vendredi 1 juin 2018



 Viral

"C'est parti d'un simple topic sur un forum médical, une question concernant d'étranges symptômes d'une forte intensité survenant brutalement :
Des ganglions, des frissons, de la  fièvre, fatigue intense (autour de 39°C), des maux de tête, confusion, somnolence, intolérance à lumière ou au bruit, mais aussi des douleurs musculaires et articulaires diffuses, toux, congestion nasale ainsi que la présence de saignement des yeux et des oreilles.

Un premier message suivi d'un autre plus tard puis un autre et encore un autre, jusqu'à ce que la scrollbar se mette à défiler puis rapetissir.
Des témoignages qui s'accumulent sans que l'on puisse en déterminer les causes, diagnostiquer la maladie.
Et puis plus rien, quand d'un seul coup 2 semaines après c'est l'explosion d'information, l'abondance de vidéo et de photos qui font leurs apparitions sur la toile."


Tandis que des extraits vidéo sont diffusés sur l'écran, la journaliste "vlogueuse" secoue ses cheveux pour se recoiffer sans jamais toucher au volant de sa voiture autonome.

"La presse et les médias relatent le phénomène, des pseudos spécialistes sont invités sur les plateaux télé pour faire part de leur théorie :
Les médecins font état de microbes mutants favorisés par la présence excessive d'antibiotique dans notre alimentation.
Les écolos corroborent cette idée avec la libération d'un virus ancien causé par la fonte des glaces,
Les responsables religieux, eux, parlent déjà de fin des temps,
Les conspirationnistes vont jusqu’à dire que le virus passe par les ondes électromagnétiques émises par des satellites et amplifiées par les smartphones.
Les survivalistes se sont d'or et déjà débarrassés de leur téléphone.
Les scientifiques évoquent quant à eux l'existence de drogues digitales et sonores, achetable sur i-doser.
Ces bandes-son aux beats binauraux, composé de bourdonnements et de vibrations constantes, mécaniques, parfois interrompues par des sortes de parasites sont réputées efficaces.
Si cette technologie venait à être utilisée et développée dans un autre but, elle pourrait éventuellement aboutir à une sorte d'arme bactériologique d'un genre nouveau.
Où la seule écoute d'une fréquence provoquerait des symptômes similaires à ceux d'une maladie.
Imaginez un instant un morceau de techno capable de vous court-circuiter le cerveau, faire saigner vos tympans, provoquer une crise d'épilepsie où même une colique soudaine.
Oui, car aussi fou que cela puisse paraitre il existerait un "bruit marron", "fréquence ou note sombre" infrasonore qui causerait chez l'homme une perte de contrôle de son flux intestinal.
De là à envisager une version plus agressive de ce signal, qui serait diffusé par le biais des ondes électromagnétiques WiFi là question mérite de se poser.
Avec tous ces téléviseurs, montres, système d'alarme, maison, voiture, borne de péage, panneaux et signalisations routières connectées..."

 
La barrière se soulève et le véhicule autonome franchit le péage sans qu'elle n'ait à ouvrir la fenêtre pour payer.

"...La propagation serait immédiatement catastrophique sur notre monde ultra-connecté ou des centaines de millions de personnes jouissent chaque minute d'une connexion internet haut débit.
J'ai donc essayé de rentrer en contact avec le prétendu patient zéro, le fameux auteur du premier commentaire, sans succès.
Et je me demande maintenant si tout cela ne serait pas qu'une vaste blague? Mais opéré par qui ? Et dans quel but?"


La journaliste regarde l'écran de l'ordinateur de bord et constate que le GPS change d'itinéraire, cela ne semble pas l'inquiéter outre mesure puisqu'elle continue son monologue filmé.

"Finalement, depuis l'invention de l'imprimerie à l'arrivée relativement récente d'internet, tout n'est que légende urbaine.
Bien que de nos jours, nous ayons accès à une source abondante d'information grâce à internet, nous sommes aussi confrontés à la désinformation ou plutôt la mal-information.
On fait même parler les morts, leur prête de fausses citations comme c'est le cas de Martin Luther King, Elvis Prestley ou Adolf Hitler.
La viralité tue la vérité, si bien que si vous perdez du temps à vérifier vos infos vous passez à côté du scoop du siècle ou du prix Pulitzer."

 
Sa vidéo terminée, la jeune femme essaie de la publier sur son site sans y parvenir, l'écran de bord et de son téléphone ne répondent plus.
Les phares de son véhicule et les lampadaires s'éteignent soudainement.
Par réflexe elle saisie le volant, le tourne dans tout les sens, mais cela reste sans effet, sa voiture ne dévie pas de sa trajectoire.
C'est alors que la journaliste tente d'ouvrir la porte côté conducteur, mais elle réalise que celle-ci est verrouillée, tout comme les fenêtres.
Une odeur acre lui monte au nez accompagnée d'une épaisse fumée se répandant dans l'habitacle par les grilles d'aération du tableau de bord.
Et tandis que dehors tout devient noir, elle sombre inconsciente. 

Quand elle reprend conscience, elle ne parvient à se rappeler de ce qui l'a amené ici, d'ailleurs elle ne sait pas où est-ce "ici",
Les seules choses qu'elle arrive à discerner dans la pénombre sont des conduites d'eau suspendues au plafond et des taches d'humidités sur les murs.
Pas de doute elle se trouve dans un sous-sol.
Au-dessus d'elle, des bruits de pas se font entendre, plusieurs personnes.
Une porte s'ouvre et l'éblouie un instant d'une clarté artificielle, quatre hommes descendent un escalier en bois et s'installent face à elle.
Leurs quatre têtes sont éclairées à la seule lueur bleuâtre de leurs smartphones et chacun porte une cagoule d'une couleur différente, bleue, violette, rouge et orange.
Si elle n'était pas bâillonnée, April aurait certainement posé des questions à ces ravisseurs au lieu de crier pour demander de l'aide ou tenter de s'enfuir.
Ce n'est pas les effets du syndrome de Stockholm, mais bien une déformation professionnelle.
Hélas pour April, elle est plus otage que journaliste aujourd'hui.
Après quelques minutes l'un d'eux vient lui enlever le foulard qui entrave la bouche de la captive puis se rassoit silencieusement.
"Bonjour, April, vous vous demandez surement qui nous sommes et..."se décide enfin à lui adresser la parole l'homme à la cagoule mauve alors qu'il est interrompu par du bruit à l'étage.
Une voix de vieille femme enjoint son fils, un certain Mickey de monter.
"...Et qu'est ce que nous voulons." Poursuit l'homme à la cagoule violette avant de se faire couper à nouveau par la voix de la mère de Mickey insistant pour que celui récupère la pizza que le livreur vient de déposer pour lui.
Dans un soupir, l'homme à la cagoule orange se lève de sa chaise pour monter d'un pas lourd l'escalier en bois et redescend l'instant suivant avec une pizza à la main.
L'ouverture de la porte laisse échapper un faisceau de lumière qui découpe l'obscurité, permettant à April d'entrevoir autour d'elles les dizaines de centaines de boites à pizza en carton qui s'entasse dans la pièce.
On se croirait dans le sous-sol d'une pizzeria de New York remarque la jeune femme.
"Bon, où en étais je...April, vous voulez de la pizza?" dit-il en se servant une part.
"Non merci, Mickey." Lui répond-elle d'un air arrogant.
À ces paroles, l'homme à la cagoule violette manque de s'étouffer avec une part de pizza et celui à la cagoule bleue se précipite à son secours.
"Recrache Donnie!"
Tandis que l'homme à la cagoule rouge peste contre lui parce qu'il vient de révéler l'identité de celui qui s'étouffe, la cagoule mauve.
"Désolé Raph!" fait la cagoule bleue à l'intention de la cagoule rouge qui lui répond : "Tu fais chier Léo! Maintenant elle connait tous nos prénoms."
Occupés à se renvoyer la faute les uns aux autres, à se chamailler jusqu'à allumer la lumière et se retirer chacun leurs cagoules colorées lorsque soudain le bruit significatif des coups de talon sur le plancher résonne une nouvelle fois au-dessus de leurs têtes.
Tous s'arrêtent immédiatement. La pause pizza s'impose.
April profitant de ce temps mort, essaie discrètement de bouger ses mains ligotées et détail étrange qu'elle remarque c'est que ce sont des câbles informatiques qui font office de liens.
"Et donc vous êtes des hackers ?"
"Nous préférons le terme Hacktivistes." Lui répond encore la bouche pleine Léo.
"C'est pareil non?" rétorque-t-elle en faisant bouger sa chevelure blonde d'un mouvement de la tête.
"Et vous, vous êtes quoi alors, une miss météo?"
"Non, enfin...je suis journaliste." Bredouille-t-elle en essayant de se justifier comme elle le peut.
"La raison de votre présence ici est que nous voulons que vous renonciez à votre podcast, votre enquête, ou que vos pistes s'éloignent le plus loin de nous."
"Cela veut dire que vous avez quelque chose à vous reprocher ?"
"Non."
"Alors pourquoi, me demander ça ?"
"Cela ne vous regarde pas."
"Si vous ne collaborez pas, nous nous verrons dans l'obligation de révéler votre horrible secret"
"Ouai! œil pour œil, dent pour dent!"
"Ah oui lequel?" elle rétorque, un sourcil relevé.
"Votre sextape." Menace Raph.
"Parce que vous pensez sincèrement que ça va me déranger?" lance-t-elle, en esquissant un sourire coquin.
Ils se regardent tous l'un l'autre avec un air surpris, comme si leur plan ne se déroulait pas comme ils l'avaient prévu.
"J'ai fait de la téléréalité et j'ai été miss météo, c'est ma botte secrète quand plus personne ne parlera de moi."
"Dans ce cas, on peut tout aussi bien effacer toutes traces numériques de vous." Renchéri Léo.
Soudainement l'expression jubilatoire de la jeune femme se mue en inquiétude mal dissimulée.
"Plus de compte en banque, plus de reconnaissance biométrique, plus de réseaux sociaux, plus de photos, plus de vidéos ou de souvenir de vous. Ce sera comme si vous n'avez jamais existé." Ajoute Donnie.
Coincée, elle décide de changer de posture et essaie une nouvelle stratégie en tentant maintenant de les séduire.
Simulant une bouffée de chaleur, elle se contorsionne sensuellement afin de forcer sur le tissu de son chemisier et laisser entrevoir son décolleté.
Maintenant elle se focalise sur Mickey, qui lui parait être le plus malléable contrairement à Raph, le grand maigrichon tout pâle qui semble ne même pas lui prêter attention.
Cela s'explique par le fait que ce dernier revient récemment de "Restart", la cure de désintox aux jeux vidéo et internet.
Là bas, il a rencontré l'amour et a donc transposé son addiction.
En fond sonore la télévision diffuse un message d'information d'urgence souligné par deux bandes rouges :

 "les autorités sanitaires font état de nombreux cas de mort suspecte ces derniers jours.
Il est conseillé de surveiller davantage les symptômes grippaux chez les personnes vulnérables comme les enfants et les personnes âgées."

