mercredi 31 octobre 2018

Murder King²

Ma commande est bientôt prête, pratiquement 30 minutes que je l'attends à ce fichu food-truck. Tu parles de restauration rapide.
Après avoir dévoré son bagel, il va pour jeter l'emballage dans une poubelle au coin de la rue et c'est alors que je décide de l'aborder.
"Excusez-moi, vous fumez ?"
"Oui, mais c'est ma dernière."
"Parfait! je vais vous laisser la fumer avant de mourir dans ce cas!" je lui rétorque tout sourire, gorge et canines toutes déployées pour le saigner.
Il n'a même pas fini son sandwich, il l'a simplement laissé tomber après avoir vu mes dents grandir monstrueusement hors de ma bouche.
Quel gaspillage, vraiment, et moi qui ne mange pas la nourriture de ma nourriture.
Dans sa poche je saisis le quotidien édité pour le métro, en arrache trois pages dans lesquelles j'emballe un morceau de premier choix.
Ce sera mon casse-croute.
En finissant mon petit en-cas, je cherche des yeux quelque chose pour m'essuyer la bouche et finis par utiliser à nouveau le journal.
À ma grande stupéfaction je tombe sur un le titre d'un article faisant état du meurtre du rhinocéros au parc zoologique de Thoiry, retrouvé mort, sa corne sciée et volée.
Et c'est étrange comme la simple évocation de ces faits de braconnage me renvoie des années en arrière.

Dans les années 90, j'avais été convié par un ami à un séjour en Afrique de l'Est.
Vlad, prospérait à l'époque grâce à plusieurs "usines à bébé" comme il les appelait, des entrepôts remplis de jeunes femmes enceintes qui en échange d'argent, donné naissance à des enfants disponibles à l'adoption pour de riches occidentaux.
Selon lui, certaines voyaient cela comme une opportunité, voir même une libération, car parmi elles, des grossesses étaient la conséquence de viols.
Ensuite il suffisait à Vlad de récupérer à l'aide d'un ingénieux système le sang versé lors d'accouchement et l'entreposer dans de grandes cuves pour sa consommation personnelle.
Mon très cher ami moquait mes méthodes qu'il jugeait "barbares", lui, le philanthrope, le bienfaiteur de l'humanité dont il se nourrissait, semblaient-il oublier.
Il était l'équivalent en son temps des actuels bobos de gauche ayant pour maxime "faites ce que je dis, ne faites pas ce que je fais".
Lors de ma visite, je m'étais joint à lui pour une partie de chasse en pleine savane tanzanienne de l'aire Ngorongo, une expérience "EX-AL-TAN-TE" qu'il m'avait promise pour m'inciter à participer.
Sur les toits de chaume d'une petite habitation, la pleine lune venant souligner les contours de chaque chose dans l'obscurité environnante, observant le moindre mouvement dans l'attente d'une proie de choix.
Je sentis alors une odeur de brulée et compris en regardant à quelques lieux d'ici que cela était lié à un épais dégagement de fumées, plus noires que la nuit, aussi nauséabonde que la mort.
Celles-ci nous menèrent jusqu'à des cadavres calcinés d'éléphants, leurs peaux fondues semblables à des voitures accidentées après un carambolage meurtrier sur l'autoroute.
Vraisemblablement, nous étions sur la piste de braconnier plutôt expérimenté.
Bien qu'ils n'aient pas laissé de trace de sang ou de pas dans leurs fuites, je pouvais les suivre à l'odeur, comme du gibier.
Ils devaient se pensaient être les seuls prédateurs en chasse ce soir là...quand nous les avons enfin retrouvés, sur le parking désert derrière un bordel en pleine célébration.
Les braconniers étaient en train de s'immortaliser en compagnie de son riche client, un blanc qui arborerait fièrement un tee-shirt aux couleurs américaines, posant tous ensemble pour une photo souvenir avec la tête d'un lion mort, des pangolins encore gesticulants et un sac rempli de cornes en ivoire.
Quel grand prédateur achète un trophée? Paie pour tuer? C'est d'un pathétique effarant et cynique.
Il n'y a plus aucun enjeu, cela reviendrait à s'offrir un ours en peluche dans une fête foraine, au lieu de jouer pour le gagner.
Vu sa physionomie, il était évident qu'il était aussi du genre à devoir payer pour baiser et c'est justement ce qu'il s'apprêtait à faire quand nous lui sommes tombé dessus, toutes gueules ouvertes, canines sorties, prêtes à drainer leurs sangs.
Nos gestes fendirent l'air à la manière d'une lame de sabre, des coups de feu nerveux partirent aux hasards sans toucher leurs cibles tandis que le sang se répandait sur la terre, grandissant comme une ombre qui recouvrait la scène.
Tandis que je fouillais les cadavres à la recherche de pièce d'identité, mes trophées, j'entendis un bruit ayant pour provenance l'arrière de leur pick-up.
Sous la bâche du coffre quelque chose bougeait, grelottait, son relief évoquait une forme humaine, celui d'une jeune femme albinos à qui l'on avait amputé et laissé là, meurtri, à se vider de son sang malgré un garo de fortune qu'il lui avait été apposé.
Celui qui avait fait ça, venait de prendre la fuite avec la main gauche qu'il lui avait tranchée et considérait cela comme un porte bonheur.
Tout cela pour quelques croyances primitives et en échange d'une poignée de billets.
Maintenant, je me souviens que ce fut l'une des rares fois de mon existence où j'éprouvai pitié et compassion.
Et c'est ce qui motiva ma décision de la faire mienne.
Je ne comprends toujours pas comment vous autres, humains, en arrivez à rejeter même ceux de votre espèce.
Pourtant, vous êtes en tout point similaire hormis il est vrai, votre couleur de peau et votre gout. Entre nous, cela est plus dû à l'alimentation qu'à la provenance de la viande.
Cela dit, votre espèce n'étant pas cannibale ces arguments sont hors de propos.
Quand je vous écorche, vous pèle, vous éviscère, vous avez tous cette même couleur rouge sang, ce rose cartilage, le blanc os qu'ils soient noir ou blanc jaune ou gris.
Une mélodie folklorique et mal interprétée à l'accordéon me sort de mon moment d'absence.
Lorsque je lève les yeux pour regarder le nom de la station de métro, je croise le regard pétrifié du musicien Roms qui passait entre les rangées de sièges pour faire la mendicité et qui tellement terrifié par moi lâche son gobelet en se précipitant hors de la rame, laissant derrière lui sa monnaie et son matériel.
Cette angoisse, une peur ancestrale qui le submerge et le poursuit maintenant, causa l'exode de tout son peuple des steppes transylvaniennes.
Il devait penser certainement que mon existence était cantonnée aux témoignages de vieux alcooliques et autres contes que les anciens lui racontaient enfant pour qu'il soit sage.
Ainsi je décide de le suivre jusque dans la rue, lui, totalement paniqué, trébuche et se relève plusieurs fois en remontant les escaliers de la station cherchant la sortie.
Quand je l'attrape enfin, celui-ci pleurniche et je crois presque à de la comédie jusqu'à ce que je vois l'impressionnante tache d'humidité grossir sur son jean et la vapeur qui s'échappe entre nous, bien que je ne puisse me fier à son odeur vu qu'il put déjà les excréments et le feu de bois en temps normal; une brochette de merde au barbecue.
Leur sang est peut être un peu tourbé en raison de cela.
"Pourquoi, vious faites ça missioueur?"
"C'est ta famille qui a tué le rhino?"
"Non missioueur, ji vous promet à vous, c'est les Chinois!"
Ce qu'il me révèle là n'est pas vraiment une surprise, il y a plus de putes au mètre carré dans ce quartier que de rats.
Je considère l'information qu'il vient de me donner comme étant plutôt fiable, mais reste prudent pour autant.
Ces êtres vils ont toujours fait de bons informateurs; si tant est qu'ils disent la vérité; mais de très mauvais serviteurs en cause leur manques de loyauté et d'hygiène.
Voilà pourquoi ils furent contraints de partir.

