lundi 1 mai 2017

Clémence 

Ma petite Clémence, tu étais une fille ambitieuse jusqu'à aujourd'hui : des heures supp non payées à n'en plus finir, une rigueur et ponctualité à faire pâlir un horloger suisse, une tenue toujours impeccable assorti d'un sourire charmeur en toutes circonstances.
Et cela ne t'as pas toujours était bénéfique...car plus tu deviens compétente plus tu es indispensable et moins tu es considérée.
Ma bonne poire, à trop en faire cela te dessert.
Bienvenue dans le monde impitoyable du travail.
Pauvre Clémence, toi qui voulais juste être professionnelle.
Oui, il faut bien que quelqu'un s’apitoie sur ton sort et qui d'autres le ferait mieux que toi ?
Ne dit-on pas le travail est toujours mieux fait que par soit même?
Et au final tu as fait tout ça pour quoi ? La reconnaissance. Pour qui ? Un patron aussi ingrat que radin.
D'ailleurs, de lui parlons en...ce matin il a eu le toupet de te convoquer dans son bureau pour te présenter ta nouvelle chef.
Tu sais celle qui vient d'arriver et qui t'a piqué ta promotion.
Ce poste de responsable que tu attendais depuis si longtemps et qui ne viendra jamais.
Tout ça parce que ton boss sait aussi bien que toi que tu n'osera pas le lâcher, et encore moins saboter ton travail.
Ah ça non, tu es bien trop consciencieuse.
Pour cela tu peux t'auto-féliciter! Bravo, tu as tout gagné ma grande!
Enfin bon c'est normal d'être déçu, tu as manqué de cynisme et dans ce monde il en faut.
Regardes, plus tu es pourris mieux tu es servis, cette pouffiasse qui ne comprends rien au boulot et qui ne doit son job qu'a la mini jupe qu'elle a osé porter à son entretien d'embauche. Non mais sérieusement, qui fait ça ?
Si toute fois tu avais encore un doute, sur le bien fonder de ce monologue intérieur il te suffis de penser à ton ex.
Rappelles toi ce salaud qui t'as trompé avec la moitié de l'immeuble. Il a même essayé avec tes copines.
Là dernière fois que tu l'as croisé il roulait en Porsche Cayenne avec son heureuse petite famille. Deux enfants, appelés avec les prénoms que vous aviez choisis ensemble avant même que cette pouffiasse ne te le pique.
Si il y a bien une chose à retenir c'est que pour réussir soit tu fais la pute soit la cassos.
Bref, tout ça pour dire que tu as besoin de repos, de faire un break, de prendre du temps rien que pour toi, sinon c'est le burnout assuré!
Et tu le sais très bien avec les soldes qui arrivent précédés des sempiternelles ventes privés pas la peine de demander à pauser des vacances ou même un jour ou deux, la réponse tu la connais ce sera négatif!
Reste qu'à faire la cassos, puisque t'es congés seront refusés autant te faire porter pale.
La vrai question c'est : vaut-il mieux simuler ou faire en sorte de vraiment tomber malade ?
Envisageons toutes les possibilités : embrasser des gosses dans une crèche ; lécher la cuvette des toilettes d'une aire d'autoroute ; sucer un clodo ; (Est ce que cela ferait il de moi une pute même si celui-ci est dans l'incapacité de me payer?!) manger un kebab ;
En effet tout cela n'est pas très engageant surtout pour une hypocondriaque comme toi.
Tu devrais plutôt opter pour la simulation, entre nous ce n'est pas comme si tu n'avais jamais pratiqué cet art subtil. C'est même avec un certain talent que tu t'y adonnée avec ton ex.
Là ce sera différent, c'est un médecin que tu vas devoir tromper, un spécialiste, quelqu'un qui se base sur des phénomènes physiques et pas seulement sur tes dires.
Il est loin le temps ou il te suffisait de mettre le thermomètre en contact avec une ampoule chaude pour faire croire à ta mère que tu avais de la fièvre pour ne pas aller à l'école.
Quand il te demanderas la raison pour laquelle tu as prise rendez vous tu lui répondra que depuis hier soir tu as des nausées, que des crampes abdominales ton empêcher de dormir et fait vomir 3 fois.
Bon et si vraiment tu veux être sûre d'être convaincante pourquoi ne pas lui parler de tes diarrhées?
N'oublie pas de venir à jeun, aspire de l'air en grande bouffées suffocantes pour faire des rots de vomis, en plus de te donner une haleine nauséabonde cela fera aussi pleurer tes yeux. Bien sur, viens sans t'avoir brosser les dents sinon cela annulerait tout l'effet.

