sélectionne avec soin des éleveurs aimants et respectueux de leurs bêtes.
Marcel Travers était ce boucher, à n'en pas douter.
"Un homme de terroir aux valeurs d'un autre temps" c'est ce qu'il revendiquait fièrement derrière son comptoir en brandissant son hachoir si vous aviez le malheur de rentrer dans sa boutique en lui demandant si ses produits étaient halal.
Il tenait sa vocation professionnelle d'une éducation rurale, à l'ancienne c'est certain.
Les nombreux week-end de son enfance qu'il avait passé à accompagner son père à la chasse et à aider sa mère à cuisiner le gibier y était également pour beaucoup.
Toutes ces odeurs et ces bruits évoquaient autant de souvenirs en lui : les feuillages qui bougent, la détonation d'un fusil, le souffre de la poudre, les cris d'agonies, le fer du sang, le décollement de la peau, les arômes du bouillon de légumes, le déchirement de la chair sous la lame du couteau, le fumé réconfortant du bon petit plat de maman.


Et maintenant, il estimait que c'était à ses enfants de vivre cela, c'est pourquoi Marcel Travers et sa petite famille avaient pris la route pour rendre visite à ses parents dans son village natal.
L'obscurité commençait à tomber - "entre chien et loup" comme disaient les anciens ici - et les phares bien qu'ils soient surélevés sur un 4x4 peinaient à éclairer la route de campagne sinueuse.
Soudain, un bruit retentit, Marcel pensa à un nid de poule et jeta un œil dans le rétroviseur pour vérifier s’il n'avait pas crevé un pneu et quand son regard revint devant lui il découvrit avec stupeur un sanglier en plein milieu de la chaussée.
Du haut de son imposant 4x4 équipé d'un pare-buffle, son choix fut vite fait. Pourquoi risquer une sortie de route quand on a juste à faucher l'animal?
Notre boucher, fils de chasseur, le savait, il ne serait pas embêté par les gendarmes puisque la loi prévoit qu'en cas de collision accidentelle avec un grand gibier qu'il s'agisse d'un cerf, chevreuil, sanglier, chamois, mouflon, isard, daim on peut l'emporter à la seule condition de prévenir les autorités territoriales.
Ainsi, sans ralentir et sans état d'âme il fonça vers son destin en donnant un coup d'accélérateur pour percuter la bête, mais au dernier moment, discerna dans ses phares un chasseur sur le bord de la route qui s'approchait et par réflexe il tourna légèrement le volant.
Le véhicule fit une embardée, fauchant la bête et s'encastrant dans le décor.

Pour notre père de famille, c'était un réveil difficile, il ne se sentait pas comme qui dirait "dans son assiette".
Un bref regard autour d'eux permit à Marcel de reconnaitre les lieux où ils se trouvaient : dans la forêt qui jouxtait son village natal.
Et le grommellement douloureux du sanglier qui gisait tout près lui rappela le contexte de leur accident.
Une remorqueuse était en train d'enlever ce qui restait de son 4x4.
Le boucher se redressa et se déplaça à quatre pattes, il réalisa stupéfait au bout de quelques mètres qu'il était dans la peau d'un sanglier. Littéralement.
Il se tourna vers la laie et ses marcassins qui grognaient et reconnut sa femme et ses enfants au-delà de leurs yeux, à travers leur regard.


Les retrouvailles furent interrompues par des coups de feu, le premier fit éclater une motte de terre devant eux et le second endommagea l'écorce d'un arbre dans leur ligne de mire.
Notre sanglier, les sens alertes, sentit une odeur familière et réconfortante, celle-ci évoquait la lotion après-rasage bon marché que portait son père.
Et malgré les tirs dans sa direction, tandis que sa laie et ses marcassins - comprenez sa femme et ses enfants - fuyaient une mort certaine, Marcel vint à la rencontre de la menace.
Trompé par ses sens associés aux souvenirs d'une autre vie, il se fit rapidement entourer par le peloton de chasseur mené par son propre père avant de comprendre que celui-ci ne le reconnaitrait pas.
Acculé de toutes parts, il réalisa qu'ils étaient là pour venger sa mort, sa belle fille et ses petits enfants sans jamais penser que ces derniers s'étaient peut-être réincarnés.
Une pluie de plomb s'abattu sur le sanglier, mais ne firent qu'érafler sa peau épaisse et velue, ce qui agaça passablement le père qui sauta sur l'animal pour le blesser au couteau.
La douleur fut si vive que Marcel en se débattant entraina au sol son père et se prit des tirs accidentels de ses camarades de chasse.
Quelques secondes d'agonie après, le vieil homme et l'animal baignaient dans leur sang jusqu'à en mourir.

Un nouveau réveil, une nouvelle vie.
C'était cette fois, dans la peau d'un cochon et il saisit enfin toute l'ironie de la situation.
Un boucher du nom de "Travers" qui se réincarnait en porc, incontestablement, ce Dieu a de l'humour et on comprennais très bien pourquoi sur toutes les représentations qui sont faites de Buddha celui-ci sourit.
Et dire que pendant tout ce temps ce pauvre Marcel en vénérait un autre alors qu'il suffisait qu'il se regarde dans un miroir pour comprendre lequel l'avait créé à son image.
Avec son crâne rasé et sa bidasse qui dépassaient de son short, la ressemblance était pourtant évidente.
Une fois de plus, les lieux lui sont familiers, l'odeur, les murs, cet enclos en ferraille de quelques mètres carrés qui ne lui laissait même pas l'espace de tourner la tête, tout dans cette "ferme" ou plutôt ce hangar.
Il était déjà venu dans cet endroit...mais pourquoi y revenait-il aujourd'hui, c'est la question qui tracassait notre porcasse.
Si seulement il pouvait lire le nom peint sur les lattes en bois de la clôture, mais il n'avait plus les mêmes capacités cognitives que lorsqu'il était humain ce qui ne lui enlevait pas pour autant des qualités intellectuelles.
C'est lorsque que l'homme entra dans l'étable que Marcel le cochon le reconnaissait : c'était son fournisseur, son grossiste ou le fameux éleveur respectueux et aimant, appelez-le comme vous le voulez.
Au début il les caressait, les examinait, vérifiait qu'ils ne soient pas blessés ou malades puis les brossait, mais rapidement Marcel eu un pressentiment étrange, il trouva que l'humain cajolait un peu trop ses dames.
Celui-ci enfila un très long gant en plastique transparent et ordonna à son collègue en désignant Marcel et son porcelet de fils de les mettre à l'écart, car ils étaient "beaucoup trop gras" avant d'ajouter "On va les tuer aujourd'hui ça nous évitera de les nourrir en hiver".
Notre verrat qui pensait bientôt arriver au bout de ses peines après la macabre révélation qu'il venait d'entendre, fut surpris que sa récente condition d'animal lui réserve encore de nouvelles ignominies en perspective.
Et c'est quand il comprit qu'il allait assister impuissant à l'insémination forcée de sa truie et de sa cochette qu'il réalisa que l'humanité pouvait rivaliser voir même dépasser ses pires cauchemars.
Puis l'éleveur s'approcha doucement et s'adonna à ce que Marcel considérait (maintenant que ses proches en étaient victimes) de fisting, un viol odieux.
Les couinements assourdissants résonnèrent dans l'étable avec la violence que seul un groupe de deathcore était capable de déchainer.