Me voilà bien embarrassé, moi qui de mon vivant n'ai jamais eu d'enfant et qui maintenant mort me voit en recueillir une.
Ne vous méprenez pas mon histoire ne va pas prendre la même tournure qu'entretiens avec un vampire.
Hors de question qu'il y est un triangle amoureux gay, ni de goule à paillète ou quoique ce soit dans ce gout-là.
Je suis un prédateur, un putain de P-R-E-D-A-T-E-U-R.
À ne pas confondre avec la créature extraterrestre gladiateur en fishnet gay-friendly et face d'araignée s'il vous plait.
Pour l'aider à étancher sa soif nouvelle, je l'amenais chasser.
Nous faisions le tour des campements de braconnier qui était plutôt facile à repérer et à décimer la nuit tombée.
Au petit matin, parfois, les rangers les découvraient étrangement pris dans leurs propres pièges ou écorchés à la manière de félins.
Les plaines de Rukinga, la réserve naturelle kényane, ainsi jonchée de cadavre de braconniers vietnamiens commençaient à ressembler au décor des films Full Metal Jacket et Apocalipse Now.
Bien sûr, parmi les corps il y avait toujours des locaux, payés pour jouer les guides, reconnaissables en ville à leurs montres et leurs voitures.
Et c'est logiquement que la légende de "la mort blanche" (ainsi avait elle été rebaptisée) commença à se répandre dans les villages voisins.
(Paradoxalement, les rangers eux voulaient que les touristes américains continuent d'affluer pour voir les grands animaux en dépit qu'ils aient une influence économique et morale néfaste s'insinuant partout où ils passent, même dans ces contrées les plus reculées.)
Mais Darla était toujours à la recherche de celui qui avait fui avec sa main gauche.
La traque nous avait même menés sur la piste d'esclavagistes ougandais qui fournissaient en autre chose des enfants à certains bordels de Kampala, hauts lieux du tourisme sexuel pédophile.
Pour les appâter, il avait fallu que Vlad se fasse passer pour un acheteur, et je le sais maintenant, j'aurais dû avoir un doute à ce moment-là.
Sans la moindre méfiance, il nous fut présenté des dizaines d'humains d'âges différents, défilant devant nous comme du bétail pour lesquels on nous vantait leurs vertus, qu'ils soient des pures races ou des bâtards.
Le vendeur osa avancer sous forme d'argument commercial et humoristique qu'il faisait là une promotion de "deux pour le prix" en désignant une femme enceinte et "d'un prix au kilo voir à la tonne" si on lui en prenait plusieurs.
Devant lui, sur son comptoir, l'homme avait disposé différents items considérés comme étant de valeur, car rares selon ses dires. Parmi eux on pouvait trouver des têtes humaines réduites, des foetus siamois dans des bocaux de formol et une main d'albinos.
L'esclavagiste intrigué par la présence de Darla, dissimulée sous un voile jusqu'alors, s'approcha d'elle en murmurant quelque chose se voulant l'équivalent dans son dialecte de "voyons ce que nous avons là".
Elle fit un geste de recul craintif, mais ce dernier insista et lui retira la capuche qui cachait son visage juvénile.
Mais quel fut son ravissement de découvrir qu'elle était albinos, particularité tant convoitée des sorciers et autres guérisseurs traditionnels, il afficha soudainement un sourire lubrique qui trahissait ses intentions.
Il passa une main dans les cheveux de Darla et déroula une de ses Anglaises, pris un instant pour ravaler sa salive puis demanda à Vlad "Est-elle vierge?".
Vlad inclina la tête et l'homme examina la jeune femme qu'il avait devant lui avec empressement, faisaient des commentaires élogieux sur sa beauté.
Sans aucun doute qu'il l'imaginait déjà morte empaillée tel un animal rare dans un musée où exposée vivante, enfermée dans une cage en verre comme au zoo ou un cirque et autre freakshow.
Il suivit ses chaines et glissa ses mains jusqu'aux menottes où il découvrit à sa grande surprise qu'elle n'avait qu'une seule main.
C'est alors qu'il comprit, qu'aujourd’hui, quelqu'un l'avait vendu, lui.
Et tandis que Darla l'étranglait de sa seule main afin de faire jaillir le sang par une entaille au fond de sa gorge comme une fontaine publique, il envoya à Vald, un dernier regard mêlé d'incompréhension et d'horreur.