Petites astuces de grand-mère : (bien que grand mère n'ai pas eu à faire cela, elle n'avait pas le droit de travailler à son époque)
Celle-ci tu l'as trouvé sur internet (il y a tout sur internet sauf un mec pour toi)
- Pour un teint pâle : utilise de l'anticerne vert que tu étales sur ton front et tes joues et n'oublie pas de faire le cou. N'abuses pas du subterfuge sinon cela sera flagrant.
- Pour des yeux larmoyants : appliques une petite quantité de dentifrice sur tes paupières inférieures pendant environ trois minutes pour avoir la sensation que tes yeux brûlent.
C'est marrant toute cette préparation pour 3 fois rien, tu ne vas quand même pas faire le casse du siècle.

Pour les arrêt maladies les tarifs sont les suivants :
- une Gastro : de 2 à 3 jours
- un mal de dos : 7 jours mais dans ce cas là impossible de justifier le fait de sortir de chez soit.
- pour dépression : de 3 semaines et jusqu'à 1 mois dans ce cas là j'ai peur de ne pas être aussi bonne actrice.
Rester raisonnable, c'est ce que tu as choisi en optant pour la gastro.
La porte de la salle d'attente s'ouvre, le médecin dans son ensemble classique blouse blanche lunette sur le nez, couronné par sa calvitie appelle ton prénom et t'invite à le rejoindre.
Sorti de ta somnolence que tu feignais la tête appuyée sur ta main, tu avance lentement et avec difficulté jusqu'à son cabinet.
Il s'installe au siège derrière son bureau, tu t'assoie en face de lui et là commence ta plaidoirie. Que le spectacle commence!
Ton speech parfaitement roder grâce à tes nombreuses répétitions préalable devant le miroir te permet de passer à l'étape suivante : l’auscultation.
Et là, comme étourdie, tu te lève lentement de ton fauteuil, chancelante, une main appuyé sur son bureau pour t'aider à garder l'équilibre.
Tu te diriges à petits pas vers le lit médical bordé de papier saupalun, enlèves les 3 couches de vêtement pour te donner chaud et rendre ta peau moite de sueur et simuler la fièvre.
Soudain, tes épaules se hausses, comme si tu étais parcouru par un frisson et c'est la tout le but.
Il passe le bout métallique et froid de son stéthoscope sur ta poitrine et dans ton dos, s'arrête, écoute dans son appareil, te demande de respirer plus fort puis le retire.
Tandis qu'il retourne à son bureau pour rédiger une ordonnance, tu te rhabilles, lentement. Toujours.
Une fois qu'il te remet l’arrêt de travail retiens toi de sourire, fais-le intérieurement à la place tu hoches la tête, dis merci docteur et le tour est joué!
Mais contre toute attente, celui-ci te donnes une deuxième ordonnance, sur un ton qui se veut être rassurant mais qui cache mal son inquiétude celui-ci te conseille de faire des examens complémentaires plus poussés avant de reprendre le travail et de revenir le voir car cela pourrait être plus grave qu'il n'y parait.
Sur le coup, tu crois à une blague, il te fait marcher c'est certain, sauf que lui a l'air meilleur acteur que toi.
Tu as envie d'avouer la supercherie, lui dire que tout ça n'était que de la comédie dans le seul but de te faire prescrire un arrêt maladie.
Seulement voilà, tu es prise au piège de ton propre mensonge, dans les rouages d'un engrenage qui est hors de ton contrôle.

