vendredi 1 août 2014

Le goût de l'éffort

 

Le goût de l'effort


La chaussette droite puis la chaussette gauche, une gorgée d'eau minérale et l'échauffement peut commencer. Toujours bien s'étirer avant et après chaque entraînement, il n'y a rien de plus important qu'une séance d'étirements. Je fais tourner ma tête sur l'axe de mon cou lentement, puis tour à tour mes épaules et mes bras de la même façon, dans un sens puis l'autre. Ensuite je m'occupe de mes jambes, cambre le dos jusqu'à toucher mes pieds avec mes mains. A travers mes écouteurs, je peux entendre les petits craquements d'os provenant d'à peu prés toutes les parties de mon corps.
"Eye of the tiger" dans les oreilles, je suis motivé à bloc. Une serviette éponge, une petite bouteille d'eau et une banane (le fruit le plus protéiné) sont disposées rituellement à côté du tapis de sol sur lequel je suis assis. Tout les éléments sont réunis pour réussir aujourd'hui.

"Allez David, c'est le grand jour. J'ai un mental d'acier."

Pour préparer mes abdos et mes autres muscles à la position que je vais devoir garder pour ma performance, j'enchaîne quelques séries de crunch au sol. Cela fait déjà un bon petit moment que je m'entraîne... Ça n'a pas été facile, j'ai donné, j'ai sué, j'ai même failli renoncer plus d'une fois.
Bien sûr, j'aurais pu faire comme les autres, avoir recours aux drogues ou à je ne sais quelle opération. Mais j'ai toujours su ô combien il était primordial d'avoir un esprit sain dans un corps sain.

"Le grand secret de la réussite, c'est vous."

C'est ce qui est écrit en légende du poster de Schwarzy - le représentant tous muscles bandés et huilés en me pointant du doigt - accroché à la porte. A jeun, mes muscles sont plus dessinés que jamais, comme sculptés dans la chair. Vous ne pouvez pas savoir à quel point j'aime cette sensation.

"Allez p'tit gars, tu peux le faire parce que tu veux le faire! Je crois en toi David!"

Parfois, j'ai l'impression d'entendre Schwarzy m'encourager. Dans le miroir fixé au plafond je me fais un clin d’œil après m'être longtemps défié du regard, voir qui cille en premier, moi ou mon reflet.

"La performance est un combat contre soi-même."

Voila le genre d'adage qui me booste dans l'effort et qui me revient en tête comme une compilation que j'aurais fait sur une cassette audio. Je ne me rappelle plus vraiment si elle est tirée de la page facebook de "Super physique" ou si c'est une citation de l'autobiographie de ce cher Arnold.
Assis sur le dos, j'enfile le coussin pneumatique de voyage en forme de croissant autour de mon cou - pour éviter de me briser les cervicales - et envoie en arrière mes jambes. Je prends une profonde respiration puis une grande impulsion avec mes pieds et me balance d'avant en arrière comme le cheval à bascule en bois que j'avais enfant dans ma chambre.

"David, Fixe toi un objectif à atteindre et fais tout pour y arriver" me disait ma mère.

J'imagine qu'elle n'avait pas ce genre de projet en tête à l'époque pour le petit garçon obèse et introverti que j'étais.
Les veines saillantes qui relient mes muscles des trapèzes au court fléchisseur du petit orteil en passant par le bulbocavernosus - en des termes moins barbares il s'agit du muscle qui permet l'érection - sont à deux doigts d'exploser. Mon pénis qui n'en est pas moins constitué de muscles nécessite le même soin que les autres, je dois le travailler, le façonner.

"JUST DO IT"

Le slogan de la pub pour Nike, résonne de la télé fixée au mur, que j'ai incliné dans ma direction.
La transpiration graisse les rouages, joue le rôle de lubrifiant pour la machine que je suis. Cette machine à succions autonome.
Maintenant, mon pénis est turgescent, pointé droit vers ma bouche que j'ouvre grande pour l’accueillir. Je tends la langue en guise de tapis rouge. Là-dedans ça se passe comme dans une station de lavage pour voiture. D'abord on rince, ensuite vient la mousse puis on frotte et rince à nouveau.

"Encore un effort David, pousse jusqu'à la rupture musculaire."

J'y suis enfin arrivé! Pris par l'enthousiasme, j'accélère le rythme, par de petites contorsions vives du cou, je sens bientôt la peau douce de mon gland caresser mes dents de sagesse. J'essaie de toucher ma glotte quand quelque choses me tire sur le ventre, comme un spasme ou plutôt une crampe abdominale, oui c'est une crampe, la plus violente que je n'ai jamais eu.
Dans l'élan et la surprise j'ai éjaculé dans ma propre bouche, et manqué de m'étouffer avec un réflexe de déglutition. La douleur devient insupportable, j'ai failli m'en mordre la bite, je parviens tout juste à la retirer en secouant la tête dans tous les sens comme un chien qui se mord la queue. Je reprends ma respiration mais réalise qu'il est trop tard, mon ventre se gonfle de liquide, ma peau devient rougeâtre, mon cœur s'emballe, mes sens se troublent, je perds connaissance.

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