Dans sa vie antérieure, notre ex-humain ex-boucher était au courant de toutes ses pratiques abominables, il refusait simplement de le voir, mais aujourd'hui il ne pouvait plus détourner le regard de cette véritable scène d'horreur.
Fou de rage il tenta de charger l'éleveur en vain retenu par un grillage barbelé et une clôture électrifiée.
Épuisé de se débattre il s'écroula par terre, le groin dans la glaise, le regard vers la cour et son portail resté ouvert.
Le jeune carlin du propriétaire vint à sa rencontre, avec sa queue frétillante et sa langue pendante. De ses grands yeux globuleux pleins d'incompréhension il s'interrogeait sur  ce cruel traitement.
Marcel mit un peu de temps avant de reconnaitre à travers le regard du canidé son ancien meilleur ami d'enfance, Carl. Carl le carlin.
Race de chien qui empruntait beaucoup de caractéristiques au cochon avec sa queue en tire bouchon, son museau écrasé et sa fâcheuse habitude à péter.
Bien qu'il soit heureux de le retrouver, il ne pouvait s'empêcher de se demander pourquoi lui avait eu la chance de se réincarner en chien.
De quel droit lui avait-on attribué une vie d'animal domestique plutôt que d'élevage.
Tandis qu'il se faisait cette réflexion, les fermiers le portèrent jusque dans la camionnette.

En pédalant ainsi dans le vide, il se prenait à se rêver libre comme un cochon sauvage nageant dans les eaux turquoise des Bahamas.
Le groin passé entre les fentes de la bétaillère, il le savait c'était là ses dernières bouffées de liberté avant les cris, la douleur et le sang.
Une odeur de mort empestant l'air annonçait la proximité avec l'abattoir.
Les larmes leur montèrent et un sentiment de panique submergea notre cochon et son cochonnet.
On tenta de les extraire du camion avec force, mais ils résistèrent aux coups pour enfin succomber au bâton électrique.
Résigné à emprunter le couloir de la mort, le pauvre Marcel s'avançait pour recevoir sa sentence : un tir de pistolet d'abattage.
Bien souvent utilisé pour achever facilement les gros animaux, cette arme à air comprimé fonctionne avec un projectile qui entre dans la tête de l'animal et revient à l'intérieur de la chambre.
Il se réjouissait presque de mourir ainsi, c'était pour lui la fin de ses souffrances et celles de son goret de fils.
Un coup sec retentit et dans le même moment sa progéniture s'écroula sur place.
C'était maintenant au tour de notre boucher d'être exécuté.
Alors que le piston devait faire son aller-retour meurtrier en éclatant os et cartilage crânien pour toucher le cerveau, rien ne se produisit, le pistolet semblait enrayé.


Un instant de répit pour Marcel qui s’était déféqué dessus, tout porc qu'il était, pataugeant dans ses propres excréments, mais toujours vivant.
Il venait à peine de comprendre ce qui lui était arrivé et ne fut pas au bout de ses surprises quand il entendit l'employé revenir en aiguisant un couteau.
En se penchant au-dessus de lui, l'employée récita une prière en arabe avant de l'égorger.
Tuer façon halal, le comble pour notre homme de terroir, boucher traditionnel français.

Troisième vie, dernière chance.
Poussant l'ironie de situation toujours plus loin, ce dieu rieur et taquin décide de réincarner Marcel Travers le boucher en cochon d'Inde.
Ses prières ont été entendues pour lui qui espérait que la roue tourne, il avait désormais tout son loisir pour la faire tourner dans sa petite cage.
Bien que ce genre d'accessoires soit en général réservé à l'exercice de petits rongeurs myomorphes, tout comme cette cage, il a été entreposé avec eux faute de places disponibles dans l'animalerie.
Marcel philosophait en se disant qu'il valait finalement, peut être mieux se voir priver de liberté et jouir au moins de la relative sécurité que lui procurait son nouveau statut d'animal de compagnie.
Et puis il serait à l'abri des intempéries...mais jamais des mauvais traitements, il le savait tout dépendrait du futur propriétaire qui le choisirait.
Il redoutait l'adoption par un Roms qui le droguerait pour faire la manche ou une gamine capricieuse qui le maltraiterait involontairement à la façon d'Elmyra Duff des Tiny Toons.
La pire possibilité qu'il avait imaginé était d'être acheté en vue de servir de plat de résistance à un reptile ou un crotale "domestique"!


Contre toute attente, Marcel le cochon d'Inde fut adopté par Tanguy, un vieux garçon ou plutôt un jeune homme célibataire qui vivait seul avec son chat.
Pendant un temps il était presque heureux dans sa petite cage, adieu la lumière artificielle aliénante et la promiscuité inter-espèce.
Il se prenait d'adoration pour son maitre, lui manifeste sa joie de le revoir quand il rentrait du travail, se précipitait dans les tuyaux en PVC à toute vitesse, exécutait les petites prouesses physiques qu'on lui avait appris pour montrer sa gratitude, levait les bras au ciel puis se prosternait comme il l'aurait fait pour un dieu.
Qui sait, il s'agissait peut-être des premiers signes d'un syndrome de Stockholm.
Philosophe, il se disait qu'il aurait pu se retrouver au menu de descendants incas péruviens, friands de la chair de cochon d'Inde.


Sachez que toute espèce est à la merci du prédateur humain.
Vous pouvez être domestiqué et même considéré comme un membre à part entier de la famille en Europe et pour autant vous retrouver en plat à Yulin en Asie comme c'est le cas pour le chien.