"Écoutes, tu n'as pas à t'inquiéter. Tu viens de mettre un pied dans la trentaine! Tu es un peu fatiguée voila tout! Et tu va avoir quelques jours de repos bien mérité! Youpie!"
En rentrant chez toi, tu jubiles du tour que tu as brillamment orchestré mais la saveur de la victoire à comme un arrière gout amer et rance.
Fais toi couler un bain ma grande, sers toi un grand verre de vin rouge et détends toi. Profites du moment.
A toi la grasse mâtiné et 3 journées entière à te goinfrer de chocolat en matant des séries, tout en trainant sur Tinder.
D'ailleurs, ça fait un moment que tu n'as pas eu de match.
En même temps toutes tes affinités sont inactives depuis un moment, à croire qu'ils ont trouvé ce qu'ils cherchaient et quand tu fais une recherche de nouvelle personnes à proximité, rien n'apparait comme si tu étais au beau milieu d'un désert ou de la Creuse.
Ici, personnes ne vous entendra pleurer.
Tout bien considéré, la fin du film Alien le huitième passager où Helen Ripley se retrouve seule a dériver dans l'espace avec son chaton ça te ressemble tellement.
En même temps, tu ne peux t'en prendre qu'à toi même ta description n'est pas très ragoutante et tes photos...
Que dires de tes cheveux aux fourches sèches (tu devrais retourner chez le coiffeur si tu n'en avais pas une peur panique) ton acné juvénile qui te poursuit à bientôt la trentaine (la dermato appelle ça une rosée moi j'appelle ça se faire baiser!) tes cernes qui trahissent quand même ton age (une momie adolescente?), tes hanches de femmes enceinte (on dirait que tu viens d'avoir des quadruplés!) et ton menton de dindon.
Soyons honnêtes tu n'es plus de première fraicheur.
Avec pas moins 6237 femmes en île de France pour seulement 5837 hommes, tu n'es plus dans la course.

Deux jours entier à trainasser en pyjama et te goinfrer devant des séries. Un seul constat s'impose : on se fait chier à la maison.
Tu sais quoi ? T'aurais du tenter la dépression, au moins comme ça tu serais partie en vacances.
Dommage que tu aies trop peur de l'avion...et puis si l'inspection de la secu passais te voir tu étais mal.
Quel vie de merde, c'est ce que tu pense et tu t'ennuie tellement que que tu te suiciderais bien si tu n'étais pas aussi lâche.
Oui, tu as raison reste raisonnable. Il ne faudrait pas abusé de la situation.

Depuis que tu avais vu ton médecin, tu ne parvenais plus à avoir l'esprit tranquille, tu y pensais sans cesse.
Et si il disait vrai ? Si le pire scénario se réalisait?
Toi qui ne tombe jamais malade, qui ne va chez le médecin qu'une fois par an, ce serait le comble de l'ironie, ce serait totalement insensé.
Toute cette attente de tes résultats du laboratoire d'analyse pour qu'une fois que tu les aies sous les yeux, tu ne parviennes à les décrypter.
Ce ne sont que des termes médicaux et des chiffres qui échappes à ta logique.
Heureusement la secrétaire de ton médecin t'appela pour te demander de venir au cabinet.
Comme d'habitude ce cher docteur t'ouvrit la porte mais cette fois il dégagea un siège et te conseilla de t'assoir.
Il avait ce sourire gêné accompagné de ce regards fuyant qui te rappelais celui de ton ex, le jour où il t'as largué.
Et quand il a enlevé ses lunettes et croiser ses doigts, là à ce moment précis tu as compris que cela ne présageais rien de bon.
"Les résultats indique que vous êtes très probablement atteintes de la Myofascite à macrophages.
Bla bla bla...C'est une maladie dégénérative très rare, il n'y a que seulement 1000 cas connu en France. Mais ne vous inquiétez pas...bla bla bla" T'as-t-il dit dans un flot de paroles voulant noyer tes sanglots.
A l'entendre, avec son ton complétement détaché, lisant les analyses d'un air serein on pourrait penser que cela concerne un autre patient, qui serait dans une autre pièce.
Il continua de lire tes analyses d'un air serein face à toi, ignorant ta stupéfaction comme si tu étais déjà morte et enterrée.
Ton sang bouillonna dans tes veines jusqu'à embuer tes yeux, des torrents d'insultes se déversèrent dans ton esprit sans parvenir à franchir le barrage de tes lèvres sellés par la bienséance.
C'est à ce moment précis que ta vie bascula, tout te revint en pleine gueule, comme submergée par une grosse vague émotionnelle.
Un tsunami de regret dans lequel tu te noya.
Toutes ses séries que tu ne verras pas entière, tout ses livres que tu ne pourra lire, le mari, les enfants et le chien que tu n'auras pas, de même que la mignonne petite maison en banlieue et les vacances à la Baule.
Et que vont devenir ta collection de mug et de vernis à ongle???
Si jusqu'à maintenant tu n'avais pas vécu en touriste de propre vie, allant jusqu'à même te parler comme une personnes extérieure, tu n'aurais pas de regret.
Je le savais le temps m'étais compté (et que je le veuille ou non) désormais je ne pourrais plus conjuguer ma vie au futur, ni même au conditionnel mais seulement au subjonctif présent.
A moins que je me ressaisisse.
Oui, je prend ma vie en main, je fait ce que je veux. Ici et maintenant, je ne suis plus sage, ni gentille, fini la bobonne de service.
Marre de répondre aux désirs des autres sans jamais être à l’écoute des miens.
Si demain...Je veux faire avant :