Notre séjour en Afrique tenez bientôt à sa fin, et j'avais insisté auprès de Vlad pour qu'ils nous fassent visiter ses fameuses installations dans la ville d'Umaka au Nigéria dont il m'avait tant parlé.
Et c’est dans cet immense hangar insalubre qu'il tenait en lieu et place ce qu'il appelait avec amusement son usine à bébé.
L'endroit était cloisonné en plusieurs parties : le "dortoir" de 300m◊ avec ses centaines de lits de camp pour les femmes, une autre salle "la couveuse" était consacrée aux nourrissons, les cuisines, les sanitaires, et sans oublier la salle d'opération et les cuves en sous-sols.
Toujours avec une légèreté cynique il se ventait de sa cuve de sang de type O négatif et du fait qu'il envisageait de la transvaser dans des tonneaux de chêne pour le faire vieillir comme un grand cru.
Soudain un groupe d'homme armé complètement affolé vint interrompre notre visite pour s'entretenir avec le propriétaire.
Vlad s'excusa de devoir s'absenter un instant, et alors qu'il conduisait à l'écart l'attroupement surexcité, ces derniers commencèrent leurs explications à base de grandes exclamations et de mimes.
Je n'avais pas eu besoin de savoir parler leur dialecte pour comprendre de quoi il en retournait.
Ils venaient se plaindre de la présence dans la région de retrécisseur de sexe, des sorciers capables de réduire la taille du pénis d'un homme d'un simple contact physique, comme une poignée de main par exemple.
Ces rumeurs propagées par les marabouts locaux n'étaient pas prises à la légère par les habitants, surtout par ces derniers qui je l'avais compris étaient payé par Vlad pour engrosser les femmes et surveiller l'entrepôt.
Pendant ce temps-là, une de ces "mères pondeuses" profita de toute cette agitation pour discuter avec Darla.
Elle attira d'abord son attention en lui caressant le bras, puis lui murmura quelques mots dans le dialecte local.
Après quelques minutes, Darla se retourna vers moi avec une expression que je ne lui avais encore jamais vue.
Une haine viscérale que même tous les braconniers et esclavagistes que nous avions croisés n'avaient pu réveiller jusque là.
Tout en essayant de contenir sa rage, elle m'expliqua que Vlad était responsable de la traite des albinos, de l'avoir retiré après son "sevrage" à sa mère pour être vendu au plus offrant, du meurtre de celle-ci pour la vente au détail, qu'il possède tous les bordels environnants, que ce sont là ses putes qui sont enceintes dans son "usine à bébé" et non des jeunes femmes enceintes victime de viol par des militaires britannique en faction près du petit village Kényan d'Umoja, où elles se retrouvent après avoir été bafouées et réprimé par leurs lâches maris après que ceux-ci prirent connaissance des sévices abominables endurés.
Non, ce n’était pas une seconde chance donnée à ses jeunes femmes pour accoucher loin de ce contexte chaotique, Vlad n'était pas le philanthrope bienfaiteur qu'il se vantait être et quand ce dernier revint vers nous, je lui demandai de s'expliquer.
Et sans perdre contenance, ni aplomb il but une gorgé dans le verre qu'il tenait à la main et argumenta qu'il avait trouvé un système à la rentabilité maximum par des techniques comme la fécondation in vitro, ou la sur-fécondation (dont le principe est de provoqué une deuxième grossesse à une femme déjà enceinte) et c'est par ce biais qu'il pouvait se procurer et produire en abondance des élixirs de 0 négatif comme il pouvait en déguster présentement.
Je me trouvais face à un cas de conscience : je ne pouvais le tuer, ni l'a laissé le tuer, ce serait me comporter comme ces humains et je ne pourrais tolérer cela.
Cependant, je me devais de faire quelque chose.
En partant, je donnai discrètement à celui qui me paraissait le plus pauvre du groupe d'homme, une généreuse liasse de billets américains volés sur la dépouille d'un touriste braconnier en lui disant en anglais ce qu'il devait faire.
Le communautarisme à une logique bien étrange; si vous vous attaquez à une autre ethnie ou religion, vous déclarez une guerre, par contre si ce sont vos gens que vous persécutez, alors là, personne n'y voit aucun mal.
En l'occurrence je venais de leur désigner un coupable idéal pour leur problème érectile.Tous ces mauvais souvenirs derrière nous, elle était fin prêtre pour commencer sa nouvelle vie, celle d'une adolescente en quête de découverte et d'expérience.
De cette période faste et enivrante, je garde quelques souvenirs qui me font encore sourire.
Comme son premier "rendez-vous", timide, elle préférait utiliser internet et les applications de rencontre, je ne juge pas chacun sa génération.
Il l'avait gentiment invité à regarder un film chez lui, ce qu'elle accepta, la soirée se passe comme prévu, je vous épargne les détails...et à un moment donné pris d'un élan romantique il a la bonne idée de vouloir se prendre en selfie avec elle.
Sauf qu'hélas quand il regarda la photo qu'il venait juste de prendre il se rendit, compte qu'elle n'apparaissait pas dessus et avant même qu'ils puissent comprendre Darla lui sucer débat le cou.
Ensuite, sous le coup de l'excitation, elle commanda un uber-eats avec le téléphone du jeune homme pour se faire livrer le dessert.
Il y a aussi cette fois-là, dans un cinéma, où je l'avais surprise installée avec un bellâtre dans un rang sur le côté de la salle.
Je me rappelle de cette scène comme si c'était hier.
Les lumières qui s'éteignent; le silence précède le générique dérangé par le bruit d'un pot de pop corn tombé sur le s'étalant sur la moquette;
Darla blotti contre lui, penché sur son entre-jambes; le film qui commence; le bruit de succion aussi.
Et la tête du garçon qui se renversait sur le siège, les yeux révulsés, la bouche grande ouverte. Mort dans un frémissement pendant une scène horrifique.
Ça avait dû l'émoustiller.
Les effusions de sang sur les sièges en velours rouge ça ne se voit pas dans l'obscurité d'une salle de cinéma durant la projection.
Tout ça, c'était avant qu'elles ne prennent suffisamment d'assurance, conscience de ces atouts et de sa féminité.
Elle qui n'osait s'aventurer dans les bars, raccompagnait désormais les garçons éméchés.
Bien que je ne sois pas un grand amateur de viande soule, je dois admettre que c'est plutôt astucieux, personne ne viendra s'opposer ce qu'un mec ivre rentre avec une jolie poulette, de plus cela retarde la recherche du corps, sauf si bien sûr celui-ci est marié.
Darla allait même jusqu'à se promener volontairement dans des coins paumés et malfamés, cherchant à se faire enlever discrètement pour mieux tuer ses proies.
Les prédateurs sexuels et autre pervers ont beaucoup de sang froid et ceci est fort appréciable par les chaudes nuits d'été.

Arrivées à l'adresse indiquée dans le 13 ème arrondissement, toutes les gagneuses sont alignées devant les perrons.
On pourrait presque y trouver une forme de rigueur militaire dans leurs déploiements.
En observant bien on remarque qu'elles ont les canines arrachées, pourquoi?
Pour éviter qu'elles ne se nourrissent des clients, qu'elles soient dociles et n'attirent les soupçons quant à leurs natures, leur patron les garde en état de manque de sang permanent d'où leurs aspects de camé rachitique.
Et semblable à des chiennes, il leurs à même mis des colliers électriques anti aboiements.
Prostitution et luxure ont toujours pris place la nuit, tout cela n'est pas nouveau, il n'a rien inventé, il s'est juste à s'inspirer de la société humaine.
De même que le phénomène de mondialisation a influé sur le marché noir.
Pourquoi pensez-vous qu'il y est des femmes originaires des 4 continents sur ce trottoir.
À mon arrivé seules les putes asiatiques reste à leurs places, impassible en apparence tandis que les filles de l'Est prennent la fuite à ma seule vue.
Ma réputation me précède faut dire.
Je remarque une certaine agitation à l'étage, et c'est alors que je me jette dans la cage d'escalier grimpe les marches deux à deux en essayant d'éviter la horde de prostitués qui déguerpissent en sens inverse.
En pénétrant dans la pièce, je suis instinctivement les traces de sang au sol jusqu'à trouver les cadavres.
Le maître des lieux, un vieil homme asiatique empalé avec une corne de Rhinocéros, étouffé par ses propres parties génitales enfoncées dans sa bouche et ses hommes décapités, leurs têtes accrochées aux murs comme des trophées de chasse.
Une légère brise me parvient d'une porte-fenêtre laissée grande ouverte d'où j'aperçois une silhouette féminine s'échapper. Darla!
C'est bien elle, sans aucun doute possible.
Après l'avoir tant cherché, je ne pensais plus la retrouver et maintenant que je suis face à elle et bien je ne sais pas quoi lui dire.
Heureusement elle brise le silence.
"Que fais-tu ici?" m'invective-t-elle en me faisant toujours dos.
"Pourquoi es-tu partie, Darla?!" je finis par formuler cette réponse comme si le souffle me manquait et la vie me quittait.
Or, je ne respire pas puisque je suis déjà mort depuis bien longtemps.
À ses mots, elle fait volte-face et me rétorque, pleine de véhémence : "Pour quoi faire un élevage de femme enceinte?".
"Ce sont des moyens de pression sur des trafiquants, des esclavagistes...il n'y a rien de pire pour ces gens que de s'attaquer à leurs familles."
"Pour moi tu perpétues le problème au lieu d'y mettre un terme." Conclue-elle avant de se retourner et disparaitre une nouvelle fois, dans l'obscurité en contre de bas.