April tourne la tête pour regarder la boite à image et décroise ses jambes laissant entrevoir à Donnie - le boutonneux aux grosses lunettes de la bande - l'absence de culotte dans son entrejambe tandis qu'elle s'adresse à Léo - celui au petit corps et à la grosse tête disproportionnée - le leader du groupe.
"Il y a certainement moyen, de trouver un arrangement, je pourrais peut-être vous aider....à qui sait, faire éclater cette affaire au grand jour." Dit-elle en faisant exploser la bulle de son chewing-gum.
"Comment elle a su?!" s'exclame Mickey tandis que les 3 autres lèvent les yeux au ciel.
Pendant quelques minutes, ils prennent le temps de se concerter silencieusement sur le sort d'April chacun sur son smartphone à avancer ses arguments
Léo, le leader n'est pas convaincu par le bien-fondé de la proposition de la jeune femme, de même que Raph, mais lui est toujours renfermé et méfiant quant à Mikey et Donnie, eux, sont sous le charme.
Ce dernier ose même déclarer sans honte à ses camarades : "elle a les yeux bleus Twitter".
Après avoir délibéré, les quatre hommes se retournent vers elle pour lui annoncer leur décision.
"Nous ne savons pas encore si nous pouvons avoir confiance en vous et tant que nous n'aurons pas de certitude à ce sujet vous demeurerez avec nous."
"À moins que vous ne réussissiez à passer notre test." Ajoute Mickey qui s'attire instantanément les foudres de ses trois compères.
Très mécontents, ils le prennent à partie.
"Qu'est-ce qui t'es passé par la tête...ou la bite?!"
"Mickey, tu sais bien qu'on n’avait dit "jamais de fille dans notre guilde"."
"Ça va nous diviser, Mickey! Et ça commence déjà, regarde!"

En bonne journaliste, elle se met à s'intéresser sérieusement au mouvement geek et sa sous-culture.
Pour méthode elle visionne toutes les saisons de la série The Big Bang Théorie, prends des notes et se renseigne sur chaque référence citée dans les épisodes,
se met à lire du Philip K. Dick et du H.P. Lovecraft, joue à World of Warcraft, Fornite, Minecraft et à leurs plus grandes surprises elle arrive même à faire un top 1.
C'est elle qui remet un nouveau rouleau d'essuie-tout sur le bureau quand Donnie fait ses crises masturbatoires, ou encore relance le compteur lorsque les plombs sautent...
Et les quatre garçons commencent à remarquer son investissement.


Un jour, alors que Mickey est sur le point de commander une pizza il sent une odeur provenant de l'étage au-dessus, une odeur familière et rassurante, celle que lui procure le simple fait d'ouvrir une boite à pizza.
"Qui veut de la pizza?" lance April en ouvrant la porte du sous-sol à l'intention des garçons.
Dans la minute qui suit les voici, tous les cinq réunis dans la cuisine de la mère de Mickey, à échanger des blagues et des anecdotes en mangeant la pizza qu'April a cuisiné.
"Vous vous rappelez quand on a envoyé Justin Bieber en tournée en Corée du Nord???" s'esclaffe Léo.
"Et Pittbull dans un Wallmart perdu d'Alaska!" enchérit Donnie en évitant de s'étouffer cette fois.
"Vous avez fait ça comment ?" demande-t-elle en se resservant une part de pizza.
"Ne demandez jamais à internet de s'exprimer par des sondages sur 4chan." conclut-il Donnie en lui adressant un clin d’œil.
Le son du poste radio que la mère de Mickey écoute toujours un peu trop fort parvient à notre petit groupe depuis le salon.
"Plusieurs villes de l'ouest viennent de décréter l'état d'urgence sanitaire.
On assiste à de vraies scènes surréalistes ici, des gens s'enferment dans des bunkers et ceux qui n'ont pas cette chance déambulent dans les rues à la recherche de provision, habillés de leurs combinaisons de fortune faite de papier d'aluminium pour éviter les ondes..."

"Sinon elle est super ta pizza!" marmonne-t-il en s'essuyant la bouche avec son tee-shirt et interrompant par la même le silence laissé par le flash info.
"Allez-y, resservez-vous-y en a deux autres qui arrivent" dit-elle en ouvrant la porte du four puis revient à table avec une pizza.
"Dites-moi les garçons, c'est quoi le truc le plus impressionnant que vous ayez hacké?"
Alors que tous trois demeurent silencieux, Mickey qui veut faire son intéressant prend la parole et y va de son anecdote :
"Hum...la fois où l'on a piraté la maison connectée de Diana! Tout y est passé : l'éclairage, le chauffage, les rideaux et volets roulants, les portes, ses télévisions, sa brosse à dents, ses toilettes même son sex-toy!
L'idée c'était de lui faire croire que sa maison était hantée.
Oh c'était quelque chose quand on déclenchait en pleine nuit "Alexa", l'assistant vocal d'Amazon, fallait voir ça sur les cameras de surveillance le bordel que c'était, les gardes du corps couraient dans tous les sens quand le rire démoniaque intempestif résonnait dans la villa!
Je me rappelle qu'on avait eu cette idée en regardant un épisode de south park qui avait rendu fou les "Alexa" et "Google home".
"Diana Monroe l'actrice?" Ils avaient tous trois espéré que ce détail serait passé inaperçu dans l'histoire de Mickey, mais c'était sans compter sur l'instinct de fouine de notre journaliste féminine.
Après un énième silence embarrassé ou le groupe de copain fusillait du regard le gros geek chauve et maladroit, Léo prit la parole :
"Bon...De toute manière tu vas finir par le savoir, et même si on commence à te faire confiance il est nécessaire que quelqu'un d'extérieur soit au courant de l'histoire.
Si jamais il devait nous arriver quelque chose, il faudrait quelqu'un pour le raconter, autant que ce soit par une journaliste."
"Vas-y continue Léo, mais j'aimerais quand même passer le test, car je veux être des votre!" insista-t-elle plus confiante que jamais en posant son téléphone sur la table en guise d'enregistreur.
"Ça enregistre, c'est bon? OK...Au tout début, on faisait juste de petit hack par-ci et par-là, c'était pour nous un amusement sans réelle conséquence.
On était comme des enfants espiègles et farceurs, on piratait les panneaux autoroutiers, quand on avait faim c'était les bornes de commande libre-service Macdonald, ou le site de Domino's parce que la pizza été livré froide et en retard.
Puis on a commencé à vouloir se faire de l'argent facile, pour cela rien de plus simple que le jackpotting comme on l'avait vu faire par John Connor dans Terminator 2, vider un distributeur de billets en y connectant un ordinateur portable, le braquage 2.0.
On avait monté des petites arnaques sur Spotify et Napster en fabriquant des playlists avec des faux morceaux pour détourner des millions en droit d'auteur, on rachetait aussi des noms de domaine avant leurs renouvellements pour les revendre par la suite aux principaux concernés qu'ils soient des marques, partis politiques, personnalités ou entreprises.
Une nouvelle façon de spéculer. Souvent pour leur foutre la pression et faire monter les enchères on  faisait des redirections sur des sites pornos bien sales qui pourrait entacher leur image publique.
Jusqu'au jour où le hack a fait un couac.
Donnie était un fan inconditionnel de l'actrice Diana Monroe, et non content de collectionner les autographes et les posters de la starlette il aimait à la stalker discrètement.
Il avait même fabriqué un robot dont l'unique fonction est la branlette sur lequel il avait apposé un portrait de la star.
Un jour où il décida de prendre son courage à deux mains sur son clavier afin de lui envoyer un message, il essuya des larmes et un refus.
Fou de rage il se mit à saboter la maison de la célèbre actrice comme tu le sais maintenant et peu de temps après une unité d'élite a débarqué ici pour nous arrêter.
Nous, naturellement, on a d'abord pensé à du swatting : un connard de gamer qu'on aurait humilié en ligne sur Counter et qui aurait envoyé en représailles la police chez nous.
Le truc qu'on ne savait pas c'est que la belle Diane Monroe fricotait avec notre cher président Dwight, les secrets d'État pouvant potentiellement être menacés, ceci explique cela.
Pendant des jours on est resté enfermé dans des cellules à être interrogé séparément comme si l'on était des terroristes.
Finalement les autorités se sont rendu compte que nos intentions n'étaient pas celles qu'ils nous prêtaient et en guise de sanction ou d'excuse - j'avoue encore me poser la question -  ils nous ont proposé un job."
Léonard s'arrête un instant et April lui fait signe de continuer avec sa main.
"Oui, l'interrogatoire a étrangement tourné à l'entretien d'embauche - il faut l'avouer que la différence entre les deux est parfois mince - à la manière qu'ont certaines grandes firmes informatiques qui négocient avec leurs pirates, le gouvernement faisait de même avec ses dissidents.
Le truc c'est que nous on voulait pas d'un job, mais on ne voulait pas non plus d'une punition, du coup on a accepté de coopérer sur une unique mission avec comme seule condition d'avoir accès à leurs technologies militaires de pointe concernant notre domaine.
Après tout c'est eux qui ont créé internet"
"Et quelle était cette mission ?" demanda April qui prenait des notes tout en prêtant une oreille attentive à son interlocuteur.
"Ils appelaient ça : "l'opération prévention". De ce qu'on a compris, ça consistait à nous faire fabriquer un canular viral planétaire..."
"On dirait un scénario du projet "Maladie X" réfléchit April à voix haute.
"Maladie X?!" interroge à son tour Léonard.
"C'était une théorie de l' O.M.S (Organisation mondiale de la Santé) concernant la prochaine pandémie d'un mystérieux agent pathogène hautement contagieux qui n'existe pas encore ou du moins pas découvert à ce jour.
Une fois n'est pas coutume, ils prévoient de créer la fin du monde au lieu d'essayer de le guérir...sinon on aurait déjà trouvé le vaccin contre le sida.
J'imagine qu'ils ont passé à la pratique, et vous étiez chargés de lancer la simulation."
"Mais pourquoi faire tout ça? Dans quel but?" demande Mickey en se grattant la tête.
"Je ne sais pas...pour vendre des vaccins peut-être...l'éternel enjeu du lobby pharmaceutique qui pèsent de tout son poids en vue des élections par exemple.
Quoi qu'il en soit, il faut faire éclater cette affaire au grand jour! Révéler la machination!"
"Non April, tu ne comprends pas, l'armée c'est l'état, ils ont créé internet et peuvent le contrôler ou même, pire, le détruire.
Qui puis est, ils savent qui nous sommes." Conclut Léonard dans son argumentaire.
"Tout comme ils savaient qui étaient Edward Snowden ou Julian Assange" rétorque-t-elle les mains posées sur ses hanches.
"Les gars imaginez qu'Hollywood fasse un film sur nous après" renchérit naïvement Mickey.
"Ouai et pour ton rôle ils choisiront Jack Black, gros idiot!" plaisante froidement Raph.
"Nous n'avons qu'a détruire internet!" renchérit la journaliste.
"Comme dans Die Hard 3? Une liquidation : paralyser ses infrastructures, transports et production énergétique." Propose Mickey avant de se faire couper la parole par la jeune femme.
"Ensuite on fait une campagne d'affichage et pourquoi pas prévenir la presse ou même les chaines de télévision comme à l'ancienne.
Bien sûr, pour cela il faudrait arriver à affaiblir internet au point que les gens regardent à nouveau autour d'eux dans la rue..." dit-elle rattrapée rapidement par son pessimisme.
Les quatre garçons réfléchissent un instant puis se regardent comme si une idée commune venait d'émerger de leurs esprits, comme une transmission de pensée collective!
"Vous pensez à ce que je pense ?" demanda Léo en échangeant un regard complice avec Raph et Donnie avant que Mickey ne se lance avec enthousiasme :
"Je crois que oui...tu veux commander une pizza ?"
Léonard se passa lentement la main droite sur le visage par dépit.
"Non pas maintenant, Mickey! Vous vous rappelez quand on collaborait avec le gouvernement sur l'opération prévention, on a découvert quelque chose de très intéressant, à ce stade ce n'est qu'un prototype, on ne l'a même pas essayé, mais tout indique qu'il pourrait fonctionner, vous ne croyez pas?"
" Ah bon et comment vous comptez vous y prendre?" demande April.
"On prend le câble et on le débranche. Simple et rapide." Ironise Raph.
"Une attaque DDOS?" poursuit-elle ignorant la moquerie du geek.
"Non trop prévisible..." répond Léonard avant de se rendre compte, agréablement surpris, de qui venait la proposition.
"...On va exploiter des failles Zer0day sur les routeurs des principaux FAI mondiaux et ainsi détourner leur trafic. Mais pour cela on va détourner un de leurs équipements pour être plus efficace et augmenter notre force de frappe."