- Emprunter à plein d'organisme bancaire pour des crédits à la consommation le plus possible.
Je pousse mon chariot rempli à ras bord des allées jusqu'aux caisses sans visibilités, le monticule de gadgets et de vêtements s'élève au dessus de moi.

- Faire du shopping dans l'avenue Montaigne.
C'était la suite logique non?

- Remplir mon frigo uniquement avec du chocolat et du vin rouge.
Le livreur de Nicolas et Léonidas ont halluciné sur les quantités, ils m'ont même fait un prix de gros!

- Regarder tout ses putains de films dont tout le monde parlent tout le temps!
The Fountain, American Psycho, The machinist, Usual Suspects, The Game, L.A Confidential...
C'est vraiment comme ça que je compte passer mes derniers jours ? En me goinfrant devant des films dans mon canapé?!

- Mettre une tenue que j'ai acheté et n'ai jamais osé porter.
Toutes ses paires de talons qui prennent la poussière dans mon placard, ses robes sous cellophane dans mon armoire qui portent encore l'étiquette du prix et que je n'ai jamais mis.
Pourquoi ? Par manque de confiance en moi très certainement.

- Se bourrer la gueule, rentrer en boite seule et ressortir accompagnée.
Ou scénario alternatif : se bourrer la gueule, se faire refouler d'une boîte minable, se faire ramasser par les flics, finir en cellule de dégrisement.
Arrivée un peu pompette mais suffisamment parfumée pour ne pas attirer les soupçons du videur.
Et puis dans cette tenue, il m'aurait quand même laissé rentrer quoiqu'il arrive.  Ce soir je suis trop bonne! Oui, l'alcool aide beaucoup à améliorer mon estime personnelle.
La boite est remplie...de gens du boulot. C'est le dernier endroit où j'aurais voulu me retrouver avec eux.
Je ne peux les tenir à l'écart bien longtemps avec leurs regards compatissants, leurs tapent sur l'épaule et pour les plus hypocrites le câlin.
1 semaine d’arrêt maladie c'est normal, 2 encore acceptable mais au bout de plus de 3 semaines tout le monde se fait une idée très claire de ton état.
Avant je n'aurais pas oser boire autant devant eux alors que je suis en congés maladie et surtout en sachant que mes moindres faits et geste lors de cette soirée sont épiés, rapportés et critiqués.
Maintenant de tout ça, je m'en fou.
C'est peut être la dernière fois que je les vois, qui sait.
Je vais au comptoir pour me faire payer un verre par une connaissance de travail qui m'as pris en pitié quand je tombe nez à nez avec Thomas.
Thomas, c'est mon crush depuis un moment déjà. Il bossait dans la galerie marchande, le magasin de lunette en face de ma boutique.
On se voyait tout les matins, on se faisait un coucou pudique de la main sans jamais oser s'approcher ou s'adresser la parole, juste du contact visuel rien de plus.
"Salut Clémence, ça va?" Il connais mon prénom, j'en déduis qu'il s'est renseigné sur moi auprès de nos relations communes.
C'est bon, je me lance, m'avance vers lui et prends mon courage à deux mains que je lui enserre autours du cou pour lui faire la bise. Rien à perdre et plus rien à espérer.
"Ça fait un moment que je t'ai pas croisé au magasin!" me lance-t-il par dessus le son de la musique et je lui réponds que "j'étais en vacances!".
A mon teint pale il s'interroge et je le devance en ajoutant "à Oslo, c'est superbe." 
Sans jamais se lâcher du regard on continue de siroter nos verres, il m'en paie un autre, on danse, on boit, on fume des clopes jusqu'au matin.
Et quand je regarde mon téléphone pour commander un Uber, Thomas me propose de me ramener.
Devant chez moi on s'embrasse et bien que j'aimerais le faire monter avec moi il suffit que je pense une seconde à tout le bordel que j'ai laissé dans l'appartement pour oublier cette option.
Afin de ne pas le frustrer de trop, je l'embrasse sensuellement et tout gentleman (patient et compréhensif) qu'il est, repart avec la promesse de me revoir le soir.
Et c'est ce que nous faisons et tout se passe à merveille, le sexe, les discussions et les fou rires entre chaque rapports et même la nuit, endormi l'un contre l'autre.
Je poursuis ma liste :