vendredi 1 juin 2018



 Viral

"C'est parti d'un simple topic sur un forum médical, une question concernant d'étranges symptômes d'une forte intensité survenant brutalement :
Des ganglions, des frissons, de la  fièvre, fatigue intense (autour de 39°C), des maux de tête, confusion, somnolence, intolérance à lumière ou au bruit, mais aussi des douleurs musculaires et articulaires diffuses, toux, congestion nasale ainsi que la présence de saignement des yeux et des oreilles.

Un premier message suivi d'un autre plus tard puis un autre et encore un autre, jusqu'à ce que la scrollbar se mette à défiler puis rapetissir.
Des témoignages qui s'accumulent sans que l'on puisse en déterminer les causes, diagnostiquer la maladie.
Et puis plus rien, quand d'un seul coup 2 semaines après c'est l'explosion d'information, l'abondance de vidéo et de photos qui font leurs apparitions sur la toile."


Tandis que des extraits vidéo sont diffusés sur l'écran, la journaliste "vlogueuse" secoue ses cheveux pour se recoiffer sans jamais toucher au volant de sa voiture autonome.

"La presse et les médias relatent le phénomène, des pseudos spécialistes sont invités sur les plateaux télé pour faire part de leur théorie :
Les médecins font état de microbes mutants favorisés par la présence excessive d'antibiotique dans notre alimentation.
Les écolos corroborent cette idée avec la libération d'un virus ancien causé par la fonte des glaces,
Les responsables religieux, eux, parlent déjà de fin des temps,
Les conspirationnistes vont jusqu’à dire que le virus passe par les ondes électromagnétiques émises par des satellites et amplifiées par les smartphones.
Les survivalistes se sont d'or et déjà débarrassés de leur téléphone.
Les scientifiques évoquent quant à eux l'existence de drogues digitales et sonores, achetable sur i-doser.
Ces bandes-son aux beats binauraux, composé de bourdonnements et de vibrations constantes, mécaniques, parfois interrompues par des sortes de parasites sont réputées efficaces.
Si cette technologie venait à être utilisée et développée dans un autre but, elle pourrait éventuellement aboutir à une sorte d'arme bactériologique d'un genre nouveau.
Où la seule écoute d'une fréquence provoquerait des symptômes similaires à ceux d'une maladie.
Imaginez un instant un morceau de techno capable de vous court-circuiter le cerveau, faire saigner vos tympans, provoquer une crise d'épilepsie où même une colique soudaine.
Oui, car aussi fou que cela puisse paraitre il existerait un "bruit marron", "fréquence ou note sombre" infrasonore qui causerait chez l'homme une perte de contrôle de son flux intestinal.
De là à envisager une version plus agressive de ce signal, qui serait diffusé par le biais des ondes électromagnétiques WiFi là question mérite de se poser.
Avec tous ces téléviseurs, montres, système d'alarme, maison, voiture, borne de péage, panneaux et signalisations routières connectées..."

 
La barrière se soulève et le véhicule autonome franchit le péage sans qu'elle n'ait à ouvrir la fenêtre pour payer.

"...La propagation serait immédiatement catastrophique sur notre monde ultra-connecté ou des centaines de millions de personnes jouissent chaque minute d'une connexion internet haut débit.
J'ai donc essayé de rentrer en contact avec le prétendu patient zéro, le fameux auteur du premier commentaire, sans succès.
Et je me demande maintenant si tout cela ne serait pas qu'une vaste blague? Mais opéré par qui ? Et dans quel but?"


La journaliste regarde l'écran de l'ordinateur de bord et constate que le GPS change d'itinéraire, cela ne semble pas l'inquiéter outre mesure puisqu'elle continue son monologue filmé.

"Finalement, depuis l'invention de l'imprimerie à l'arrivée relativement récente d'internet, tout n'est que légende urbaine.
Bien que de nos jours, nous ayons accès à une source abondante d'information grâce à internet, nous sommes aussi confrontés à la désinformation ou plutôt la mal-information.
On fait même parler les morts, leur prête de fausses citations comme c'est le cas de Martin Luther King, Elvis Prestley ou Adolf Hitler.
La viralité tue la vérité, si bien que si vous perdez du temps à vérifier vos infos vous passez à côté du scoop du siècle ou du prix Pulitzer."

 
Sa vidéo terminée, la jeune femme essaie de la publier sur son site sans y parvenir, l'écran de bord et de son téléphone ne répondent plus.
Les phares de son véhicule et les lampadaires s'éteignent soudainement.
Par réflexe elle saisie le volant, le tourne dans tout les sens, mais cela reste sans effet, sa voiture ne dévie pas de sa trajectoire.
C'est alors que la journaliste tente d'ouvrir la porte côté conducteur, mais elle réalise que celle-ci est verrouillée, tout comme les fenêtres.
Une odeur acre lui monte au nez accompagnée d'une épaisse fumée se répandant dans l'habitacle par les grilles d'aération du tableau de bord.
Et tandis que dehors tout devient noir, elle sombre inconsciente. 