Quelques jours suivirent où notre petit groupe de geeks s'attèle avec une rigueur quasi militaire aux préparatifs de sa future offensive.
April est elle aussi prête pour passer le grand test, elle a même réajusté son look, préférant les lunettes à grosses montures et tee-shirt de nerd aux trop classique escarpins et tailleurs.
Notre journaliste ressemble maintenant à l'actrice America Ferrera dans Ugly Betty, déguisée pour ne pas être trop jolie, mais avec suffisamment de potentiel pour un jour se révéler sexy.
C'est Mickey qui l'a aidé à préparer l'examen et durant cela ils se sont beaucoup rapprochés, plus qu'elle ne l'aurait pensé initialement.
Ils ont su voir l'un dans l'autre, au-delà de leurs stéréotypes respectifs.
Elle le sait maintenant, Mickey n'a pas toujours était comme ça, je veux dire gros, chauve et négligé.
En se confiant à elle, il lui révéla que lui et sa petite bande de potes sont encore tous puceaux à l'exception de Raph qui depuis a rencontré sa copine à sa cure "Restart".
Jusqu'à pas si longtemps, ils étaient tous membres de "Pick Up Artist Hate", un forum contre les "séducteurs du web", ces hommes bodybuildés ayant pour film préféré Hitch et un goût prononcé pour les chemises en satin.
La communauté de ce forum se faisait appeler les "incels", contraction des mots "involontaire" et "célibataire".
Mais à cette époque il n'était pas membre actif, mais juste invité d'honneur, car bien qu'il partageait cette haine pour les coachs en séduction, il avait rencontré l'amour en la personne de Abish, une mormone.
De par sa religion la jeune femme était proche des valeurs straight edge de Mickey et nos tourtereaux se préservaient en promesse d'un mariage prochain...mais celui-ci n'eut jamais lieu.
Ils avaient emménagé ensemble et bien que dormant sous le même toit, il le faisait dans des chambres séparées pour éviter de provoquer le péché charnel.
Mickey n'avait pas de secret pour elle, hormis un tout petit, il lui avait dit qu'il était informaticien, ce qui n'était pas un gros mensonge, sauf que ses revenus principaux provenaient de ces activités de hacker.
Et un jour alors qu'il avait piraté l'ordinateur d'un joueur adverse qui l'avait humilié sur Counter Strike - si il ne supportait pas une chose, c'était de se faire traiter de puceau - il tomba sur l'ordinateur le plus vérolé qu'il n'avait jamais vu.
À chaque clic une publicité pour des sites à caractère pornographiques s'affichait et plus il tentait de les fermer plus elles réapparaissaient exponentiellement.
Quant à sa future femme, elle aussi, n'avait jamais eu de secret pour lui, sauf cette fois là où pour lui faire une surprise, alors qu'elle était censée travailler cette dernière avait pausé son après-midi pour le rejoindre.
Ne se doutant de rien, il trainait devant son ordinateur comme à son habitude en pyjama.
Il avait attrapé un virus de saison qui avait eu raison de son stock de mouchoirs, si bien qu'il ne lui restait plus que le rouleau d'essuie-tout qui trainait sur le bureau où reposaient ses écrans pour s'essuyer le nez.
Et au moment même où il déchirait une nouvelle feuille pour se moucher sa future ex fiancée fit irruption dans la pièce, le prenant au dépourvu devant l'abondance d'images pornographique et cette mise en scène qu'il ne saurait justifier.
Malheureusement et en dépit de toutes les justifications qu'il essaya d'apporter à la situation à laquelle elle pensait avoir été témoin, elle ne voulut rien entendre.
La jeune mormone mit un terme à leur relation et récupéra ses affaires et Mickey se retrouva seul dans cet appartement rempli de souvenir.
Il sombra peu à peu dans la solitude et n'eut d'autres réactions que de chercher le réconfort dans une orgie non pas de pornographie, mais de malbouffe saturée de gras et de sucre.
Ce qui eut pour effet de faire tomber ses cheveux prématurément et faire grossir un ventre que Jabbah The Hut ne pourrait renier. 


À l'écoute de cette confession, la jolie journaliste embrasse le geek en se demandant ce qui la pousse soudainement et irrésistiblement à agir ainsi.
Est-ce la séduction ou la pitié?
C'est cette même question que se pose Mickey, ce qui n'empêche pas toutefois notre jeune homme chauve et obèse de profiter de cette occasion inespérée.
Quand ils retrouvent les autres, Donnie, Raph et Léo n'ont pas besoin de mots pour faire comprendre à notre nouveau couple qu'ils les ont démasqué.
Pour détourner l'attention de ses amis et surtout éviter le malaise qui s'annonce, Mickey monte le son de la télévision qui diffuse des scènes d'émeutes et de pillages, une carte du pays montrant la progression de l'épidémie d'Est en Ouest suivie d'un énième message d'avertissement :
"Citoyens, ceci est un message du ministère de la Santé, veuillez écouter attentivement ces quelques directives pour éviter toutes contaminations :
Coupez le réseau WiFi, sur vos ordinateurs n'utilisez de connexion internet que par câble Ethernet, ne naviguez que sur des sites gouvernementaux ou approuvés par le ministère.
L'usage des téléphones portables est à proscrire, préférez-leurs les appareils à cordons."

À la fin du message d'information, April éternue si fort que tous les garçons ne peuvent s'empêcher de se retourner vers elle.
S'en suit un silence paranoïaque où ils essaient de se retenir d'éternuer chacun à leur tour et finissent par céder les uns après les autres, comme tombent des dominos.
Tous finissent par se regarder, circonspect, et se mettent à rire de ce semblant de panique qui ne saurait s'insinuer entre eux.

L'heure de passer le grand test est venue pour April.
Dans un premier temps il lui bande les yeux, l'a font assoir devant une table sur laquelle un minuteur est posé puis lui mette un rubik's cube entre les mains et lance le décompte.
Contre toute attente elle résout le casse-tête sans même verser une goutte de sueur, machinalement à la manière d'un robot.
Ensuite, on lui retire le bout de tissu qui occultait son regard, c'est maintenant un ordinateur vérolé qu'elle doit réparer en passant par des fenêtres de commandes codées.
La dernière et ultime épreuve se veut être une sorte de test de culture G (pour Geek), mais se présente plus comme un dérivé du test Turing.
À la manière dont Mickey interroge April, la tension sexuelle et l'ambiance qui règne dans la pièce n'est pas sans rappeler une scène du film Blade Runner, lorsque Deckard fait passer un test Voigt-Kampff à Rachel.


Examinateur : "Plutot Star Wars ou Star Trek ?"
Sujet : "Je préfere Battlestar Galactica"
Examinateur : "Dans quel film de Tim Burton Nicholas Cage devait-il jouer ?"Sujet : "Superman, quel costume dégueulasse!"Examinateur :"Combien de points faut-il dépasser à Tetris pour faire décoller la plus petite fusée ?"Sujet : "200 000"Examinateur :"Allez une facile, de quelle couleur étaient les bandanas des quatre tortues ninja dans les comics d'origine ?"Sujet : "Rouge."Examinateur :"Quel est le prénom commun à la mère de Superman et de Batman?"Sujet : "Martha."Examinateur :"Tu préfères jouer sur consoles ou portable ?"Sujet : "Sérieusement?...Sur P.C évidemment."Examinateur :"Ton personnage préféré Marvel ?"Sujet : "Howard the duck."Examinateur :"Pilule rouge ou pilule bleue?"Sujet : "La rouge, l'autre c'est pour les vieux libidineux."Examinateur :"Dans les X-men, si le professeur Xavier avait un équivalent dans notre monde qui serait-il?"Sujet : "Stephen Hawkins."Examinateur :"Si je te dis le mythe de Cthulhu, tu me réponds ?"Sujet : "Howard Philip Lovecraft!"Examinateur :"et Hills Valley?"Sujet : "Retour vers le futur, au passage le 3 est à chier."Examinateur :"Combien de fantômes poursuivent Pac Man ?"Sujet : "4"

Les trois autres garçons font avancer un meuble à roulette sur lequel sont disposées une télévision et une console de jeux vidéo.
"OK, maintenant voici l'épreuve finale où tu dois me battre" dit-il en tendant une manette à April tandis que l'écran affiche le menu du jeu Street Fighter.