Enfermé, il s'ennuyait, l'envie de tout le quittait, la faim lui manquait, peu à peu déprimé il se laissait mourir.
Marcel était pris de pulsions autodestructrices, il s'arrachait les poils, se tapait la tête contre les barreaux de sa cage, plongeait sa tête dans son écuelle d'eau.
À l'aide de ses dents il entaillait ses petits bras tout nus de poils et crachait le sang au-delà de la grille pour tenter d'attirer l'attention du vieux matou qui somnolait sur le canapé.
Notre cochon d'Inde suicidaire ne se reconnaissait plus et réalisait soudain qu'il avait peut être été contaminé par la Toxoplasma Gondii. Un parasite qui touche le cerveau des rongeurs déclenchant chez eux une attirance vers leurs ennemis mortels : le chat.
La crise d'automutilation passée, notre boucher épuisé bien qu'encore agité, se lova dans la boule de foin et s'endormit.


Dans les limbes de ses rêveries, il parcourait à toute vitesse d'interminables tuyaux en plastique multicolores, comme autant de voyage interdimensionnel ou la vision que l'on se faisait de l'intérieur d'un trou noir.
Un gros intestin humain, à l'intérieur d'un système digestif.
Il se retrouvait une fois de plus dans la merde, ainsi fourré dans le côlon d'un homme et cherchait à en sortir, griffant les muqueuses sombres et nauséabondes.
Puis soudain, il vit une lueur au fond du tunnel ténébreux.
La lumière se reflétait sur les parois luisantes et lubrifiées de l'anus dilaté qui se refermait derrière Marcel et le compressait un peu plus à chaque avancée.
C'était son maître, Tanguy, qui venait de craquer une allumette en espérant faire sortir le rongeur du cul de son partenaire sexuel.
Le malheureux semblait ignorer qu'en agissant ainsi il pouvait enflammer une poche de gaz intestinaux et mettre fin à l'existence du cochon d'Inde.
Marcel avant de s'éteindre, eu une dernière pensée en ces termes "la vie terrestre est un jeu au plaisir sadique."

mercredi 5 décembre 2018

Seppucul


La première fois c'est toujours spécial.
 On a tous une première fois bien particulière à laquelle se rattache un souvenir, une odeur, un goût, un sensation. La première fois qu'on a fait du cheval, la première fois qu'on a mangé du gingembre, la première fois que votre père vous a touché la jambe pour remonter jusqu’à l'aine.
 Ma première fois sera ma dernière et je ne serai plus là pour m'en souvenir, cela dure depuis déjà trop longtemps. Chaque jour que je vis est un jour de moins, un
 jour de plus pour ne plus vivre avec ça.
 J'ai rendez-vous pour un casting cet après midi dans le centre de Kyoto.
 L'homme qui me reçoit est grand, brun et répond au nom évocateur de Jet Umy.
 Oui, il est acteur porno mais pas seulement c'est une star de la profession, spécialisé dans l'éjaculation massive.
 En m'invitant à m’asseoir d'un geste de la main désignant le canapé face à son bureau, il me demande tout sourire si c'est pour le "bout" d'essai que je suis ici.
 "Je te propose qu'on commence par une interview, histoire de faire d'une pierre deux coups" dit-il en allumant sa caméra.
 Un petit bip annonce que l'appareil enregistre, il s'installe sur le canapé avec moi, tourne l'objectif vers lui en se regardant dans le petit écran (moniteur) qu'il
 incline pour pouvoir se regarder tout en filmant.
 - "Bonjour à tous, c'est Jet Umy! Aujourd’hui je rencontre une petite nouvelle la belle Fuk Yu, vous allez l'adorer."
 Il braque la caméra sur moi, je fais un petit coucou de la main, gênée.
- Tu peux te présenter ma jolie ?" dit-il en me caressant une mèche de cheveux puis la joue et la lèvre supérieure.
 - "Salut les mecs, je m’appelle Fuk Yu..."
 - "C'est ton vrai prénom ?"
 - "Oui..."
 - "Dis-nous en plus" Il met sa main dans son caleçon.
 - "Je suis de la banlieue de Kyoto, de Kibune"
 - "hum..hum...continue. Et tu as quel âge ? "
 L'intérieur de son jogging se met à bouger, il se branle doucement.
 - "Je viens tout juste de fêter mes 18 ans..."
 - "Tu as eu tes premiers rapports à quel âge ?"
 - "12 ans je crois"
 - "C'est tôt, tu dois vraiment être une petite coquine toi! Qu'est ce que tu préfères dans le sexe ?"
 Il arrête de se branler sa main gauche et descend une des bretelles de mon soutien gorge.
 - "le plaisir de l'autre" fais-je en le fixant droit dans les yeux.
 - "...Intéressant tout ça...Tu peux me dire quelle est ta position préférée ?"
 Il s'est rapproché de moi, maintenant il me palpe la poitrine et se met à lécher un de mes tétons.
 - "Le cheval à bascule."
 - "Pas mal, original en plus!" fait-il la bouche encore pleine de mon sein.
 Il s’arrête puis recule sa tête: "Ce sont des vrais ?"
 - "Oui 100% naturel Monsieur Umy"
 - "Parfait! Maintenant ma chérie, montre nous pourquoi ton nom te va si bien."
 Je le branle entre mes seins, bizarrement il bande mais un peu mou, il a dû enchaîner les tournages aujourd'hui.
 Inquiète de ne pas être engagée pour le rôle, je le suce un peu. Je fais jouer ma langue sur son pénis blanc et veineux comme un rouleau de printemps - il est
 pratiquement aussi large - et ce n'est qu'à ce moment qu'il commence à grandir dans ma bouche.
 Ses mains posées sur ma tête, je peux sentir sa respiration qui s’accélère et la pression exercée sur mon crâne augmenter quand soudain avant même le moindre gémissement, il coupe la caméra. La scène est finie. Pas de pré-éjaculation, rien. Un travail propre, professionnel, consciencieux. Il ne gaspille pas ses cartouches hors tournage. J'essuie ma bouche du revers de la main.
 Après s’être passé de la crème sur le sexe, il me tend un formulaire. "C'est une décharge pour les assurances, trois fois rien tu vas voir. Tu as tes analyses comme je
 t'ai demandé ?"
 "Oui... les voilà." Je sors des documents d'une pochette plastique et le lui donne.
 En remplissant le formulaire, je m’arrête pour lui demander : "Je suis allergique au latex, je dois le mentionner ?"
 Pas inquiété par cette question comme j'aurais pu le craindre il me répond que non car de toute façon ils le sont tous dans le milieu, ils n'aiment pas les
 préservatifs et que pour ma scène ce n'est pas utile, c'est une scène de Bukkake.