Quand elle reprend conscience, elle ne parvient à se rappeler de ce qui l'a amené ici, d'ailleurs elle ne sait pas où est-ce "ici",
Les seules choses qu'elle arrive à discerner dans la pénombre sont des conduites d'eau suspendues au plafond et des taches d'humidités sur les murs.
Pas de doute elle se trouve dans un sous-sol.
Au-dessus d'elle, des bruits de pas se font entendre, plusieurs personnes.
Une porte s'ouvre et l'éblouie un instant d'une clarté artificielle, quatre hommes descendent un escalier en bois et s'installent face à elle.
Leurs quatre têtes sont éclairées à la seule lueur bleuâtre de leurs smartphones et chacun porte une cagoule d'une couleur différente, bleue, violette, rouge et orange.
Si elle n'était pas bâillonnée, April aurait certainement posé des questions à ces ravisseurs au lieu de crier pour demander de l'aide ou tenter de s'enfuir.
Ce n'est pas les effets du syndrome de Stockholm, mais bien une déformation professionnelle.
Hélas pour April, elle est plus otage que journaliste aujourd'hui.
Après quelques minutes l'un d'eux vient lui enlever le foulard qui entrave la bouche de la captive puis se rassoit silencieusement.
"Bonjour, April, vous vous demandez surement qui nous sommes et..."se décide enfin à lui adresser la parole l'homme à la cagoule mauve alors qu'il est interrompu par du bruit à l'étage.
Une voix de vieille femme enjoint son fils, un certain Mickey de monter.
"...Et qu'est ce que nous voulons." Poursuit l'homme à la cagoule violette avant de se faire couper à nouveau par la voix de la mère de Mickey insistant pour que celui récupère la pizza que le livreur vient de déposer pour lui.
Dans un soupir, l'homme à la cagoule orange se lève de sa chaise pour monter d'un pas lourd l'escalier en bois et redescend l'instant suivant avec une pizza à la main.
L'ouverture de la porte laisse échapper un faisceau de lumière qui découpe l'obscurité, permettant à April d'entrevoir autour d'elles les dizaines de centaines de boites à pizza en carton qui s'entasse dans la pièce.
On se croirait dans le sous-sol d'une pizzeria de New York remarque la jeune femme.
"Bon, où en étais je...April, vous voulez de la pizza?" dit-il en se servant une part.
"Non merci, Mickey." Lui répond-elle d'un air arrogant.
À ces paroles, l'homme à la cagoule violette manque de s'étouffer avec une part de pizza et celui à la cagoule bleue se précipite à son secours.
"Recrache Donnie!"
Tandis que l'homme à la cagoule rouge peste contre lui parce qu'il vient de révéler l'identité de celui qui s'étouffe, la cagoule mauve.
"Désolé Raph!" fait la cagoule bleue à l'intention de la cagoule rouge qui lui répond : "Tu fais chier Léo! Maintenant elle connait tous nos prénoms."
Occupés à se renvoyer la faute les uns aux autres, à se chamailler jusqu'à allumer la lumière et se retirer chacun leurs cagoules colorées lorsque soudain le bruit significatif des coups de talon sur le plancher résonne une nouvelle fois au-dessus de leurs têtes.
Tous s'arrêtent immédiatement. La pause pizza s'impose.
April profitant de ce temps mort, essaie discrètement de bouger ses mains ligotées et détail étrange qu'elle remarque c'est que ce sont des câbles informatiques qui font office de liens.
"Et donc vous êtes des hackers ?"
"Nous préférons le terme Hacktivistes." Lui répond encore la bouche pleine Léo.
"C'est pareil non?" rétorque-t-elle en faisant bouger sa chevelure blonde d'un mouvement de la tête.
"Et vous, vous êtes quoi alors, une miss météo?"
"Non, enfin...je suis journaliste." Bredouille-t-elle en essayant de se justifier comme elle le peut.
"La raison de votre présence ici est que nous voulons que vous renonciez à votre podcast, votre enquête, ou que vos pistes s'éloignent le plus loin de nous."
"Cela veut dire que vous avez quelque chose à vous reprocher ?"
"Non."
"Alors pourquoi, me demander ça ?"
"Cela ne vous regarde pas."
"Si vous ne collaborez pas, nous nous verrons dans l'obligation de révéler votre horrible secret"
"Ouai! œil pour œil, dent pour dent!"
"Ah oui lequel?" elle rétorque, un sourcil relevé.
"Votre sextape." Menace Raph.
"Parce que vous pensez sincèrement que ça va me déranger?" lance-t-elle, en esquissant un sourire coquin.
Ils se regardent tous l'un l'autre avec un air surpris, comme si leur plan ne se déroulait pas comme ils l'avaient prévu.
"J'ai fait de la téléréalité et j'ai été miss météo, c'est ma botte secrète quand plus personne ne parlera de moi."
"Dans ce cas, on peut tout aussi bien effacer toutes traces numériques de vous." Renchéri Léo.
Soudainement l'expression jubilatoire de la jeune femme se mue en inquiétude mal dissimulée.
"Plus de compte en banque, plus de reconnaissance biométrique, plus de réseaux sociaux, plus de photos, plus de vidéos ou de souvenir de vous. Ce sera comme si vous n'avez jamais existé." Ajoute Donnie.
Coincée, elle décide de changer de posture et essaie une nouvelle stratégie en tentant maintenant de les séduire.
Simulant une bouffée de chaleur, elle se contorsionne sensuellement afin de forcer sur le tissu de son chemisier et laisser entrevoir son décolleté.
Maintenant elle se focalise sur Mickey, qui lui parait être le plus malléable contrairement à Raph, le grand maigrichon tout pâle qui semble ne même pas lui prêter attention.
Cela s'explique par le fait que ce dernier revient récemment de "Restart", la cure de désintox aux jeux vidéo et internet.
Là bas, il a rencontré l'amour et a donc transposé son addiction.
En fond sonore la télévision diffuse un message d'information d'urgence souligné par deux bandes rouges :

 "les autorités sanitaires font état de nombreux cas de mort suspecte ces derniers jours.
Il est conseillé de surveiller davantage les symptômes grippaux chez les personnes vulnérables comme les enfants et les personnes âgées."

April tourne la tête pour regarder la boite à image et décroise ses jambes laissant entrevoir à Donnie - le boutonneux aux grosses lunettes de la bande - l'absence de culotte dans son entrejambe tandis qu'elle s'adresse à Léo - celui au petit corps et à la grosse tête disproportionnée - le leader du groupe.
"Il y a certainement moyen, de trouver un arrangement, je pourrais peut-être vous aider....à qui sait, faire éclater cette affaire au grand jour." Dit-elle en faisant exploser la bulle de son chewing-gum.
"Comment elle a su?!" s'exclame Mickey tandis que les 3 autres lèvent les yeux au ciel.
Pendant quelques minutes, ils prennent le temps de se concerter silencieusement sur le sort d'April chacun sur son smartphone à avancer ses arguments
Léo, le leader n'est pas convaincu par le bien-fondé de la proposition de la jeune femme, de même que Raph, mais lui est toujours renfermé et méfiant quant à Mikey et Donnie, eux, sont sous le charme.
Ce dernier ose même déclarer sans honte à ses camarades : "elle a les yeux bleus Twitter".
Après avoir délibéré, les quatre hommes se retournent vers elle pour lui annoncer leur décision.
"Nous ne savons pas encore si nous pouvons avoir confiance en vous et tant que nous n'aurons pas de certitude à ce sujet vous demeurerez avec nous."
"À moins que vous ne réussissiez à passer notre test." Ajoute Mickey qui s'attire instantanément les foudres de ses trois compères.
Très mécontents, ils le prennent à partie.
"Qu'est-ce qui t'es passé par la tête...ou la bite?!"
"Mickey, tu sais bien qu'on n’avait dit "jamais de fille dans notre guilde"."
"Ça va nous diviser, Mickey! Et ça commence déjà, regarde!"