- Faire mon baptême de l'air et du saut en parachute.
Après mette envoyer en l'air je n'ai plus le vertige maintenant, j'affronte mes peurs. Et puis si il s'écrase, j'ai mon parachute! Et puis si mon parachute ne s'ouvre pas?!
Trop tard, l'instructeur m'a déjà envoyé par dessus bord sans prévenir. C'est un peu une métaphore de ma vie, de mon état de santé.
Vu du ciel, tout est si petit et c'est étrange comme la descente semble rapide et lente à la fois.
Dans notre chute nous traversons les nuages, nos corps secoués par le vent quand d'un coup nous planons paisiblement et je ne peux m’empêcher de penser à l'éventualité d'une place pour moi là haut.
Sur la terre ferme, bien que ravi je sens que l'expérience m'a éprouver physiquement.
Je ne saurais dire si c'est le choc du changement d'altitude, l'enchainement de soirées arrosées sans beaucoup d'heures de sommeil ou les symptômes clinique de la maladie qui s'accentue sous l'effet de tout ça.
Assailli de douleurs musculaires et articulaire, fiévreuse et barbouillée.
Je me sent toute faible d'un seul coup, à la limite du malaise vagal, mes sens se troublent. La dernière pensée que j'arrive à formuler dans mon esprit et la suivante : "je dois voir le médecin" et puis soudain le trou noir.
Quand je me réveille je suis dans un camion de pompier en direction de l’hôpital.
Monter à l’intérieur de l'un de ses engins, j'en avais toujours secrètement rêver mais ce n'était pas sur ma liste.
A l’hôpital un médecin des urgences m’ausculte tandis que je lui explique ma situation.
Dés le lendemain, j'ai rendez-vous avec un spécialiste. Le docteur
Celui-ci m'explique que la maladie passe par 3 stade :
Le premier étant appelé « de précarité » qui associe des troubles physiques et neurocognitifs invalidants, le deuxième un état « de décharge » ou d'incapacité fonctionnelle totale par perte de l’éveil et le troisième et dernier l'état « de grâce », une bouffée de rémission proche de l’état sain.
Suite à quoi il me fait un court monologue pour en venir au fait que cette maladie est actuellement incurable mais...et il y a toujours un "mais", il existe un traitement expérimental qui est actuellement à l'étude auquel il me propose de participer.
Bien entendu, rien de tout ça n'est gratuit et si les résultats ne sont pas garantis ils sont selon lui très encourageant.
La question qui se pose à moi maintenant est la suivante : A quoi bon me rajouter plus de médicaments que je n'en prends déjà en sachant pertinemment qu'ils ne vont pas me guérir?
Car je ne suis pas dupes, je sais comment ça se passe ces phases de test médicamenteux.
Au mieux ce sont des placebos, au pire ils développent des effets secondaires indésirables ou comment finir plus mal que je ne le suis déjà.
Je ne vois pas l’intérêt, pas me concernant en tout cas, il est seulement celui des firmes pharmaceutique de m'utiliser comme cobaye non rémunéré. L'exploitation de la détresse et du désespoir des plus misérables.
Aussi, je pourrais me dire que je n'ai rien à perdre mais en fait si, le temps m'est compté et c'est pour ça qu'il faut que je continue ma liste :

- Se faire tatouer.
Je choisi un motif plutôt original, quoique morbide, ma date de naissance et de mort, mon épitaphe quoi.
Il est situé dans le haut de mon dos, prés de la nuque, caché par mes cheveux.
Par contre il faudra éviter la levrette avec Thomas.
Mince! je n'y avais pas pensée, je le vois demain...Comment vais je faire pour cacher ça?!
J'ai une idée, consulte la suite de la liste ma grande!