 Petite parenthèse historique : Bukkake vient du verbe Bukkakeru qui dans ma langue signifie "éclabousser de l'eau". Cette pratique sexuelle qui consiste en un groupe d'hommes qui encercle et éjacule sur quelqu'un, est une invention de mon cher pays. Notre contribution à l'histoire de la pornographie. Je ne pourrais pas dire avec exactitude par qui et quand il fut inventé, mais je sais qu'il s'est popularisé dans les années 80. Alors qu'à l'époque la censure interdisait aux réalisateurs de montrer les sexes sans qu'ils ne soient floutés, ceux-ci ont dû s'adapter, réinventer la façon de mettre en scène la sexualité dans la pornographie sans violer la loi.

 Je lui rend le formulaire qu'il dépose sur son bureau puis m'oriente d'une main posée sur ma taille vers la loge où la maquilleuse et le coiffeur m'attendent.
 La vieille matrone goudou et le jeune pédé, le couple parfait qui va me transformer pour mon rôle de Geisha. Une autre invention japonaise.

 Pendant que je me fais coiffer puis maquiller, je prend un magazine du National Géographic qui traînait sur une pile de tabloïd. En le feuilletant, je réalise à quel
 point l'homme est proche de l'animal, à quel point il en est un. Toutes ses pirouettes, toutes ses apparences ne cachent pas longtemps sa profonde nature.
 Prenons la maquilleuse avec sa coiffure imposante blonde et son bronzage orangé qui la font ressembler à un chow-chow.
 Et l'éclairagiste aux tempes grisonnantes, les yeux plissés sous ses lunettes lui donnant un air de vieux blaireau.
 Ou le producteur, sa peau grasse rosée par les excès et son nez de cochon le feraient sans aucun doute passer pour l'animal du même nom.
 Un article m'interpelle par son titre : "Coït mortel chez les marsupiaux". L'encart révèle que le processus de reproduction de l'Antéchinus, un marsupial d’Australie, est tellement éprouvant qu'il le conduit bien souvent à la mort en raison d'une très courte période annuelle de fécondité chez les femelles.
 Le docteur en biologie met en cause : "leur taux d'hormones qui atteint des niveaux incontrôlables, ce qui accroît leur stress, leur fait perdre leurs poils, dégrade leur santé et les pousse à se reproduire durant 12 à 14 heures d'affilée avec un grand nombre de femelles. Au bout d'un mois d'orgies communautaires effrénées, leurs testicules ont enflées - jusqu'à quintupler de volume - ainsi épuisés, leur système immunitaire s'effondre et ils meurent. Pas un seul mâle ne survit au suicide collectif." Dans toute cette ménagerie qui m'entoure, il semblerait que moi je sois un Antéchinus.

 Ils sont tous là, les 28 acteurs mâles, à manger en attendant que le tournage commence. Jet Umy, qui s'est joint à eux, avale une bouchée de son sandwich 30 cm de chez Subway. On est ce qu'on mange. J’espère que ça ne va pas trop altérer le goût de son sperme. Dis-moi ce que tu manges, je te dirais quel goût tu as.
 Personnellement je n'ai jamais déguster de sperme. J'ai entendu dire que ça sent l'eau de javel, que sa texture est un peu visqueuse, que c'est un peu chaud et amer en
 bouche. Il paraît que le goût de chaque homme est différent en fonction de son alimentation. Exemple : celui qui mange beaucoup de fruits notamment la prune, la nectarine, l'ananas, la mangue... aura bon goût. Par contre celui qui consomme de l'alcool, de la charcuterie ou encore du chocolat lui... En plus d'avoir mauvais goût, son sperme risque d’être chargé en gluten. Et admettons que vous ayez des allergies au gluten par exemple, une petite gorgée du doux élixir de ce dernier peut se transformer en séance de désensibilisation. Je n'ose même pas imaginer si vous étiez sujette au diabète ou au cholestérol.

 Savez-vous seulement ce que peut représenter une scène de Bukkake en termes de préparation pour une porn-star, à commencer par un check-up chez le dentiste qui passe votre bouche à la loupe, à la recherche de la moindre petite lèvre gercée, gencive irritée. Un simple aphte et vous êtes bonne pour la trithérapie.
 Le business du Porno représente une part de l'économie mondiale énorme. Chaque année, on décerne des prix Nobel à des scientifiques pour leur recherche ou
 leurs découvertes mais le premier qui découvrira la capote buccale sera raillé, ou pire ignoré. Ça me fait toujours sourire quand je vois ces stars de cinéma qui font de l'humanitaire, qui s'érige contre les champs de mines antipersonnel.
 Sida, syphilis, herpès, chlamydia, gonorrhées, hépatites... Il y a des choses contre lesquelles on ne peut même pas se prémunir, imaginer qu'il m'éjacule dans les yeux?! A côté de ce que risque des milliers d’actrices porno chaque jour, les mines antipersonnel c'est un rhume de saison.
 Je suis fin prête, toute vêtue de mon kimono de soie rouge avec son décolleté dans le dos et une large ceinture nouée avec une traîne comme celle d'une mariée, l'habit
 traditionnel Obebe. Mes cheveux sont dissimulés sous cette coiffe, une perruque au chignon divisé en deux, ornée d'une étoffe rouge.
 Quant à mon visage, il est fardé de blanc, les joues légèrement ombrées en rose et seule la lèvre inférieure - pour me donner un air boudeur - teintée d'un rouge encore assorti à ma tenue. Cela fait bizarre de se voir comme ça dans le miroir, je ne me reconnais pas et je pense que c'est le but que recherchaient ces femmes en faisant cela, mon personnage en tout cas.
 Je n'ai pas lu le script, je ne pense pas qu'il y en ait un. C'est Jet Umy qui me donne les directives pour mon rôle en attendant que tout le monde soit prêt.
 Si j'ai bien compris ce film est une sorte de reconstitution historique du premier Bukkake. Dans un Japon féodal, il raconte les aventures torrides d'une jeune mariée qui se travestit en Geisha la nuit. Jusqu'au jour où elle se fait démasquer. Sa famille et son mari, furieux d'être ainsi bafoués, lui font subir un horrible châtiment : à genoux, humiliée, elle est forcée de subir l'éjaculation de tous les villageois. La fiction est parfois étrangement proche de la réalité. A croire que ce rôle a été écrit pour moi, l'histoire de ma vie transposée à quelques détails près.