Si la préparation n'a présenté aucune difficulté particulière, l'opération, elle, s'est avérée vraiment compliquée.
Au bout de 72h de siège passé devant leurs écrans, notre petite bande est épuisée.
On dirait qu'une partie de space invaders s'est jouée avec les vaisseaux sanguins de leurs yeux, si bien qu'ils sont injectés de sang tels des zombies.
Tous se plaignent, pour la plupart de courbature au niveau du dos et des doigts, Donnie s'est fait une entorse du poignet en se masturbant de trop à cause du stress (son robot branlette a surchauffé puis est tombé en panne) et April a la nuque engourdie et se sent fiévreuse.
Mais tout cela valait le coup, puisqu'ils ont gagné.
Ils lèveraient bien les bras en l'air afin de célébrer la victoire, mais ils sont trop fatigués pour cela, malades à en crever.

dimanche 1 avril 2018

  C.H.A.T.S.²

Une chaine d'information à diffusion nationale interviewait en direct un comportementaliste animalier de renommé qui expliquait à l'antenne "Ce sont là des chats atteint du syndrome du tigre ou sociopathie féline résultant d'un sevrage trop court étant bébé, un trouble alimentaire en somme.
De plus, le chaton d’intérieur perdant son instinct de chasse à force de se nourrir de croquette ainsi qu'un lien trop intense avec son propriétaire peuvent conduire parfois l'animal a un comportement excessif.
Si par exemple son maître venait à s'absenter quelques jours le félin se sentirait abandonné et menacé par son propre environnement."
La journaliste acquiesça d'un hochement de tête et lut la prochaine question de sa fiche mémo "Dans ce cas que préconiser ?".
Le médecin se redressa sur son siège et balaya l'air de la main "Vous pouvez l'aider à se détendre avec certain complément alimentaire, personnellement j'opte pour une rééducation par le biais de jeux alimentaires afin de lui permettre de chasser sa nourriture."
A peine avait-il terminé sa phrase qu'une horde de chat fit une irruption violente sur le plateau télé. L'un des chats se projeta sur son visage toutes griffes déployées, tandis qu'un autre tirait sur sa cravate pour l'étrangler.
Un gros chats de type maine-coon avait sauté sur la chevelure de la présentatrice et lui arrachait de grosse touffe de cheveux alors qu'elle essayait de fuir le studio en criant.
La dernière séquence de l'émission  montra un chaton en train de s'attaquer au cameraman avant de laisser place au logo de la chaine.

Sur les nombreux écrans de contrôles des images défilaient, montrant des émeutes de foules hystériques dans tout le pays.
Des vidéos de centaines de personnes se bousculant pour fuir, se piétinant les uns les autres poursuivi par des hordes de chats en furie.
Et puis les cameras cessèrent d’émettre une à une.
Tous les écrans n'affichaient plus que des parasites et éclairaient d'une lueur grisâtre les visages consternés des dirigeants politiques réunis dans la salle de l'état major Américain.
Le représentant de la délégation chinoise présent s'écria avec un zozotement "Mon dieu, c'est un vrai CHATaclisme!!!" mais personne ne releva le caractère comique de la chose. Tous étaient sous le choc, en état de sidération absolue, cherchant du regard l'issue de secours la plus proche.
Dwight, le président Américain penché au dessus d'un moniteur sur lequel était représenté une carte du monde parsemé de points rouges signalant les attaques en cours pensa à haute voix "On dirait qu'ils se dirigent vers l'Asie".
"Affirmatif monsieur, il semblerait que la chine soit leur cible prioritaire et ce n'est peut-être pas par hasard, vous savez ils mangent des chats la bas..." argumenta un militaire hautement décoré qui se tenait à ses côtés.
C'est alors que le chef d'état américain pris la parole devant l'assemblé.
S'adressant sur un ton solennel à ses homologues et quiconque serait devant sa télévision il entama son discours par ce qui suit : "Nous sommes victimes d'une attaque sans précédent, de par sa nature, sa rapidité. Mais nous devons riposter pour défendre ce monde qui est..."
"PERDU" Ce mot retentit dans la salle, tout le monde compris à l'intonation et au interférence sonore que cela n'avait été prononcé par Dwight mais par un orateur différent.
"PERDU par votre faute, votre seule et unique responsabilité messieurs. Vous vous demandez surement qui je suis, je ne vais pas faire durer le suspense plus longtemps.
Je suis Julian Edward, un de vos ex-agent, j'ai travaillé sur votre projet top secret, celui-là même qui est en train de causer notre perte dehors, au-delà de cette forteresse imprenable, dans le monde réel celui de ceux pour qui vous décidez sans jamais vous en souciez.
J’espère qu'une seule chose c'est qu'ils viendront vous trouver.
Quant à moi je vais diffuser aussi massivement qu'il m'est possible ce message. Adieu messieurs."
Un dernier échos résonna avant de relaisser place aux crépitements des parasites.

Il déambulait bourré en plein milieu de la journée, comme à son habitude, il pestait après la nuée de mouche qui le suivait, balayait l'air de la main pour les éloigner.
Du bout de la rue on le sentait arriver et on l'entendait jurer et cracher et jurer par ce qu'il s'était craché dessus, quand ce n'était pas uriné.
Précédé par le bruit et suivi par son odeur, il l'était aussi par sa meute de chien errant qui l'accompagnait en toutes circonstances.
Il les avait recueillis de justesse alors que le refuge pour animaux égarés décidait de les euthanasier.
Cette fois là, il s'en était fallu de peu, les chiens le savaient bien et lui vouaient une loyauté inébranlable pour cela.
Le chef de la meute, fidèle bras droit de leur maitre c'était "Rintintin" le malinois, il y avait aussi "Scooby" le dogue Allemand, "Beethoven" le saint Bernard, "Milo" le Jack Russel, "Milou" le fox terrier à poil dur, "Droopy" le basset, "Lassi" le colley, "Carl" le Carlin toujours en retard précédé par le "vieux bâtard" sans nom qui malgré son grand age revenait chercher les trainards en pestant.
Ce dernier justement, devait son surnom aux gardiens du refuge qui l'appelait ainsi en raison de son ancienneté lui qui ne se faisait jamais adopter par les familles.
Personne ne le regardait, il n'y en avait toujours que pour les chiens racés, chiens star de film.
Il suffisait qu'il y est un film ou une publicité qui rappelle telle ou telle race a un maitre pour qu'il se fasse piquer la vedette et une nouvelle fois son tour.
Au fil du temps les modes changeaient et le refuge était peu à peu devenu une retraite pour sosie de chien star oubliées, ces vieux cabots passés de mode, abandonnés sur le bord de la route par leurs maitres sur le trajet des vacances.
Il y avait aussi les nombreux cas de ceux qui furent adoptés parce qu'ils étaient bien assortis au sac à main mais vite abandonnés comme une vieille collection au profit des bonnes œuvres.
Dans le voisinage on ne s'étonnait plus d'entendre des coups de feu suivi de bris de verre de bouteille de bière, de temps à autre c'était de la taule froissée des drones ou le miaulement d'un chat blessé.
C'était là son passe temps, peut être le seul de notre homme, ça et descendre des caisses de bière.
Un drôle de zozo ce clodo qui ne se départissait jamais de sa combinaison faite de papier d’aluminium et de couverture de survie qu'il s'était lui même confectionné pour disait-il "lutter contre les systèmes de navigation à rayon infrarouges des drones".
En dépit de son apparence et de la couche de crasse qui s'accumulait en strates géologiques sur sa peau, il n'avait pas toujours était un sans abris, il avait eu une autre vie et même un nom.
Bien que celui-ci fut incapable de s'en rappeler après tant d'années d'alcoolisme et de démence urbaine.
Dans son ancienne vie, Cloclo le clodo (nous l’appellerons ainsi puisque c'est devenu son seul nom connu) avait été marié et vécu dans une maison dans le New Jersey.
A l'époque déjà il avait un chien, oui c'était bien lui, "le vieux bâtard", oui, un jour il avait été un jeune clébard!
Ils étaient tout deux partis balader en foret, Cloclo avait pour habitude de le laisser gambader libre, renifler tout ce qu'il voulait.
C'était ce qu'il considérait comme son quart d'heure de folie mais ce jour là le jeune cabot s'emballa, alerte, il pista quelque chose dans les bosquets.
Son maître qui vit son fidèle compagnon s'éloigner subitement se mit a le suivre comme il le pouvait en criant son nom, lui ordonnant de revenir.
La nuit commençait à tomber et il ne voyait plus rien, il se laissa guider par les aboiements de son chien pour le retrouver.
Arrivé à sa hauteur il se baissa pour lui rattacher sa laisse et quand il releva la tête il aperçut en contre bas des cages avec des centaines de chats déposés par des drones volant téléguidés par des hommes en combinaison NRBC.
Soudain un projecteur fut braqué sur Cloclo et "le vieux batard', ils étaient repérés.
Effrayés par la scène à laquelle ils venaient d'assister ils se mirent à courir dans la direction inverse.
Rapidement et à leurs plus grandes surprises des hordes de chats se mirent à leurs trousses suivi par les hommes en combinaison.
Alors qu'ils pensaient avoir trouver une cachette à l’abri des faisceaux lumineux qui balayaient la foret, un chat se jeta sur le visage de Cloclo.
C'était sans compter sur "le vieux bâtard" qui d'un coup de mâchoire cassa le cou du chat et le projeta au sol.
"Qui étaient ces hommes? Une agence gouvernementale? Menaient ils une expérience? Et c'était quoi tout ces chats?" Toutes ces questions affluèrent dans l'esprit de Cloclo tandis qu'ils parvenaient à s'échapper de la foret.
Il le savait, il risquait sa vie et celle de ses proches si ils parvenaient à le retrouver.
Pour cela notre fugitif décida de se cacher dans les égouts durant quelques jours en se faisant passer pour un clochard.
La couverture était parfaite avec un chien et certains alcools bon marché s'avéraient meilleurs qu'il ne le pensait.
Afin de ne pas faire courir de risque à sa femme et par amour pour elle il ne l'avait pas prévenu et la seule fois ou il avait essayé il s'était rendu compte que celle-ci servait de couveuse pour leurs expériences gouvernementales.
Depuis il fuyait son ancienne vie et c’était réfugié à Deer Trail au Colorado, petite ville ou il était de bon tons de chasser le drone.
Lors de ses sessions de "poule" il se faisait aider par ses compagnons canin.
Carl le carlin justement, essayait toujours de devancer les autres pour repérer les drones avec ses gros yeux globuleux au regard multidirectionnel.
Hélas il échouait pratiquement à chaque fois pour annoncer les cibles. En cause son aboiement ridiculement sur-aiguë auquel personne ne prêtait généralement attention et qui passait souvent pour des pleurnichement.
Ils étaient toujours couvert par les autres aboiements plus graves et virils des autres chiens.
En cela reflétait sa position dans la hiérarchie naturelle de la meute.
Une fois la caisse de bière bu dans sa totalité, leur maitre s'endormait ivre mort dans celle-ci.