- Faire de nouvelles expérience sexuelle : le jeux SM.
Revêtue d'une combinaison latex, je l'attends sur mon canapé.
Intrigué quoique surpris, il se prend au jeu et nous baisons sur fond de musique techno industrielle.

- Se faire dire la bonne aventure, tirer les cartes, prédire l'avenir dans le mar de café par une medium :
"Je vois un futur radieux, oh vous allez avoir une belle et longue vie." Sans déconner, genre, sérieusement ? Elle se fout de moi, c'est ça ?
J'aimerais la payer avec des faux billets si je le pouvais, elle n'y verrait rien avec ses lunettes à triples foyer. Le comble pour une voyante!

- Diner dans un restaurant 5 étoiles.
Je donne rendez-vous à mes 3 meilleures copines et à Thomas (étrangement pour lui c'est moi qui invite) au restaurant gastronomique étoilés, la Cascade dans le 16eme arrondissement.
Après de rapide présentation de Thomas à mes copines, nous prenons place sur les chaises aux dossiers de velours dans ce décors historique, sous les dorures et moulures des hauts plafonds, à la lueurs des lustres de cristal et des chandeliers qui partout se reflète dans les miroirs de ce pavillon somptueux du Second Empire.
Le serveur vient prendre notre commande, accompagné du sommelier qui débouche une bouteille de champagne avant d'en remplir les flutes de cristal et de l'a déposé dans le sceau en argent.
Et je lève mon verre pour porter un toast et rien ne vient, je voulais leur révéler ma maladie, la vrai raison de leur présence ici avec moi mais je suis incapable de le faire en regardant leur mines réjouies s'attendant certainement à une bonne nouvelle.
"Clémence??? Tu voulais nous annoncer quelque chose? Pourquoi nous as tu réunis ce soir?"
A cet instant précis je me dis en mon fort intérieur que j'aurais certainement dû choisir un autre restaurant, la tour d'argent ou le Jules Verne par exemple au moins j'aurais pu me jeter du haut du 2eme étage de la tour Eiffel
Manon donne un coup de coude à Charlotte qui vient de prendre la parole en ajoutant "Oui, je pense que c'est pour nous présenter Thomas..."
Déstabilisée, je ne trouves qu'a bafouiller "Aussi, oui, oui, enfin non, non mais voila...j'ai...j'ai..."
"Tu as ????" ajoute Charlotte en avançant le menton, le coup tendu en avant.
Inspirant profondément je réponds "J'ai...gagné au loto."
"Je suis tellement contente pour toi!!!" s’esclaffent Manon et Zoé!
Charlotte visiblement peu convaincu par mon annonce fait mine d'être heureuse pour moi et se mue (je la connais si bien) dans un silence suspicieux.
Avant de quitter le restaurant, nous sortons fumer sur la terrasse.
Je demande une cigarette à Manon, qui bien qu'hésitante me la donne quand même. Ma santé et le cadet de mes soucis maintenant que mes jours sont comptés.
Incrédule Charlotte m'interroge "c'est quoi ce tatouage que tu veux pas nous montrer? Et depuis quand tu t'es mise à fumer? Qu'est ce qui t'arrive Clémence? Tu nous caches quelques chose?!
"Tu ne peux pas te contenter d'être heureuse pour moi ? Il faut toujours que tu sois jalouse, c'est dingue ça quand même!" je rétorque une dernière fois avant de lui dire au revoir froidement en réfrénant mon envie de pleurer.