 Les 28 hommes s'installent tous autour de moi, le sourire aux lèvres, la main à la bite. Fap, fap, fap... En fermant les yeux on croirait être dans une serre aux
 papillons. Habituellement la personne qui est au centre de l'attention de ses messieurs est vêtue d'un uniforme scolaire ou d'une panoplie lunette-chignon-chemisier-tailleur de secrétaire mais le film qui se tourne aujourd’hui est pour le marché occidental, d'où mon déguisement de Geisha. Apparemment la demande et les attentes des pays étrangers envers notre pornographie se limitent au cliché. Comme si toutes nos putes étaient actuellement encore apprêtées comme des geisha.

 5 minutes, tout au plus, c'est ce que cela dure. C'est aussi le temps que mon père et mes frères ont pris pour me violer quand j'avais 12 ans. Comme eux à l'époque, ils n'ont pas eu besoin de se retenir. Ils peuvent aller directement à l'essentiel pas comme avec leurs femmes, si j'en crois les alliances que je vois sur les mains avec lesquelles ils se branlent frénétiquement, rouges d'effort et les yeux révulsés.
 Le premier jet part et vient toucher une de mes joues maquillée de rose, glissant de ma pommette comme une larme spermeuse.
 Si dans nos films avec la tendance lolicon - abréviation pour lolita complex - les actrices surjouent les petites chouineuses collégiennes virginales lorsqu'elles sont recouvertes de foutre. En ce qui me concerne, ce n'est pas une composition dramatique, mes émotions et mon dégoût sont à peine masqués.

 Une éjaculation tombe sur mon sein droit, pendouille un instant dans le vide en restant accrochée sur mon téton, puis coule visqueusement sur mon nombril, se logeant à l'intérieur de celui-ci. Un petit homme bedonnant et chauve avance vers moi en trifouillant sa bite cachée sous son gros ventre. Soudain une petite giclette - le nom et la quantité sont proportionnés à l'engin - est projetée en l'air et atterrit dans ma chevelure. Il s'approche encore de moi pour essuyer son micro-pénis sur mon épaule. Je suis souillée comme le nom de ma famille désormais. Aujourd’hui et pour toujours. Dans ma souffrance, je parviens étrangement à trouver du réconfort. Plus je me sens sale, plus je jubile car demain je n'aurais plus à vivre avec tout ça et il sera trop tard pour eux pour me renier, leur propre sang, leur propre nom.

 Ma peau commence un peu à rougir par endroits, à me démanger sous mon kimono, rendant la sensation encore plus désagréable qu'elle ne l'est déjà. Les autres hommes explosent en tirs groupés comme une pluie de comètes. Souvent hors cadre, un fluffer - l'assistant plateau/branlette chargé de garder les acteurs en érection - vous tend un seau et une serviette éponge entre les prises pour moi ce serait plutôt un infirmier avec un défibrillateur.

 Il n'y a pas de films de bukkake sans une scène de Gokkun. Au même titre qu'il n'y a pas de films porno qui ne commencent ou ne finissent sans fellation.
 Pour le grand final, Jet Umy - jusqu'alors en retrait - éjacule dans une coupe en argent, il y met tout son cœur, disons plutôt son ADN, son épi de maïs dopé aux OGM.
 Dans un silence solennel, il m'apporte son Saint-Graal rempli de sa semence encore chaude, je peux y voir un peu de fumée s'en échapper.
 Tout cela aurait pu être évité si seulement c'était une fake éjaculation, un savant mélange, composé de 3/4 de blanc d'œuf cru et 1/4 de lait concentré sucré, introduit en trompe-l’œil par des tubes transparents mais cela ne fait aucun doute que je l'aurais deviné rien qu'à l'odeur.
 Je porte le verre à mes lèvres et l'avale cul sec. Gokkun, c'est de là que vient son nom, c'est le doux son que l'on émet en avalant le sperme.
 Ça aurait tout gâché si je m'étais étouffé en buvant, maintenant il ne me reste que quelques minutes à vivre.
 Je sens un œdème se former dans ma gorge remontant de mon estomac à mon œsophage, petit à petit ma peau se met à gonfler, ma respiration se fait difficilement, je commence à suffoquer.
 Je suis hautement allergique au sperme, si j'éclatais une capsule de cyanure sous ma dent cela produirait le même effet, aussi bien visuellement que biologiquement.
 On ne verrait pas la différence. Ce tournage est une grande partie de roulette russe auquel je joue toute seule avec un pistolet automatique à 28 coups et au
 chargeur plein.
 Comme disait mon père : "ça fait du mal au début et du bien à la fin." C'est exactement ce que je ressens maintenant.

mercredi 31 octobre 2018

Murder King²

Ma commande est bientôt prête, pratiquement 30 minutes que je l'attends à ce fichu food-truck. Tu parles de restauration rapide.
Après avoir dévoré son bagel, il va pour jeter l'emballage dans une poubelle au coin de la rue et c'est alors que je décide de l'aborder.
"Excusez-moi, vous fumez ?"
"Oui, mais c'est ma dernière."
"Parfait! je vais vous laisser la fumer avant de mourir dans ce cas!" je lui rétorque tout sourire, gorge et canines toutes déployées pour le saigner.
Il n'a même pas fini son sandwich, il l'a simplement laissé tomber après avoir vu mes dents grandir monstrueusement hors de ma bouche.
Quel gaspillage, vraiment, et moi qui ne mange pas la nourriture de ma nourriture.
Dans sa poche je saisis le quotidien édité pour le métro, en arrache trois pages dans lesquelles j'emballe un morceau de premier choix.
Ce sera mon casse-croute.
En finissant mon petit en-cas, je cherche des yeux quelque chose pour m'essuyer la bouche et finis par utiliser à nouveau le journal.
À ma grande stupéfaction je tombe sur un le titre d'un article faisant état du meurtre du rhinocéros au parc zoologique de Thoiry, retrouvé mort, sa corne sciée et volée.
Et c'est étrange comme la simple évocation de ces faits de braconnage me renvoie des années en arrière.