Quelques pars dans un endroit tenu secret, à l’abri d'un bunker hautement sécurisé, le président américain et son état major passa en revu toute les stratégies de contre offensive envisageable.
Le premier projet de riposte armé que ses ingénieurs lui soumirent concernait l'utilisation d'une sorte de fusil à eau couplé avec un harpon lance filet qui par un ingénieux système électrostatique permettrais d'attraper facilement les petites bêtes à poils en mouvement et de les maintenir au sol en humidifiant les proies.
Malheureusement cette arme fut rapidement écartée après un test désastreux, le filet une fois projeté vint aspirer littéralement le mannequin cible et l'opérateur ensemble. Dans le même ordre d'idée on lui présenta la possibilité d'équiper des grenades chargées en eau qui en explosant déchargeaient une impulsion électrique mais l'expérience fut elle aussi peu concluante.
Ensuite, il fut évoqué l'utilisation de souris de laboratoire porteuse du V.I.F. (Virus de l'Immunodéficience Féline).
"J'imagine que c'est dans le but de les atteindre en empoisonnant leurs alimentations." affirma Dwight sur un ton des plus sceptique.
"C'est exact monsieur le président, la maladie les contaminera immédiatement. De plus nous estimons qu'avec la quantité de rats présent dans chaque grandes villes cela représenterait une ressource quasi inépuisable!"
"...hum...Vous voyez..." dit-il en s'éclaircissant la gorge tandis qu'il rassemblait ses arguments mentalement avant de poursuivre.
"Au long terme cette solution me semble intéressante cependant nous ne sommes pas en train de lutter contre une prolifération de parasites quelconques...il nous faut quelque chose de plus radical.
Pour parler franchement je me contrefous d'attirer les foudres des associations pour la protection animale. Je ne suis plus en campagne électorale!" s'écria Dwight d'un rire plein de sarcasme.
"Et imaginons une seconde que les rats finissent par s'auto-immuniser au virus ou pire qu'ils immunisent les chats qui s'en nourrissent, (il n'osa pas  aller jusqu'à exprimer l'éventualité d'une copulation inter-espèces et de par se fait la naissance d'une nouvelle). Nous aurions deux fois plus d’ennemis à combattre."
"Oui vous avez certainement raison monsieur, nous ne pouvons courir le risque de reproduire le même schéma. Résoudre le probleme par un autre probleme."
Sur l'instant le président ne mesura pas la pleine porté de sens comprise dans la réponse de son interlocuteur et poursuivi sa visite.

En ce Jeudi après midi, les enfants étaient à l'école tandis que leur père était au travail et leur mère qui devait venir les chercher faisait les courses.
La maison des Wright était paisible.
Pourtant à l'intérieur de celle-ci, on entendait quelque chose semblable à une déchiqueteuse qui lentement déchirait du papier glacé.
C'était Ronron qui avec ses griffes lacérais les yeux de ses précédents maitre sur les photos de famille affichées dans le salon.
Aussi, il avait abimé la table de la cuisine, arraché un rideau dans l'entrée et éventré le canapé.
Comme dans chaque maison américaine il y avait une poutre qui comporté des graduations colorées correspondant à la taille des enfants qui grandissait dans ses lieux.
Là, Ronron le chaton, rayait les noms et y gravait à coté le mot "mort".
Redressé sur ses deux pattes arrière il monta l'escalier tout en laissant trainer ses griffes sur le mur, éraflant la tapisserie sur son passage avant de se faufiler dans la chambre du plus jeune des enfants.

La seule arme validée fut les mines antipersonnelles qui déployaient une substance semblable à de l'herbe à chat en guise d’appât et explosant une fois un certain poids atteint au dessus du piège.
Selon le principe de l'herbe à chat agissant comme aphrodisiaque sur ces animaux, l'odeur ainsi dégagée rappelant celui des femelles en chaleur, cela les attireraient irrémédiablement à elle.
Une variante de se dispositif chargé en permethrine, un insecticide utilisé comme anti-puces pour les chiens et hautement toxique pour les chats, fut également envisagé.
En poursuivant son tour des laboratoires d'armement, où chacun des départements de recherches présentaient ses dernières trouvailles pour lutter contre la menace, le président américain ne cessait de repenser au message vidéo pirate et fit part à ses conseillers de la réflexion suivante :
"Comment se fait-il que nous ayons déjà des cobayes ennemis au sein de nos infrastructures?"
Les membres de son état major se regardèrent les uns les autres à la recherche d'une parade sans toutefois la trouver.
"Ne me dites surtout pas que ces créatures sont le fruit de nos propres expérimentations?!"
Un colonel borgne, dont le visage était marqué d'une imposante balafre (sans doute dut à une griffure de chat) jusqu'alors resté en retrait rassembla tout son courage pour répondre.
"C'est malheureusement le cas monsieur le président.
Vous avez tout juste ce ne sont pas des extraterrestres, ce sont des animaux cobaye de nos tests laboratoire.
Au départ ce programme était destiné au développement et la recherche astronautique. Nous voulions créer ou du moins débloquer des capacités intellectuelle et extrasensorielle sous-jacente chez cette espèce.
Mais comme vous pouvez le voir, l'expérience nous a échappé et nous en payons le prix aujourd'hui." conclut-il en désignant de la main le cache œil sur son visage.

Les bras chargés de courses, elle poussa la clef du bout des doigts et la porte s'entrouvrit légèrement.
Il n'en fallut pas plus pour que les enfants se précipitent à l'intérieur.
Elle était tellement fatiguée et concentrée sur sa tache à exécuter qu'elle n'avait pas remarqué l'état de la maison.
Avec trois hommes à la maison elle avait l'habitude résigné qu'un certain bazar règne en ces lieux et c'est certainement pour cela qu'elle rangeât les courses dans les placards sans y prêter attention.
C'est une fois qu'elle commença à préparer le gouter pour ses enfants qu'elle réalisa que quelque chose clochait.
Tout était sans dessus dessous, des céréales étalés sur la table, du lait dégoulinant sur le sol, des traces de griffes partout. Ce n'était pas la une scène de cambriolage, non c'était bien plus inquiétant.
La télévision s'alluma et l'a fit sursauter, son premier réflexe fut de se saisir d'un couteau de cuisine planté dans un meuble avant de faire volte face avec la menace.
Mais elle se rendit compte que ce n'était que son fils ainé installé dans le canapé en train de zapper les chaines qui n’émettaient plus à la recherche d'un dessin animé à regarder.
Son fils voyant sa mère avec un couteau pris peur et dis "maman c'est pas moi!" en désignant les coussins du canapé éventrés avec leurs rembourrages étalés et ça et là.
C'est alors qu'elle rangeât son couteau après avoir examiné la pièce, puis s'approcha son fils ainé.
"Où est ton frère? " demanda-t-elle.
Des bruits sourds, comme si quelqu'un tapait ou donnait des coups se firent entendre à l'étage, ce qui sembla répondre à sa question.
Elle coupa le son de la télévision, enferma l'ainé dehors en lui demandant d'appeler son père et monta doucement l'escalier couteau à la main.
La porte de la chambre du plus jeune était entre ouverte, le vacarme venait incontestablement de cette pièce.
En passant la tête discrètement par l'encolure de la porte elle vit son fils au prise avec...un chaton. Leurs chaton, Bowie. C'était le nom qu'ils lui avaient donné en raison de ses yeux verrons et de l'éclair de poils roux qui traversait son jolie minois au pelage blanc.
Celui qu'ils avaient adopté et dont ils s'étaient séparés il y a quelques mois de ça. Pire qu'un abandon, cela avait été un véritable assassinat.
Transporté dans une cage, déporté sans un regard, jeté du haut d'un pont, laissé pour mort.
Si la chute n'avait pas raison de lui ça aurait été la noyade, emporté par les torrents de la rivière.
Tout ça parce que les enfants l'avaient fait accuser à leurs places quand ils avaient fait tomber la collection d'assiette en porcelaine familiale lors d'une partie de chat perché fraternel.
Quand Bowie le chaton remarqua la présence de la mère il se jeta sur son visage toutes griffes déployées.
L'enfant quant à lui était déjà à l'agonie, la langue coupé et enfouie dans sa propre gorge il n'avait pu pour demander de l'aide que taper des pieds, des mains et de la tête sur le sol afin de se faire entendre.
Elle tenta de se débattre longtemps, le chat agrippé sur son visage, les griffes plantés dans ses globes oculaires elle luttait, taper sa tête volontairement contre les murs jusqu'à ce qu'il se décroche, emportant ses yeux avec lui.
Complétement désorienté comme une oie à qui l'on venait de couper la tête elle tituba paniquée dans le couloir et glissa sur une flaque de sang.
Son cou se rompit, elle ne pouvait plus bouger, tout juste arrivait-elle à parler.
Et c'est en entendant son mari et son fils ainé faire irruption dans la maison qu'elle cru que ce serait la fin de son calvaire...or ce n'était que le début d'une tuerie aveugle.
Bowie fit dégringoler des escaliers les yeux arrachés de son ancienne maitresse en guise d'avertissement.
Horrifié le père se précipita au secours de sa femme, en lui caressant le visage il constata qu'elle était éborgnée et inconsciente.
Il chercha du regard quelque chose pour se défendre puis arracha le rideau de douche.
A ce moment là, un autre chat vint aider Bowie à couper les deux tendons d’Achille du père qui bascula dans la baignoire, la tête dans le rideau.
Pendant que ce dernier était en train de suffoquer, les chats finissaient le travail en lui tranchant les différentes artères de coups de griffe rapide, habile et sec.
Le fils ainé qui avait assisté à la scène impuissant, regarda son père baignant dans son propre sang, recula nerveusement sous la menace des deux chats qu'il reconnaissait à présent, Bowie bien sur mais aussi celui qui l'accompagnait, bien qu'ayant le poils entièrement carbonisé, un œil crevé et une oreille arrachée, il comprit que c'était le chat du voisin...qu'il se souvenait s'étre amusé à torturer auparavant.