En bonne journaliste, elle se met à s'intéresser sérieusement au mouvement geek et sa sous-culture.
Pour méthode elle visionne toutes les saisons de la série The Big Bang Théorie, prends des notes et se renseigne sur chaque référence citée dans les épisodes,
se met à lire du Philip K. Dick et du H.P. Lovecraft, joue à World of Warcraft, Fornite, Minecraft et à leurs plus grandes surprises elle arrive même à faire un top 1.
C'est elle qui remet un nouveau rouleau d'essuie-tout sur le bureau quand Donnie fait ses crises masturbatoires, ou encore relance le compteur lorsque les plombs sautent...
Et les quatre garçons commencent à remarquer son investissement.


Un jour, alors que Mickey est sur le point de commander une pizza il sent une odeur provenant de l'étage au-dessus, une odeur familière et rassurante, celle que lui procure le simple fait d'ouvrir une boite à pizza.
"Qui veut de la pizza?" lance April en ouvrant la porte du sous-sol à l'intention des garçons.
Dans la minute qui suit les voici, tous les cinq réunis dans la cuisine de la mère de Mickey, à échanger des blagues et des anecdotes en mangeant la pizza qu'April a cuisiné.
"Vous vous rappelez quand on a envoyé Justin Bieber en tournée en Corée du Nord???" s'esclaffe Léo.
"Et Pittbull dans un Wallmart perdu d'Alaska!" enchérit Donnie en évitant de s'étouffer cette fois.
"Vous avez fait ça comment ?" demande-t-elle en se resservant une part de pizza.
"Ne demandez jamais à internet de s'exprimer par des sondages sur 4chan." conclut-il Donnie en lui adressant un clin d’œil.
Le son du poste radio que la mère de Mickey écoute toujours un peu trop fort parvient à notre petit groupe depuis le salon.
"Plusieurs villes de l'ouest viennent de décréter l'état d'urgence sanitaire.
On assiste à de vraies scènes surréalistes ici, des gens s'enferment dans des bunkers et ceux qui n'ont pas cette chance déambulent dans les rues à la recherche de provision, habillés de leurs combinaisons de fortune faite de papier d'aluminium pour éviter les ondes..."