Dans les années 90, j'avais été convié par un ami à un séjour en Afrique de l'Est.
Vlad, prospérait à l'époque grâce à plusieurs "usines à bébé" comme il les appelait, des entrepôts remplis de jeunes femmes enceintes qui en échange d'argent, donné naissance à des enfants disponibles à l'adoption pour de riches occidentaux.
Selon lui, certaines voyaient cela comme une opportunité, voir même une libération, car parmi elles, des grossesses étaient la conséquence de viols.
Ensuite il suffisait à Vlad de récupérer à l'aide d'un ingénieux système le sang versé lors d'accouchement et l'entreposer dans de grandes cuves pour sa consommation personnelle.
Mon très cher ami moquait mes méthodes qu'il jugeait "barbares", lui, le philanthrope, le bienfaiteur de l'humanité dont il se nourrissait, semblaient-il oublier.
Il était l'équivalent en son temps des actuels bobos de gauche ayant pour maxime "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais".
Lors de ma visite, je m'étais joint à lui pour une partie de chasse en pleine savane tanzanienne de l'aire Ngorongo, une expérience "EX-AL-TAN-TE" qu'il m'avait promise pour m'inciter à participer.
Sur les toits de chaume d'une petite habitation, la pleine lune venant souligner les contours de chaque chose dans l'obscurité environnante, observant le moindre mouvement dans l'attente d'une proie de choix.
Je sentis alors une odeur de brulée et compris en regardant à quelques lieux d'ici que cela était lié à un épais dégagement de fumées, plus noires que la nuit, aussi nauséabonde que la mort.
Celles-ci nous menèrent jusqu'à des cadavres calcinés d'éléphants, leurs peaux fondues semblables à des voitures accidentées après un carambolage meurtrier sur l'autoroute.
Vraisemblablement, nous étions sur la piste de braconnier plutôt expérimenté.
Bien qu'ils n'aient pas laissé de trace de sang ou de pas dans leurs fuites, je pouvais les suivre à l'odeur, comme du gibier.
Ils devaient se pensaient être les seuls prédateurs en chasse ce soir là...quand nous les avons enfin retrouvés, sur le parking désert derrière un bordel en pleine célébration.
Les braconniers étaient en train de s'immortaliser en compagnie de son riche client, un blanc qui arborerait fièrement un tee-shirt aux couleurs américaines, posant tous ensemble pour une photo souvenir avec la tête d'un lion mort, des pangolins encore gesticulants et un sac rempli de cornes en ivoire.
Quel grand prédateur achète un trophée? Paie pour tuer? C'est d'un pathétique effarant et cynique.
Il n'y a plus aucun enjeu, cela reviendrait à s'offrir un ours en peluche dans une fête foraine, au lieu de jouer pour le gagner.
Vu sa physionomie, il était évident qu'il était aussi du genre à devoir payer pour baiser et c'est justement ce qu'il s'apprêtait à faire quand nous lui sommes tombé dessus, toutes gueules ouvertes, canines sorties, prêtes à drainer leurs sangs.
Nos gestes fendirent l'air à la manière d'une lame de sabre, des coups de feu nerveux partirent aux hasards sans toucher leurs cibles tandis que le sang se répandait sur la terre, grandissant comme une ombre qui recouvrait la scène.
Tandis que je fouillais les cadavres à la recherche de pièce d'identité, mes trophées, j'entendis un bruit ayant pour provenance l'arrière de leur pick-up.
Sous la bâche du coffre quelque chose bougeait, grelottait, son relief évoquait une forme humaine, celui d'une jeune femme albinos à qui l'on avait amputé et laissé là, meurtri, à se vider de son sang malgré un garo de fortune qu'il lui avait été apposé.
Celui qui avait fait ça, venait de prendre la fuite avec la main gauche qu'il lui avait tranchée et considérait cela comme un porte bonheur.
Tout cela pour quelques croyances primitives et en échange d'une poignée de billets.
Maintenant, je me souviens que ce fut l'une des rares fois de mon existence où j'éprouvai pitié et compassion.
Et c'est ce qui motiva ma décision de la faire mienne.
Je ne comprends toujours pas comment vous autres, humains, en arrivez à rejeter même ceux de votre espèce.
Pourtant, vous êtes en tout point similaire hormis il est vrai, votre couleur de peau et votre gout. Entre nous, cela est plus dû à l'alimentation qu'à la provenance de la viande.
Cela dit, votre espèce n'étant pas cannibale ces arguments sont hors de propos.
Quand je vous écorche, vous pèle, vous éviscère, vous avez tous cette même couleur rouge sang, ce rose cartilage, le blanc os qu'ils soient noir ou blanc jaune ou gris.
Une mélodie folklorique et mal interprétée à l'accordéon me sort de mon moment d'absence.
Lorsque je lève les yeux pour regarder le nom de la station de métro, je croise le regard pétrifié du musicien Roms qui passait entre les rangées de sièges pour faire la mendicité et qui tellement terrifié par moi lâche son gobelet en se précipitant hors de la rame, laissant derrière lui sa monnaie et son matériel.
Cette angoisse, une peur ancestrale qui le submerge et le poursuit maintenant, causa l'exode de tout son peuple des steppes transylvaniennes.
Il devait penser certainement que mon existence était cantonnée aux témoignages de vieux alcooliques et autres contes que les anciens lui racontaient enfant pour qu'il soit sage.
Ainsi je décide de le suivre jusque dans la rue, lui, totalement paniqué, trébuche et se relève plusieurs fois en remontant les escaliers de la station cherchant la sortie.
Quand je l'attrape enfin, celui-ci pleurniche et je crois presque à de la comédie jusqu'à ce que je vois l'impressionnante tache d'humidité grossir sur son jean et la vapeur qui s'échappe entre nous, bien que je ne puisse me fier à son odeur vu qu'il put déjà les excréments et le feu de bois en temps normal; une brochette de merde au barbecue.
Leur sang est peut être un peu tourbé en raison de cela.
"Pourquoi, vious faites ça missioueur?"
"C'est ta famille qui a tué le rhino?"
"Non missioueur, ji vous promet à vous, c'est les Chinois!"
Ce qu'il me révèle là n'est pas vraiment une surprise, il y a plus de putes au mètre carré dans ce quartier que de rats.
Je considère l'information qu'il vient de me donner comme étant plutôt fiable, mais reste prudent pour autant.
Ces êtres vils ont toujours fait de bons informateurs; si tant est qu'ils disent la vérité; mais de très mauvais serviteurs en cause leur manques de loyauté et d'hygiène.
Voilà pourquoi ils furent contraints de partir.