Brad était un mercenaire d'exception, Vietnam, Irak, Afghanistan, Ouganda, Corée du Nord, Russie, Iran...bref vous l'avez compris dés qu'il fallait envoyer quelqu'un au front (ou en mission de reconnaissance) c'était lui qu'on appelait.
Évidemment il fallait prévoir une grosse équipe pour nettoyer le carnage indescriptible qu'il laissait derrière lui.
Car sur son passage, tout n'était que tripes et chair sanguinolente.
Et généralement tout ce qui avait été animé par la vie avait péri par le viol...enfin dans le meilleur des cas et sous conditions qu'il ne soit pas ivre.
Je vous laisse imaginer quand il l'était.
Comme tout mercenaire il cultivait un certain penchant pour l'alcool et les poules!
"Moi ce que j'aime c'est les grosses cochonnes, les chiennes mais aussi les grosses vaches" confiait-il volontier à ses camarades.
Cela va certainement vous surprendre mais ce n'était pas une façon de parler. Figurez-vous, qu'il parlait là au sens propre. Brad était zoophile.
Malheureusement cela devenait un peu trop prononcé aux gouts de sa hiérarchie qui avait du mal à justifier les scandales liées aux champs de batailles.
C'est pour toutes ces raisons et qu'en dépit de sa forme physique ainsi que de son age l'état major lui avait proposé de monter en grade et devenir formateur.
Un poste de planqué dans un placard doré de 50m² avec vu panoramique et bureau en noyé véritable où la punition déguisée en promotion.
Étant assez lucide sur sa situation, Brad savait qu'il avait échappé de peu à la retraité anticipée et qu'il n'avait pas d'autres choix que d'accepter et de se faire oublier...jusqu'à ce que le téléphone résonne un jour.

De ses gros yeux globuleux de Carlin, Carl scrutait le ciel.
Comme à son habitude il ne pouvait s’empêcher d'aboyer avec véhémence après tout ce qui survolait la maison (ou plutôt le squat) : Avion, drones, oiseaux, chats.
Son strabisme lui conférait le regard d'un caméléon, il pouvait regarder deux endroits différents en même temps.
C'était là, un avantage et à la fois un inconvénient, surtout quand il faisait sa promenade dans la rue et qu'il se prenait les poteaux électriques de plein fouet.
Mais cette fois il ne faisait pas ça pour rien. Ce n'était pas les rideaux qui bougeaient avec le vent ,non, c'était autre chose, autre chose de bien plus préoccupant.
Au dehors, des nuées de volatiles fuyaient dans la même direction. Certains d'entre eux tombaient du ciel, sous une pluie de plumes et de sang comme si il s'y tenait la guerre des anges.
L'un d'eux vint s'écraser sur la terrasse, son cadavre était lacéré de griffures et chevauché par un chat.
Carl recula avec méfiance, le félin, lui, l'observa ne sachant déterminer si c'était un congénère ou un ennemi canin.
Après tout, celui-ci n'avait pas de truffe, poussait un aboiement si aiguë qu'il laissait douter à un miaulement et sa queue, détail grotesque par excellence, tenait plus du porcin que du félin ou canin.
Rapidement rejoins par d'autres chats, ils encerclaient Carl, ce dernier ne voyant sa meute arriver malgré ses appels aux secours n’eut d'autres choix que de se rendre.


"Je vous présente notre rédemption" dit un scientifique en tirant le rideau pour dévoiler son dernier projet novateur au président américain.
L'assemblé applaudit timidement sans vraiment savoir de quoi il en retournait car l'objet ainsi exposé ressemblait seulement à une bombe.
"Pouvez-vous nous en dires plus?" demanda le président avec un air circonspect, le sourcil droit relevé et interrogateur.
Un assistant donna un coup de coude au scientifique qui restait planté devant son invention avec un sourire niais pour lui signifier qu'il devait donner plus d'explication.
"Monsieur le président, vous avez là devant vous, une giga bombe d'un genre nouveau, la bombe U, comme Ultrason. Cette bombe..."dit-il en la tapotant affectueusement..."cette bombe pourrait neutraliser les chats sur des milliers de kilomètres mais pas seulement elle nous permettrais aussi de les repousser massivement dans une direction, comme l’océan par exemple."
Aussi, il serait possible de les tenir à l'écart des villes en utilisant les hauts parleurs d'alerte pour diffuser des ultrasons en continue."
"Quels sont ses effets? Nos soldats ne risquent-ils pas d'être blessés?" interrogea le Colonel borgne.
"Ne vous inquiétez pas pour vos hommes, colonel, rien à voir avec l'agent orange. Au pire ils seront sujet à des migraines et des nausées, quant à l’ennemi, lui subira de sévère lésions cérébrales.
"Pouvez vous m'en faire la démonstration?" demanda le président.
Le scientifique fit amener un écran sur un chariot à roulette qui diffusait des images d'une foule se dispersant devant une arme de forme carré émettant un son très aigu.
"Voici le "Long Range Acoustic Device", nous l'avons testé une première fois lors du G20 de Pittsburgh en 2009. La bombe que nous vous présentons aujourd'hui utilise une technologie similaire à l'attaque acoustique."
Le président américain convaincu par l'exposé fut animé par une lueur d'espoir et commença avec ses conseillers l'élaboration d'une stratégie de contre offensive.


Affublé d'un déguisement de chats reconnaissable à ses oreilles pointues et sa longue queue Carl le Carlin jonglait, dansait, jouait les pitres devant un public composé uniquement de chat.
Tout cela lui était arrivé bien malgré lui.
On lui avait d'abord enfilé de force ce costume en fausse fourrure ridicule et quand il avait montré de la résistance, qu'il avait protesté violemment en tentant d'impressionner et d’effrayer ses agresseurs il avait déclenché sans le vouloir l'hilarité collective.
C'est ainsi qu'il s'était attiré leur sympathie et évité une mort certaine. Du moins cela lui avait fait gagner un peu de temps et d'espérance de vie.
Notre captif perdait peu à peu l'espoir d'une libération, se laissant gagner par des idées noires.
Toutes les brimades journalières qu'il subissait autrefois des autres chiens de sa meute lui revinrent en tête une à une :
"Regard-le, même pas de museau!"
"Et c'est quoi cette queue de cochon?!"
"Pourquoi t'as des taches noires autours des yeux, t'es un raton laveur?"
"Ta place est au zoo le phoque!"
Rapidement il en conclut que sa situation serait toujours la même.
Peu importe le camp qu'il choisirait, Carl serait rejeté, tel était le destin de cet animal transgenre.
On lui fit apporter un plateau repas composé d'une pâté qui à l'odeur lui donnait envie de se lécher les babines et d'une soucoupe rempli de lait.
Carl n'avait jamais gouté de lait, cela pourrait très bien être empoissonné au cyanure pensa-t-il.
Hormis l’aspect liquide et blanchâtre du cyanure il ne connaissait pas son odeur, ni celle du lait d’ailleurs, alors comment pouvait-il savoir?
Prudemment, il renifla sa pâté, nota qu'il y avait de véritable morceaux de barbaque de premier choix là-dedans, cependant l'odeur de cette viande bien qu'elle lui soit inconnue semblait vraiment appétissante.
En fin de compte il réalisa que ça nouvelle condition n'était pas si horrible que ça, elle était même plutôt confortable, au moins il était applaudi et avait de la nourriture de premier choix.
Repus, se sentant presque redevable d'avoir dégusté un met aussi savoureux il réfléchit à une façon de témoigner de sa gratitude.
La manière la plus logique qu'il ait trouvé fut d'essayer de le dire dans leur langage. Passer du "Waf" au "Miaou".
Rapidement il parvint à communiquer sommairement avec ses geôliers, non sans provoquer une nouvelle crise de rire chez ces derniers.
Soudainement, le rire laissa place à l’effroi sur le minois des minous qui le gardait, un signal d'alarme par onde Alpha venait de résonner dans les têtes des félins.
Le camp des chats était attaqué.

Brad en avait marre de former les nouvelles recrues, il était las de cette génération de pleureuses, un ramassis de jeunes en surpoids fumeurs de pétards.
Les "bleus bites" comme il les appelait.
Il n'y avait rien à en tirer et il le savait, une perte de temps.
Bien qu'il approchait bientôt de la quarantaine - on pouvait le deviner en voyant les pattes d'oies au coin de ses yeux et les quelques cheveux blanc qui balayait sa chevelure - il conservait tout de même une condition physique athlétique.
Faut dire qu'il ne se laisser pas aller, tout les jours il se levait aux aurores pour s'entrainer.
Ses muscles saillant sous son uniforme, qui étaient continuellement congestionnés donnaient l'impression qu'il ne se reposait jamais.
Le sport était la méthode qu'il avait choisit pour lutter contre ses pulsions sexuelles déviantes et puis cela lui permettait de rester opérationnel car il savait qu'un jour on aurait besoin de ses services.
Et ce jour était arrivé, plus tôt qu'il ne s'en aurais douté.
C'est un hélicoptère présidentiel qui venait d’atterrir sur la base, le genre de chose que l'on ne voyait ici que pour de rare événement préparé en avance ou en cas de crise grave.
Une capitaine de l'état major descendit de l'engin et demanda à s'entretenir avec Brad.
Dés qu'il l'a vue il eu un coup de foudre pour cette grande blonde au regard de biche et à la bouche en cul de poule (et vous savez ce qu'il leur faisait habituellement...).
Elle dégageait quelque chose d'animal, de bestial sous son coté autoritaire et militaire.
Notre mercenaire devait se ressaisir, il ne pouvait se laisser aller au sentimentalisme, il avait une nouvelle mission, "ce n'est pas le temps de faire l'amour mais la guerre" songea-t-il en son fort intérieur.
Brad revint dans son baraquement pour faire son paquetage et en profita pour se masturber devant un documentaire animalier avant de prendre hélicoptère pour rejoindre la base secrète de l'état major.
Là bas, on lui en dit plus sur la nature de sa mission.
Notre mercenaire avait pour seule consigne de faire un carnage une fois le largage de la bombe à ultrason.
Le moment qu'il attendait depuis si longtemps était venu, il allait revenir sur le champs de bataille.