"Sinon elle est super ta pizza!" marmonne-t-il en s'essuyant la bouche avec son tee-shirt et interrompant par la même le silence laissé par le flash info.
"Allez-y, resservez-vous-y en a deux autres qui arrivent" dit-elle en ouvrant la porte du four puis revient à table avec une pizza.
"Dites-moi les garçons, c'est quoi le truc le plus impressionnant que vous ayez hacké?"
Alors que tous trois demeurent silencieux, Mickey qui veut faire son intéressant prend la parole et y va de son anecdote :
"Hum...la fois où l'on a piraté la maison connectée de Diana! Tout y est passé : l'éclairage, le chauffage, les rideaux et volets roulants, les portes, ses télévisions, sa brosse à dents, ses toilettes même son sex-toy!
L'idée c'était de lui faire croire que sa maison était hantée.
Oh c'était quelque chose quand on déclenchait en pleine nuit "Alexa", l'assistant vocal d'Amazon, fallait voir ça sur les cameras de surveillance le bordel que c'était, les gardes du corps couraient dans tous les sens quand le rire démoniaque intempestif résonnait dans la villa!
Je me rappelle qu'on avait eu cette idée en regardant un épisode de south park qui avait rendu fou les "Alexa" et "Google home".
"Diana Monroe l'actrice?" Ils avaient tous trois espéré que ce détail serait passé inaperçu dans l'histoire de Mickey, mais c'était sans compter sur l'instinct de fouine de notre journaliste féminine.
Après un énième silence embarrassé ou le groupe de copain fusillait du regard le gros geek chauve et maladroit, Léo prit la parole :
"Bon...De toute manière tu vas finir par le savoir, et même si on commence à te faire confiance il est nécessaire que quelqu'un d'extérieur soit au courant de l'histoire.
Si jamais il devait nous arriver quelque chose, il faudrait quelqu'un pour le raconter, autant que ce soit par une journaliste."
"Vas-y continue Léo, mais j'aimerais quand même passer le test, car je veux être des votre!" insista-t-elle plus confiante que jamais en posant son téléphone sur la table en guise d'enregistreur.
"Ça enregistre, c'est bon? OK...Au tout début, on faisait juste de petit hack par-ci et par-là, c'était pour nous un amusement sans réelle conséquence.
On était comme des enfants espiègles et farceurs, on piratait les panneaux autoroutiers, quand on avait faim c'était les bornes de commande libre-service Macdonald, ou le site de Domino's parce que la pizza été livré froide et en retard.
Puis on a commencé à vouloir se faire de l'argent facile, pour cela rien de plus simple que le jackpotting comme on l'avait vu faire par John Connor dans Terminator 2, vider un distributeur de billets en y connectant un ordinateur portable, le braquage 2.0.
On avait monté des petites arnaques sur Spotify et Napster en fabriquant des playlists avec des faux morceaux pour détourner des millions en droit d'auteur, on rachetait aussi des noms de domaine avant leurs renouvellements pour les revendre par la suite aux principaux concernés qu'ils soient des marques, partis politiques, personnalités ou entreprises.
Une nouvelle façon de spéculer. Souvent pour leur foutre la pression et faire monter les enchères on  faisait des redirections sur des sites pornos bien sales qui pourrait entacher leur image publique.
Jusqu'au jour où le hack a fait un couac.
Donnie était un fan inconditionnel de l'actrice Diana Monroe, et non content de collectionner les autographes et les posters de la starlette il aimait à la stalker discrètement.
Il avait même fabriqué un robot dont l'unique fonction est la branlette sur lequel il avait apposé un portrait de la star.
Un jour où il décida de prendre son courage à deux mains sur son clavier afin de lui envoyer un message, il essuya des larmes et un refus.
Fou de rage il se mit à saboter la maison de la célèbre actrice comme tu le sais maintenant et peu de temps après une unité d'élite a débarqué ici pour nous arrêter.
Nous, naturellement, on a d'abord pensé à du swatting : un connard de gamer qu'on aurait humilié en ligne sur Counter et qui aurait envoyé en représailles la police chez nous.
Le truc qu'on ne savait pas c'est que la belle Diane Monroe fricotait avec notre cher président Dwight, les secrets d'État pouvant potentiellement être menacés, ceci explique cela.
Pendant des jours on est resté enfermé dans des cellules à être interrogé séparément comme si l'on était des terroristes.
Finalement les autorités se sont rendu compte que nos intentions n'étaient pas celles qu'ils nous prêtaient et en guise de sanction ou d'excuse - j'avoue encore me poser la question -  ils nous ont proposé un job."
Léonard s'arrête un instant et April lui fait signe de continuer avec sa main.
"Oui, l'interrogatoire a étrangement tourné à l'entretien d'embauche - il faut l'avouer que la différence entre les deux est parfois mince - à la manière qu'ont certaines grandes firmes informatiques qui négocient avec leurs pirates, le gouvernement faisait de même avec ses dissidents.
Le truc c'est que nous on voulait pas d'un job, mais on ne voulait pas non plus d'une punition, du coup on a accepté de coopérer sur une unique mission avec comme seule condition d'avoir accès à leurs technologies militaires de pointe concernant notre domaine.
Après tout c'est eux qui ont créé internet"
"Et quelle était cette mission ?" demanda April qui prenait des notes tout en prêtant une oreille attentive à son interlocuteur.
"Ils appelaient ça : "l'opération prévention". De ce qu'on a compris, ça consistait à nous faire fabriquer un canular viral planétaire..."
"On dirait un scénario du projet "Maladie X" réfléchit April à voix haute.
"Maladie X?!" interroge à son tour Léonard.
"C'était une théorie de l' O.M.S (Organisation mondiale de la Santé) concernant la prochaine pandémie d'un mystérieux agent pathogène hautement contagieux qui n'existe pas encore ou du moins pas découvert à ce jour.
Une fois n'est pas coutume, ils prévoient de créer la fin du monde au lieu d'essayer de le guérir...sinon on aurait déjà trouvé le vaccin contre le sida.
J'imagine qu'ils ont passé à la pratique, et vous étiez chargés de lancer la simulation."
"Mais pourquoi faire tout ça? Dans quel but?" demande Mickey en se grattant la tête.
"Je ne sais pas...pour vendre des vaccins peut-être...l'éternel enjeu du lobby pharmaceutique qui pèsent de tout son poids en vue des élections par exemple.
Quoi qu'il en soit, il faut faire éclater cette affaire au grand jour! Révéler la machination!"
"Non April, tu ne comprends pas, l'armée c'est l'état, ils ont créé internet et peuvent le contrôler ou même, pire, le détruire.
Qui puis est, ils savent qui nous sommes." Conclut Léonard dans son argumentaire.
"Tout comme ils savaient qui étaient Edward Snowden ou Julian Assange" rétorque-t-elle les mains posées sur ses hanches.
"Les gars imaginez qu'Hollywood fasse un film sur nous après" renchérit naïvement Mickey.
"Ouai et pour ton rôle ils choisiront Jack Black, gros idiot!" plaisante froidement Raph.
"Nous n'avons qu'a détruire internet!" renchérit la journaliste.
"Comme dans Die Hard 3? Une liquidation : paralyser ses infrastructures, transports et production énergétique." Propose Mickey avant de se faire couper la parole par la jeune femme.
"Ensuite on fait une campagne d'affichage et pourquoi pas prévenir la presse ou même les chaines de télévision comme à l'ancienne.
Bien sûr, pour cela il faudrait arriver à affaiblir internet au point que les gens regardent à nouveau autour d'eux dans la rue..." dit-elle rattrapée rapidement par son pessimisme.
Les quatre garçons réfléchissent un instant puis se regardent comme si une idée commune venait d'émerger de leurs esprits, comme une transmission de pensée collective!
"Vous pensez à ce que je pense ?" demanda Léo en échangeant un regard complice avec Raph et Donnie avant que Mickey ne se lance avec enthousiasme :
"Je crois que oui...tu veux commander une pizza ?"
Léonard se passa lentement la main droite sur le visage par dépit.
"Non pas maintenant, Mickey! Vous vous rappelez quand on collaborait avec le gouvernement sur l'opération prévention, on a découvert quelque chose de très intéressant, à ce stade ce n'est qu'un prototype, on ne l'a même pas essayé, mais tout indique qu'il pourrait fonctionner, vous ne croyez pas?"
" Ah bon et comment vous comptez vous y prendre?" demande April.
"On prend le câble et on le débranche. Simple et rapide." Ironise Raph.
"Une attaque DDOS?" poursuit-elle ignorant la moquerie du geek.
"Non trop prévisible..." répond Léonard avant de se rendre compte, agréablement surpris, de qui venait la proposition.
"...On va exploiter des failles Zer0day sur les routeurs des principaux FAI mondiaux et ainsi détourner leur trafic. Mais pour cela on va détourner un de leurs équipements pour être plus efficace et augmenter notre force de frappe."

Quelques jours suivirent où notre petit groupe de geeks s'attèle avec une rigueur quasi militaire aux préparatifs de sa future offensive.
April est elle aussi prête pour passer le grand test, elle a même réajusté son look, préférant les lunettes à grosses montures et tee-shirt de nerd aux trop classique escarpins et tailleurs.
Notre journaliste ressemble maintenant à l'actrice America Ferrera dans Ugly Betty, déguisée pour ne pas être trop jolie, mais avec suffisamment de potentiel pour un jour se révéler sexy.
C'est Mickey qui l'a aidé à préparer l'examen et durant cela ils se sont beaucoup rapprochés, plus qu'elle ne l'aurait pensé initialement.
Ils ont su voir l'un dans l'autre, au-delà de leurs stéréotypes respectifs.
Elle le sait maintenant, Mickey n'a pas toujours était comme ça, je veux dire gros, chauve et négligé.
En se confiant à elle, il lui révéla que lui et sa petite bande de potes sont encore tous puceaux à l'exception de Raph qui depuis a rencontré sa copine à sa cure "Restart".
Jusqu'à pas si longtemps, ils étaient tous membres de "Pick Up Artist Hate", un forum contre les "séducteurs du web", ces hommes bodybuildés ayant pour film préféré Hitch et un goût prononcé pour les chemises en satin.
La communauté de ce forum se faisait appeler les "incels", contraction des mots "involontaire" et "célibataire".
Mais à cette époque il n'était pas membre actif, mais juste invité d'honneur, car bien qu'il partageait cette haine pour les coachs en séduction, il avait rencontré l'amour en la personne de Abish, une mormone.
De par sa religion la jeune femme était proche des valeurs straight edge de Mickey et nos tourtereaux se préservaient en promesse d'un mariage prochain...mais celui-ci n'eut jamais lieu.
Ils avaient emménagé ensemble et bien que dormant sous le même toit, il le faisait dans des chambres séparées pour éviter de provoquer le péché charnel.
Mickey n'avait pas de secret pour elle, hormis un tout petit, il lui avait dit qu'il était informaticien, ce qui n'était pas un gros mensonge, sauf que ses revenus principaux provenaient de ces activités de hacker.
Et un jour alors qu'il avait piraté l'ordinateur d'un joueur adverse qui l'avait humilié sur Counter Strike - si il ne supportait pas une chose, c'était de se faire traiter de puceau - il tomba sur l'ordinateur le plus vérolé qu'il n'avait jamais vu.
À chaque clic une publicité pour des sites à caractère pornographiques s'affichait et plus il tentait de les fermer plus elles réapparaissaient exponentiellement.
Quant à sa future femme, elle aussi, n'avait jamais eu de secret pour lui, sauf cette fois là où pour lui faire une surprise, alors qu'elle était censée travailler cette dernière avait pausé son après-midi pour le rejoindre.
Ne se doutant de rien, il trainait devant son ordinateur comme à son habitude en pyjama.
Il avait attrapé un virus de saison qui avait eu raison de son stock de mouchoirs, si bien qu'il ne lui restait plus que le rouleau d'essuie-tout qui trainait sur le bureau où reposaient ses écrans pour s'essuyer le nez.
Et au moment même où il déchirait une nouvelle feuille pour se moucher sa future ex fiancée fit irruption dans la pièce, le prenant au dépourvu devant l'abondance d'images pornographique et cette mise en scène qu'il ne saurait justifier.
Malheureusement et en dépit de toutes les justifications qu'il essaya d'apporter à la situation à laquelle elle pensait avoir été témoin, elle ne voulut rien entendre.
La jeune mormone mit un terme à leur relation et récupéra ses affaires et Mickey se retrouva seul dans cet appartement rempli de souvenir.
Il sombra peu à peu dans la solitude et n'eut d'autres réactions que de chercher le réconfort dans une orgie non pas de pornographie, mais de malbouffe saturée de gras et de sucre.
Ce qui eut pour effet de faire tomber ses cheveux prématurément et faire grossir un ventre que Jabbah The Hut ne pourrait renier. 