Me voilà bien embarrassé, moi qui de mon vivant n'ai jamais eu d'enfant et qui maintenant mort me voit en recueillir une.
Ne vous méprenez pas mon histoire ne va pas prendre la même tournure qu'entretiens avec un vampire.
Hors de question qu'il y est un triangle amoureux gay, ni de goule à paillète ou quoique ce soit dans ce gout-là.
Je suis un prédateur, un putain de P-R-E-D-A-T-E-U-R.
À ne pas confondre avec la créature extraterrestre gladiateur en fishnet gay-friendly et face d'araignée s'il vous plait.
Pour l'aider à étancher sa soif nouvelle, je l'amenais chasser.
Nous faisions le tour des campements de braconnier qui était plutôt facile à repérer et à décimer la nuit tombée.
Au petit matin, parfois, les rangers les découvraient étrangement pris dans leurs propres pièges ou écorchés à la manière de félins.
Les plaines de Rukinga, la réserve naturelle kényane, ainsi jonchée de cadavre de braconniers vietnamiens commençaient à ressembler au décor des films Full Metal Jacket et Apocalipse Now.
Bien sûr, parmi les corps il y avait toujours des locaux, payés pour jouer les guides, reconnaissables en ville à leurs montres et leurs voitures.
Et c'est logiquement que la légende de "la mort blanche" (ainsi avait elle été rebaptisée) commença à se répandre dans les villages voisins.
(Paradoxalement, les rangers eux voulaient que les touristes américains continuent d'affluer pour voir les grands animaux en dépit qu'ils aient une influence économique et morale néfaste s'insinuant partout où ils passent, même dans ces contrées les plus reculées.)
Mais Darla était toujours à la recherche de celui qui avait fui avec sa main gauche.
La traque nous avait même menés sur la piste d'esclavagistes ougandais qui fournissaient en autre chose des enfants à certains bordels de Kampala, hauts lieux du tourisme sexuel pédophile.
Pour les appâter, il avait fallu que Vlad se fasse passer pour un acheteur, et je le sais maintenant, j'aurais dû avoir un doute à ce moment-là.
Sans la moindre méfiance, il nous fut présenté des dizaines d'humains d'âges différents, défilant devant nous comme du bétail pour lesquels on nous vantait leurs vertus, qu'ils soient des pures races ou des bâtards.
Le vendeur osa avancer sous forme d'argument commercial et humoristique qu'il faisait là une promotion de "deux pour le prix" en désignant une femme enceinte et "d'un prix au kilo voir à la tonne" si on lui en prenait plusieurs.
Devant lui, sur son comptoir, l'homme avait disposé différents items considérés comme étant de valeur, car rares selon ses dires. Parmi eux on pouvait trouver des têtes humaines réduites, des foetus siamois dans des bocaux de formol et une main d'albinos.
L'esclavagiste intrigué par la présence de Darla, dissimulée sous un voile jusqu'alors, s'approcha d'elle en murmurant quelque chose se voulant l'équivalent dans son dialecte de "voyons ce que nous avons là".
Elle fit un geste de recul craintif, mais ce dernier insista et lui retira la capuche qui cachait son visage juvénile.
Mais quel fut son ravissement de découvrir qu'elle était albinos, particularité tant convoitée des sorciers et autres guérisseurs traditionnels, il afficha soudainement un sourire lubrique qui trahissait ses intentions.
Il passa une main dans les cheveux de Darla et déroula une de ses Anglaises, pris un instant pour ravaler sa salive puis demanda à Vlad "Est-elle vierge?".
Vlad inclina la tête et l'homme examina la jeune femme qu'il avait devant lui avec empressement, faisaient des commentaires élogieux sur sa beauté.
Sans aucun doute qu'il l'imaginait déjà morte empaillée tel un animal rare dans un musée où exposée vivante, enfermée dans une cage en verre comme au zoo ou un cirque et autre freakshow.
Il suivit ses chaines et glissa ses mains jusqu'aux menottes où il découvrit à sa grande surprise qu'elle n'avait qu'une seule main.
C'est alors qu'il comprit, qu'aujourd’hui, quelqu'un l'avait vendu, lui.
Et tandis que Darla l'étranglait de sa seule main afin de faire jaillir le sang par une entaille au fond de sa gorge comme une fontaine publique, il envoya à Vald, un dernier regard mêlé d'incompréhension et d'horreur.