Carl le Carlin, était toujours enfermé mais sans surveillance, ainsi il envisagea toutes les solutions d'évasion, il essaya sans succès de sauter pour ouvrir la porte.
"Si seulement J'avais hérité de cette capacité féline!" remarqua-t-il.
Ensuite il tenta de se glisser dans le passe plat à peine moins large qu'une chatière et manqua de se coincer une fois la tête passé. Il réalisa qu'en dépit des apparences, l'habit ne faisait pas le moine.
Cloclo le clodo et sa meute de chiens intrépides venait de mener l’assaut sur une base de chats.
Le malinois qui n’était pas si malin que ça avait cru ingénieuse l'idée d'éteindre la lumière pour déstabiliser l'adversaire, or il devait ignorer que les félins avaient une très bonne vision dans l'obscurité.
Par un heureux concours de circonstances les chats pris par surprise battirent en retraite se croyant en sous nombre.
Carl qui avait appris quelques mots en chats et qui ne pouvait entendre le raffut causé par la bataille en raison de l'isolation du sous sol où il se trouvait, appelait en miaulant ses geôliers dans l’obscurité.
Il essaya même d'attirer leur attention en racontant sa nouvelle blague : "Est-ce que je vous ai déjà dit que mon père, paix a son âme, était un boxer? Pas le sportif, la race de chien voyons!"
Sans aucune réponse de leurs parts, il commençait à s’inquiéter, d'abord préoccupé par l'éventualité qu'il ne pourrait plus manger de si bonne pâté mais aussi d'être oublié ici.
La lumière revint progressivement dans la pièce. Quand la porte s’entrouvrit, il eu un petit soupir de soulagement et sa queue se mit à gigoter dans l'air de droite à gauche.
Ce genre de signe en langage corporel canin ne peut pas mentir.
Arrêtés dans l'encolure de la porte, les chiens de sa meute et son maitre ne savaient pas quoi penser de la situation en voyant Carl le carlin dans son déguisement de chat en train de jongler.
Devait-il se moquer de lui ou se méfier de lui? Était-il devenu un traitre? Quelques justifications s'imposaient pour l'otage.
"C'est pas ce que vous croyez!" lança d'abord Carl, puis argumenta pour sa défense "j'ai fait ça volontairement, pour m'infiltrer, jouer l'agent double tout ça..."
Le malinois plissa les yeux d'un air suspicieux, et demanda au Dogue Allemand "Alors comme ça ce bon vieux Frank serait un espion?! T'en pense quoi Scooby Doo?"
Son interlocuteur agacé par cette manie qu'avait le malinois de l'affublé d'un surnom qu'il trouvait raciste lui répondit "Je sais pas...Est ce que moi je t'appelle Rintintin connard?"
Carl le Carlin en profita pour ajouter que le personnage de Frank dans le film Men In Black était joué en réalité par une femelle, précision dont tout le monde dans la pièce semblaient se foutre royalement.
Lassi le Colley, ne pu réprimer sa joie de retrouver son ami Carlin et se pissa dessus comme à chaque fois qu'elle éprouvait un sentiment fort, raison pour laquelle ses anciens maitres l'avaient abandonné.
Cloclo le clodo mit fin aux réjouissances des retrouvailles et ordonna à la meute de se mettre en route.
La meute se mit en configuration guerrière, ainsi le gentil Saint Bernard passa du mode Beethoven au mode Cujo, son rôle étant celui de l'infirmier, le Malinois quant à lui passa chef des operations, le Jack Russel mit a profit sa rapidité et son gambarit pour faire l'éclaireur.
Mené par son instinct de chasseur, Milo, le jack Russel (ou Kurt Russel comme le Malinois s'amusait à le surnommer) était parti loin devant.
Il avait pisté un chat à moins qu'il ne s'agisse d'une balle, oui, il adorait les balles et avait cette capacité à les dénicher en tout endroit.
Le Malinois lui aussi avait senti une forte odeur, celle de l'eau de Cologne mais pas celle qu'avait bu Cloclo le clodo auparavant, non ça sentait un mélange de plusieurs parfums et de testostérone.
Soudain Carl via sa vision multidirectionnelle vit quelque chose bouger dans les buissons jalonnant le chemin qu'ils avaient lui et sa meute emprunté.
Il bondit dans l'obscurité quand des canons d'armes diverses sorti de nulle part. Des mitraillettes, des revolvers,  même un bazooka constituaient cette impressionnant armada.
Plus personnes ne bougeaient à l'exception du Carlin qui secouait sa queue joyeusement en reniflant les bottes d'un des soldats qui les encerclaient.
L'odeur du sang devait vraisemblablement l'exciter.
Une silhouette s'avança hors des ténèbres, un visage dur avec un cache œil apparu, c'était le colonel borgne.
Le haut gradé militaire adressa un sourire à Cloclo suivi de ses mots : "Je crois qu'on se connait".
Ce dernier le reconnut immédiatement, c'était ce même homme qui l'avait interrogé il y a quelques temps.
Il s'en souvenait comme si c'était hier en dépit de sa vie de débauche qui embrumait ses souvenirs.
Justement c'était pour cette stratégie qu'il avait opté, jouer les mecs bourrés.
Pas très difficile vous me direz pour quelqu'un qui est saoul la moitié du temps avec un taux d'alcoolémie moyen dans le sang approchant des deux grammes.
C'était sans compter sur les atouts que gardait en réserve le colonel borgne pour le faire parler : il lui avait montré des photos de sa femme pour susciter une réaction émotionnelle.
Là, Cloclo le clodo avait craqué et commencé à déblatérer à propos d'un contact avec un informaticien pote de Julian Edwards et comme quoi il trouvait pathétique la tentative de contre information avec le prétendu dossier rédigé par l'un de leur agent fédéral un dénommé Dick.
Pour brouiller les pistes, il se força à vomir tout en demandant entre deux remontés bileuses : "Qu'avez vous fait?! Dites moi juste...qu'en est-il de la légende des 9 vies ? C'est des conneries hein?"
Ceci avait permis de mettre fin à l'entretien.
Et là, aujourd'hui, il se tenait à nouveau devant lui, et notre résistant sans-abris se demandait bien quelles étaient ses motivations cette fois.
"Nous avons assisté à votre coups d'éclats!" dit-il les deux poings sur les hanches avant de poursuivre "Un assaut efficace et coordonné!" et il applaudit avec une moue satisfaite et virile.
"Je pense qu'il serait dans nos intérêts commun de combattre ensemble...Bien sur, vous êtes libre de refuser...mais ne nous battons nous pas tout deux pour ce qui fait la grandeur de ce pays?!"
Notre clodo pas impressionné pour un sou (il n'en avais pas de toute façon), se redressa pour faire face au colonel qui devait faire bien de deux têtes de plus que lui et répondit "C'est bien ce que je compte faire" puis reprit sa route en sifflant ses chiens.
Le commando de militaire s'écarta en cherchant un ordre contraire du regard auprès de leurs colonel mais celui-ci ne leur donna pas satisfaction.
En passant devant eux, le Malinois ricana comme une hyène, le dogue Allemand bien droit les enjamba fièrement avec mépris et Milo le Jack Russel souleva une patte arrière pour leur pisser dessus tout en leur tirant la langue.
Carl le carlin quant à lui était resté la langue collé aux rangers des militaires et il fallut que l'un d'eux secoue sa chaussure pour qu'il réalise que la meute avait avancé sans lui.
Une fois les chiens et leur maitre à distance, un soldat demanda à son supérieur pourquoi celui-ci les avait-il laissé partir et le colonel borgne lui répondis en s’adressant à tous ses hommes "De toutes façon ils vont mourir et puis à chaque guerre il faut des héros pour la patrie".

Avant d'embarquer dans le bombardier, Brad tagua à l'aide d'un aérosol de couleur rouge sur l'une des ogives la phrase : "Ultrason of a bitch!"
Notre mercenaire zoophile se préparait pour la guerre, plus encore qu'à son d'habitude.
Il venait de se badigeonner tout le corps d'huile d'herbe à chat qu'il avait lui même confectionné, ensuite il avait tracé trois traits noirs sur chacune de ses joues en guise de peinture de guerre puis il avait inscrit sur son casque "Brad l'empaleur".
Le bombardier dans lequel était Brad allait bientôt survoler la zone de combat réduite à une immense plage de la côte pacifique.
En fins stratèges, ils avaient réussie à faire perdre du terrain à l’ennemi, mieux encore ils les avaient confiner entre leurs forces et l’océan.
Pour mettre au point cette offensive, tout les hauts parleurs des magasins et des villes ainsi que tout véhicules disposant d'un dispositif sonore cet à dire ambulance, camion à glace, camionnette de cirque, voiture de tuning etc...avaient été réquisitionné.
"Brad, n'oubliez pas, soyez vicieux et surtout faites vous plaisir soldat!" l'encouragea la capitaine tandis que le mercenaire zoophile enfilait son parachute.
En sautant dans le vide, Brad mitrailla en criant à ses autres camarades soldats "niquez les tous! ahhhhh" et une fois sur la terre ferme ou plutôt le sable fin, il fut submergé par se sentiment de bienêtre qui l'avait quitté depuis si longtemps.
Fusiller, taper, cogner, éventrer, égorger, décapiter, violer l'adversaire c'était là tout ce à quoi il aspirait et ça se voyait à son sourire radieux sur le champs de bataille.

"Cette litière géante sera leur fosse commune!" avait déclaré le président Dwight en ordonnant le largage de la bombe U.
La bombe tomba du ciel et alors que les soldats affrontaient les hordes de chats, il y eu une déflagration au loin suivi d'une onde de choc magnétique.
Tout à coup les félins s’arrêtèrent sur place comme tétanisés, le regard figé, du sang coulant de leurs oreilles puis s’écroulèrent presque à l'unisson sur le sol.
Cloclo le clodo se retourna et vit ses fidèles compagnons à terre, tremblant, couchés sur le flanc, la truffe au sol, les pattes sur les oreilles, agonisant.
"Pauvre toutous et moi qu'il leur ai promis qu'ils iraient à la ferme pour les vieux chiens, le paradis canin" pensa-t-il en essuyant une larme.
Tous, Rintintin, Scooby, Lassi, Milo, Droopy, Milou sauf Carl, qui en plus d’avoir un strabisme avait aussi un probleme de surdité congénital, chose que tout le monde avaient toujours pris pour un trait de caractère d'obstination.