À l'écoute de cette confession, la jolie journaliste embrasse le geek en se demandant ce qui la pousse soudainement et irrésistiblement à agir ainsi.
Est-ce la séduction ou la pitié?
C'est cette même question que se pose Mickey, ce qui n'empêche pas toutefois notre jeune homme chauve et obèse de profiter de cette occasion inespérée.
Quand ils retrouvent les autres, Donnie, Raph et Léo n'ont pas besoin de mots pour faire comprendre à notre nouveau couple qu'ils les ont démasqué.
Pour détourner l'attention de ses amis et surtout éviter le malaise qui s'annonce, Mickey monte le son de la télévision qui diffuse des scènes d'émeutes et de pillages, une carte du pays montrant la progression de l'épidémie d'Est en Ouest suivie d'un énième message d'avertissement :
"Citoyens, ceci est un message du ministère de la Santé, veuillez écouter attentivement ces quelques directives pour éviter toutes contaminations :
Coupez le réseau WiFi, sur vos ordinateurs n'utilisez de connexion internet que par câble Ethernet, ne naviguez que sur des sites gouvernementaux ou approuvés par le ministère.
L'usage des téléphones portables est à proscrire, préférez-leurs les appareils à cordons."

À la fin du message d'information, April éternue si fort que tous les garçons ne peuvent s'empêcher de se retourner vers elle.
S'en suit un silence paranoïaque où ils essaient de se retenir d'éternuer chacun à leur tour et finissent par céder les uns après les autres, comme tombent des dominos.
Tous finissent par se regarder, circonspect, et se mettent à rire de ce semblant de panique qui ne saurait s'insinuer entre eux.

L'heure de passer le grand test est venue pour April.
Dans un premier temps il lui bande les yeux, l'a font assoir devant une table sur laquelle un minuteur est posé puis lui mette un rubik's cube entre les mains et lance le décompte.
Contre toute attente elle résout le casse-tête sans même verser une goutte de sueur, machinalement à la manière d'un robot.
Ensuite, on lui retire le bout de tissu qui occultait son regard, c'est maintenant un ordinateur vérolé qu'elle doit réparer en passant par des fenêtres de commandes codées.
La dernière et ultime épreuve se veut être une sorte de test de culture G (pour Geek), mais se présente plus comme un dérivé du test Turing.
À la manière dont Mickey interroge April, la tension sexuelle et l'ambiance qui règne dans la pièce n'est pas sans rappeler une scène du film Blade Runner, lorsque Deckard fait passer un test Voigt-Kampff à Rachel.


Examinateur : "Plutot Star Wars ou Star Trek ?"
Sujet : "Je préfere Battlestar Galactica"
Examinateur : "Dans quel film de Tim Burton Nicholas Cage devait-il jouer ?"Sujet : "Superman, quel costume dégueulasse!"Examinateur :"Combien de points faut-il dépasser à Tetris pour faire décoller la plus petite fusée ?"Sujet : "200 000"Examinateur :"Allez une facile, de quelle couleur étaient les bandanas des quatre tortues ninja dans les comics d'origine ?"Sujet : "Rouge."Examinateur :"Quel est le prénom commun à la mère de Superman et de Batman?"Sujet : "Martha."Examinateur :"Tu préfères jouer sur consoles ou portable ?"Sujet : "Sérieusement?...Sur P.C évidemment."Examinateur :"Ton personnage préféré Marvel ?"Sujet : "Howard the duck."Examinateur :"Pilule rouge ou pilule bleue?"Sujet : "La rouge, l'autre c'est pour les vieux libidineux."Examinateur :"Dans les X-men, si le professeur Xavier avait un équivalent dans notre monde qui serait-il?"Sujet : "Stephen Hawkins."Examinateur :"Si je te dis le mythe de Cthulhu, tu me réponds ?"Sujet : "Howard Philip Lovecraft!"Examinateur :"et Hills Valley?"Sujet : "Retour vers le futur, au passage le 3 est à chier."Examinateur :"Combien de fantômes poursuivent Pac Man ?"Sujet : "4"

Les trois autres garçons font avancer un meuble à roulette sur lequel sont disposées une télévision et une console de jeux vidéo.
"OK, maintenant voici l'épreuve finale où tu dois me battre" dit-il en tendant une manette à April tandis que l'écran affiche le menu du jeu Street Fighter.

Si la préparation n'a présenté aucune difficulté particulière, l'opération, elle, s'est avérée vraiment compliquée.
Au bout de 72h de siège passé devant leurs écrans, notre petite bande est épuisée.
On dirait qu'une partie de space invaders s'est jouée avec les vaisseaux sanguins de leurs yeux, si bien qu'ils sont injectés de sang tels des zombies.
Tous se plaignent, pour la plupart de courbature au niveau du dos et des doigts, Donnie s'est fait une entorse du poignet en se masturbant de trop à cause du stress (son robot branlette a surchauffé puis est tombé en panne) et April a la nuque engourdie et se sent fiévreuse.
Mais tout cela valait le coup, puisqu'ils ont gagné.
Ils lèveraient bien les bras en l'air afin de célébrer la victoire, mais ils sont trop fatigués pour cela, malades à en crever.