Notre séjour en Afrique tenez bientôt à sa fin, et j'avais insisté auprès de Vlad pour qu'ils nous fassent visiter ses fameuses installations dans la ville d'Umaka au Nigéria dont il m'avait tant parlé.
Et c’est dans cet immense hangar insalubre qu'il tenait en lieu et place ce qu'il appelait avec amusement son usine à bébé.
L'endroit était cloisonné en plusieurs parties : le "dortoir" de 300m◊ avec ses centaines de lits de camp pour les femmes, une autre salle "la couveuse" était consacrée aux nourrissons, les cuisines, les sanitaires, et sans oublier la salle d'opération et les cuves en sous-sols.
Toujours avec une légèreté cynique il se ventait de sa cuve de sang de type O négatif et du fait qu'il envisageait de la transvaser dans des tonneaux de chêne pour le faire vieillir comme un grand cru.
Soudain un groupe d'homme armé complètement affolé vint interrompre notre visite pour s'entretenir avec le propriétaire.
Vlad s'excusa de devoir s'absenter un instant, et alors qu'il conduisait à l'écart l'attroupement surexcité, ces derniers commencèrent leurs explications à base de grandes exclamations et de mimes.
Je n'avais pas eu besoin de savoir parler leur dialecte pour comprendre de quoi il en retournait.
Ils venaient se plaindre de la présence dans la région de retrécisseur de sexe, des sorciers capables de réduire la taille du pénis d'un homme d'un simple contact physique, comme une poignée de main par exemple.
Ces rumeurs propagées par les marabouts locaux n'étaient pas prises à la légère par les habitants, surtout par ces derniers qui je l'avais compris étaient payé par Vlad pour engrosser les femmes et surveiller l'entrepôt.
Pendant ce temps-là, une de ces "mères pondeuses" profita de toute cette agitation pour discuter avec Darla.
Elle attira d'abord son attention en lui caressant le bras, puis lui murmura quelques mots dans le dialecte local.
Après quelques minutes, Darla se retourna vers moi avec une expression que je ne lui avais encore jamais vue.
Une haine viscérale que même tous les braconniers et esclavagistes que nous avions croisés n'avaient pu réveiller jusque là.
Tout en essayant de contenir sa rage, elle m'expliqua que Vlad était responsable de la traite des albinos, de l'avoir retiré après son "sevrage" à sa mère pour être vendu au plus offrant, du meurtre de celle-ci pour la vente au détail, qu'il possède tous les bordels environnants, que ce sont là ses putes qui sont enceintes dans son "usine à bébé" et non des jeunes femmes enceintes victime de viol par des militaires britannique en faction près du petit village Kényan d'Umoja, où elles se retrouvent après avoir été bafouées et réprimé par leurs lâches maris après que ceux-ci prirent connaissance des sévices abominables endurés.
Non, ce n’était pas une seconde chance donnée à ses jeunes femmes pour accoucher loin de ce contexte chaotique, Vlad n'était pas le philanthrope bienfaiteur qu'il se vantait être et quand ce dernier revint vers nous, je lui demandai de s'expliquer.
Et sans perdre contenance, ni aplomb il but une gorgé dans le verre qu'il tenait à la main et argumenta qu'il avait trouvé un système à la rentabilité maximum par des techniques comme la fécondation in vitro, ou la sur-fécondation (dont le principe est de provoqué une deuxième grossesse à une femme déjà enceinte) et c'est par ce biais qu'il pouvait se procurer et produire en abondance des élixirs de 0 négatif comme il pouvait en déguster présentement.
Je me trouvais face à un cas de conscience : je ne pouvais le tuer, ni l'a laissé le tuer, ce serait me comporter comme ces humains et je ne pourrais tolérer cela.
Cependant, je me devais de faire quelque chose.
En partant, je donnai discrètement à celui qui me paraissait le plus pauvre du groupe d'homme, une généreuse liasse de billets américains volés sur la dépouille d'un touriste braconnier en lui disant en anglais ce qu'il devait faire.
Le communautarisme à une logique bien étrange; si vous vous attaquez à une autre ethnie ou religion, vous déclarez une guerre, par contre si ce sont vos gens que vous persécutez, alors là, personne n'y voit aucun mal.
En l'occurrence je venais de leur désigner un coupable idéal pour leur problème érectile.Tous ces mauvais souvenirs derrière nous, elle était fin prêtre pour commencer sa nouvelle vie, celle d'une adolescente en quête de découverte et d'expérience.
De cette période faste et enivrante, je garde quelques souvenirs qui me font encore sourire.
Comme son premier "rendez-vous", timide, elle préférait utiliser internet et les applications de rencontre, je ne juge pas chacun sa génération.
Il l'avait gentiment invité à regarder un film chez lui, ce qu'elle accepta, la soirée se passe comme prévu, je vous épargne les détails...et à un moment donné pris d'un élan romantique il a la bonne idée de vouloir se prendre en selfie avec elle.
Sauf qu'hélas quand il regarda la photo qu'il venait juste de prendre il se rendit, compte qu'elle n'apparaissait pas dessus et avant même qu'ils puissent comprendre Darla lui sucer débat le cou.
Ensuite, sous le coup de l'excitation, elle commanda un uber-eats avec le téléphone du jeune homme pour se faire livrer le dessert.
Il y a aussi cette fois-là, dans un cinéma, où je l'avais surprise installée avec un bellâtre dans un rang sur le côté de la salle.
Je me rappelle de cette scène comme si c'était hier.
Les lumières qui s'éteignent; le silence précède le générique dérangé par le bruit d'un pot de pop corn tombé sur le s'étalant sur la moquette;
Darla blotti contre lui, penché sur son entre-jambes; le film qui commence; le bruit de succion aussi.
Et la tête du garçon qui se renversait sur le siège, les yeux révulsés, la bouche grande ouverte. Mort dans un frémissement pendant une scène horrifique.
Ça avait dû l'émoustiller.
Les effusions de sang sur les sièges en velours rouge ça ne se voit pas dans l'obscurité d'une salle de cinéma durant la projection.
Tout ça, c'était avant qu'elles ne prennent suffisamment d'assurance, conscience de ces atouts et de sa féminité.
Elle qui n'osait s'aventurer dans les bars, raccompagnait désormais les garçons éméchés.
Bien que je ne sois pas un grand amateur de viande soule, je dois admettre que c'est plutôt astucieux, personne ne viendra s'opposer ce qu'un mec ivre rentre avec une jolie poulette, de plus cela retarde la recherche du corps, sauf si bien sûr celui-ci est marié.
Darla allait même jusqu'à se promener volontairement dans des coins paumés et malfamés, cherchant à se faire enlever discrètement pour mieux tuer ses proies.
Les prédateurs sexuels et autre pervers ont beaucoup de sang froid et ceci est fort appréciable par les chaudes nuits d'été.

Arrivées à l'adresse indiquée dans le 13 ème arrondissement, toutes les gagneuses sont alignées devant les perrons.
On pourrait presque y trouver une forme de rigueur militaire dans leurs déploiements.
En observant bien on remarque qu'elles ont les canines arrachées, pourquoi?
Pour éviter qu'elles ne se nourrissent des clients, qu'elles soient dociles et n'attirent les soupçons quant à leurs natures, leur patron les garde en état de manque de sang permanent d'où leurs aspects de camé rachitique.
Et semblable à des chiennes, il leurs à même mis des colliers électriques anti aboiements.
Prostitution et luxure ont toujours pris place la nuit, tout cela n'est pas nouveau, il n'a rien inventé, il s'est juste à s'inspirer de la société humaine.
De même que le phénomène de mondialisation a influé sur le marché noir.
Pourquoi pensez-vous qu'il y est des femmes originaires des 4 continents sur ce trottoir.
À mon arrivé seules les putes asiatiques reste à leurs places, impassible en apparence tandis que les filles de l'Est prennent la fuite à ma seule vue.
Ma réputation me précède faut dire.
Je remarque une certaine agitation à l'étage, et c'est alors que je me jette dans la cage d'escalier grimpe les marches deux à deux en essayant d'éviter la horde de prostitués qui déguerpissent en sens inverse.
En pénétrant dans la pièce, je suis instinctivement les traces de sang au sol jusqu'à trouver les cadavres.
Le maître des lieux, un vieil homme asiatique empalé avec une corne de Rhinocéros, étouffé par ses propres parties génitales enfoncées dans sa bouche et ses hommes décapités, leurs têtes accrochées aux murs comme des trophées de chasse.
Une légère brise me parvient d'une porte-fenêtre laissée grande ouverte d'où j'aperçois une silhouette féminine s'échapper. Darla!
C'est bien elle, sans aucun doute possible.
Après l'avoir tant cherché, je ne pensais plus la retrouver et maintenant que je suis face à elle et bien je ne sais pas quoi lui dire.
Heureusement elle brise le silence.
"Que fais-tu ici?" m'invective-t-elle en me faisant toujours dos.
"Pourquoi es-tu partie, Darla?!" je finis par formuler cette réponse comme si le souffle me manquait et la vie me quittait.
Or, je ne respire pas puisque je suis déjà mort depuis bien longtemps.
À ses mots, elle fait volte-face et me rétorque, pleine de véhémence : "Pour quoi faire un élevage de femme enceinte?".
"Ce sont des moyens de pression sur des trafiquants, des esclavagistes...il n'y a rien de pire pour ces gens que de s'attaquer à leurs familles."
"Pour moi tu perpétues le problème au lieu d'y mettre un terme." Conclue-elle avant de se retourner et disparaitre une nouvelle fois, dans l'obscurité en contre de bas.