Parmi les décombres, entouré des chats les plus massifs, il reconnu celle qui avait autrefois était sa femme et qui était devenu la vieille dame aux chats.
Encore consciente, il lui retira l'appareil auditif grésillant qu'elle avait dans chaque oreilles et vit soudain son regard changer, gagner en lucidité comme si elle avait été quelqu'un d'autre pendant tout ce temps.
Sa prothèse auditive semblait servir de récepteur pour ondes Alpha émise par les chats, un annihilateur de pensée en somme.
C'était un véritable charnier, et pendant que les mercenaires achevé les ennemis, Carl le carlin passait de dune en dune, se délectant joyeusement du gout de cette viande qu'il avait découvert récemment grâce aux chats, la saveur de la chair humaine, provenant des cadavres des soldats.
Brad dopé par ses endorphines et l’adrénaline que lui procuré une telle scène d'affrontement découvrit ce qui semblait être une couveuse, une sorte de nid pour protéger les félins nouveaux nées pendant que la bataille faisait rage.
Il approcha à pas feutrés, éteignit la lampe tactique de son fusil d’assaut et mis un genoux à terre pour attraper un premier chaton, ému.
Puis notre mercenaire enfourna sa bite dans le postérieur de l'animal et l'a fit ressortir par sa bouche puis balança le cadavre pour en ramasser un second, ainsi de suite.
Le souffle lourd, Brad l'empaleur susurra de plus en plus fort d'une élocution lente et saccadée "chaton, cha-ton, CHA-TON..." jusqu'à jouissance.

C'est bien cette dernière scène qui inspirera l'imposante statue en bronze du mémorial de la bataille.
Suite à ces événements, l'homme avec un grand H n'a retenu comme leçon que celle qu'il fallait exterminer le probleme qu'il a lui même crée.
Et ce n'est pas une mais deux nouvelles espèces qui ont désormais fait leurs entrées dans les muséums d'histoire naturelle, la collection de races d'animaux éteintes.
Tout ceci, au nom de la science et du progrès.

mercredi 7 mars 2018

Fashion Victime


1...2...Le temps défile en tractions, se divise en exercices de musculation.
Chaque jour devant son miroir, Dorian peint son autoportrait, façonne sa silhouette, sculpte ses muscles dans l'effort.
Son corps, c'est son gagne-pain.
Sa nourriture justement, il l'avale en calories. Tout est mesuré, tout est gradué.
Chemise ouverte et lunettes de soleil. Jeune et beau, il suffit de voir les regards désireux se refléter dans ses verres teintés pour le comprendre.
En se rendant à son lieu de travail, sur les champs Élysée, il lui arrive souvent de se faire accoster par des groupes de jeunes touristes.
Signer des autographes et prendre la pause, jamais il ne peut s'y refuser. Même s'il le sait, on le confond avec une quelconque star de télé-réalité du moment.
Il n'est rien... pour l'instant. Juste un ambassadeur de beauté, hôtesse d'accueil pour une célèbre marque de prêt-à-porter.
Accueillant torse nu, muscles bandés et huilés, les clients amusés par ses déhanchements sur un rythme techno.
Toutes phéromones dégagées, sourire vaniteux aux lèvres, il danse.
Ils ont attendu longtemps derrière le cordon pour assister à tout ça. Ils ne se sont pas déplacés pour rien, ils en auront pour leur argent.
Le videur fait rentrer les curieux au compte-goutte dans le magasin qui tient tout d'une boîte de nuit.
Le son est à fond. Des spots lumineux colorent les murs. Un stroboscope vient éblouir les visiteurs à leur arrivée.
Des jeunes filles se ruent sur les étagères de vêtements à la recherche de cabines d'essayage qu'elles ne trouveront jamais tout comme le prix sur les étiquettes.
Ici, le client est roi, roi des cons.
La nuit, le temps s'écoule plus vite. Bien qu'il travaille de jour, l'obscurité environnante lui donne cette impression.
Deux ans déjà qu'il se prostitue commercialement, à côté de ça il passe des castings, mais rien ne se concrétise.
Dorian c'est une coquille vide sans talent, un joli emballage qui finira à la poubelle comme tout emballage dans cette société de consommation.
Quand ce n'est pas son jour de danser torse nu à l'accueil, il porte un short, un polo et joue au vendeur.
Ce n'est pas vraiment un rôle de composition pour lui. De plus, il n'a pas beaucoup de texte et encore moins d'arguments de vente, c'est tout juste s'il sait indiquer la direction des toilettes.
Cependant une des rares taches qu'il doit effecteur, c'est replier les vêtements et aller en chercher de nouveau en réserve quand les étagères se vident.
En réserve justement, il n'y a que les employés les plus anciens qui y travaillent, trop vieux pour donner envie d'acheter.
Là-bas, il y croise souvent Cindy, la plus gentille de ses collègues... faut dire qu'il ne lui reste que ça, la pauvre a grossi de 10 kilos en un an, problème de thyroïde, parait-il.
Elle l'aimait bien, il y a un moment elle avait même songé à tenter quelque chose, mais c'était avant sa prise de poids et surtout avant d'apprendre que Dorian n'était attiré que par lui même.
Homosexuel dans sa définition la plus stricte.
Dorian n'a d'yeux que pour l'ascension sociale, quelle que soit la forme qu'elle revêt.
Son obsession du moment : Amber. Dommage qu'elle ne soit qu'une femme, elle avait tout ce qu'il recherche.
Meilleure vendeuse du magasin, de longs cheveux blonds épais, de grands yeux d'un bleu profond et une taille mince qui trahit son anorexie.
Dans la salle de repos, il l'avait une fois surprise en train de se gaver de mouchoirs en papier. Une poule empaillée.
Ils aiment discuter de sac à main, de la dernière collection Hermès, des vertus de la fourrure naturelle et de pédicure.
Alors qu'ils étaient en train de flirter une fois de plus, une cliente les interrompit pour leur demander s'ils avaient des tailles 40 dans la réserve.
Amber fit avec un grand sourire "nous ne faisons pas au-delà de la taille 38, question d'image de marque vous comprenez".
La cliente étonnée continua son chemin, une fois loin, Amber ajouta à voix basse pour ses collègues "on a une taille 40 dans la réserve, elle s'appelle Cindy."
Tous se mirent à rire et Dorian fit remarquer que "ça puait la pisse de chat", ce à quoi répondit Amber "c'est certainement cette grosse vache" en désignant de la tête la direction qu'avait pris la cliente.
La vendeuse blonde s'en alla ranger une étagère qu'un groupe de touristes avait mise à sac. Dorian et ses collègues restants constatèrent que l'odeur s'était dissipée.
L'été approchait avec la nouvelle collection, la chaleur augmentait et la climatisation faisait des siennes.
Le rôle le plus prisé était celui du danseur à l'entrée qui n'avait plus besoin d'huile pour le corps, la sueur faisait illusion.
Amber passait son temps aux toilettes, s'essuyait les aisselles et rajoutait une couche de déo. Aussi, elle se plaçait volontairement près du diffuseur de parfum du magasin.
Il lui arrivait de changer de hauts plusieurs fois dans la même journée.
Depuis quelques semaines déjà elle avait remarqué que l'odeur de sa transpiration était devenue plus forte.
Ce que notre poupée anorexique ne savait pas c'est que quand on fait de l'hypoglycémie bien souvent on secrète de l'acétone qui mélangé à la sueur distille une délicieuse odeur s'apparentant à de la pisse de chat.
Elle avait tout essayé: pierre d'alun, frotter un citron frais sous ses aisselles... TOUT, mais rien ne changeait.
Un soir en rentrant chez elle, larmes aux yeux, son chat vint la réconforter en l'entendant pleurer sur le pas de la porte.
Elle le caressa longuement quand soudain lui vint l'idée désespérée d'utiliser la litière comme pierre d'alun pour remédier à son problème.
Vous l'imaginez ça n'a pas marché.
Dorian lui aussi supportait mal la chaleur. A Paris, l'été est lourd, en grande partie à cause de la pollution et de son emplacement géographique.
Le ciel orageux cache le soleil la plupart du temps, Dorian le savait c'est pour ça qu'il faisait des UV.
La dernière séance était peut-être celle de trop, sa peau était devenue orangée et s'était couverte de boutons.
Bien sûr, il soupçonnait la crème hydratante qu'il se passait sur le corps après chaque séance d'en être la cause.
Il avait consulté un dermatologue, mais cela n'avait fait qu'accroître le nombre d'hypothèses : stress, trouble alimentaire...
En réalité, c'était une allergie cutanée aux vêtements. La réaction n'était pas tellement due au tissu à proprement parlé mais plus aux traitements chimiques de celui-ci.
La présence de Formaldéhyde, substance communément appelée Formol, dans les vêtements neufs qu'il rangeait par centaine chaque jour sur ses étagères en était la cause.
Et elle se trouve partout, sous forme d'agent défroissant, agent mordant pour les teintures, dans certains pigments sous forme de résine formolée pour les jeans notamment, pour imperméabilisation de la laine etc...
On ne peut y échapper si l'on veut rester présentable, c'est pour cela que les mannequins sont en plastique. Parcequ'ils ne craignent rien.
Maintenant, les plaques d’eczéma se sont répandues jusque sur son visage. Défiguré comme le portrait de Dorian Grey.
L'ironie c'est que le formol qui sert aussi à conserver les morts et en train ici de décomposer vivant le corps du jeune éphèbe.
Son rituel matinal devient plus complexe. Derrière tout ce fond de teint, l'adolescent boutonneux en surpoids qu'il était commence à le dévisager dans le miroir.
Le responsable magasin lui aussi le dévisage. Il scrute sa figure décharné, comme s'il cherchait un bouton à percer ou faisait une partie de démineurs sur la peau du vendeur.
Le regard des gens change, ni ses yeux bleus ni ses muscles ne parviennent à faire oublier l'acné.
Désormais il ne sera plus affecté à l'entrée du magasin pour danser torse nu.
Où est Amber ? Cela fait plus de deux semaines qu'il ne l'a pas croisée. Peut-être a-t-elle pris des vacances ?
Dans les toilettes, à l'abri des regards, il cède aux démangeaisons.
Il gratte sa peau jusqu'au sang. Des croûtes se forment, décolorent l'épiderme couleur agrume qui pèle comme une orange.
Dorian n'est pas une chrysalide, il n'est pas en train de muer, il pèle juste du tissu cicatriciel.
Il ne va pas se métamorphoser en imago, un joli papillon, non, il va se transformer en larve. Pestilentielle.
Le planning a changé, des nouveaux, plus jeunes et donc plus beaux sont arrivés.
Il ne veut pas être relégué en réserve, mais il n'a pas le choix. Il est passé de mode, égérie de l'ancienne collection.
Tout comme la grosse Cindy et Amber-sent-la-pisse qui l'attendent en réserve.