- Jeter une bouteille à la mer.
Ivre et mélancolique je me pose sur les quais avec une bouteille de champagne à la main.
Je bois au goulot et m'en renverse la moitié dessus.
Thomas m’enlace, me couvre les épaules avec son manteau.
Sur un petit bout de papier qui trainait dans mon sac à main j'écris "à l'aide" en fredonnant les paroles d'une chanson de Balavoine (j'aurais pu penser à la chanson de Police mais ne connaissais pas les paroles) puis introduit le message de détresse dans la bouteille de verre que je referme et jette dans la Seine.
Maintenant je suis trop ivre pour bouger un petit doigt, pour éviter que ma tête ne tourne je ferme les yeux jusqu'à m'assoupir dans ses bras.

- Dormir sur une plage.
Avec Paris plage ça marche quand même non ?

- Un baiser romantique sous la pluie.
Une goute me tombe sur le front, une deuxième dans le coup, une autre sur le poignet comme des baisers déposés par les dieux.
Thomas me soulève à bout de bras, me porte pour me mettre à l’abri et de mes mains je penche son visage sur le mien et l'embrasse les yeux mis clos, tout deux transportés dans une scène de cinéma dont nous sommes les héros.
Je le sais ce sera nos adieux, je n'ai pas la force de lui dire alors je lui fait comprendre corporellement.

- Tomber amoureuse

- Aller à las Vegas

- Se marier

Je commence à m'attacher à lui et lui aussi, nous n'avons pas d'avenir ensemble. Il faut que je prenne de la distance au sens propre comme figuré.

- Voyager dans un pays étranger : destination le Pérou!
Pourquoi ? Pourquoi pas tiens!
A peine arrivé à Lima que je suis déjà malade.
Je ne serais dire si c'est encore un symptômes de la maladie ou la tourista mais je suis cloué au lit.
Incapable de quoique ce soit, je suis dans un état végétatif, de somnolence quasi permanent.
Pour moi le séjour se résumera aux allez retour entre le lit et les toilettes dans la chambre d’hôtel.

- Escalader une montagne : Mucha Picchu
Retour aux pays, ça évitera à ce qu'on fasse rapatrier ma dépouille car je le sais la fin approche...
En cherchant rapidement de l'inspiration sur internet, j'ai tapé bucket list, to do list et things to do before dying.
C'est dingue le nombre de résultats que j'ai obtenue, bon c'est sur des gens qui meurent y en tout les jours et c'est pas ça qui manque mais quand même.
Adopter un chien à la SPA (et qui va s'en occuper après?!), manger un truc que tu n'aimes pas (ben voyons, et pourquoi pas une tarte au caca non?),
donner ton sang (si je suis mourante/atteinte d'une maladie incurable c'est pas très malin), se faire enfermer dans un caisson d'isolation sensorielle (pourquoi le cercueil avant l'heure fatidique!).

- Se faire un lavement : (en prévision du décès, c'est jamais trop classe de se chier dessus en mourant)

Pour ne pas reproduire l'épisode de la tourista au Pérou!
Je me sens libre, soulager d'un poids, parce que je sais que je vais partir, quand et comment. Ne laissons pas durer le suspense plus longtemps...je vais me pendre.

- Jouer tout son argent en Bourse et tout perdre.

Je lègue mes dettes à mon banquier.

- S'excuser pour ses erreurs et dire aux êtres chers qu'on les aimes.
J'appelle ma mère, étant à moitié sourde je suis certaine qu'elle ne répondra pas au premier appel.
Ensuite c'est au tour de mes amies je profite pour les appeler pendant qu'elle travaille afin de tomber directement sur leurs répondeurs.
Puis, celui que je redoute le plus, le numéros de Thomas.
La voix tremblotante et l'esprit embrumé j'enregistre mon message d'adieu sur son répondeur.
Non sans peine je lui fait par de mes sentiments, de mes rêves avortés, toutes ces choses que j'aurais aimé partager avec lui qui seront à jamais des regrets. Nous nous sommes connus trop tard, je suis partie trop tôt.
Et il reste encore une personne que j'aimerai prévenir : mon patron, que je j'invite copieusement à aller se faire enculer par un régiment de lépreux sidaïque.

- Se déconnecter des réseaux sociaux et de son téléphone pendant 24h.
Tout arrêter pour apprécier les petites choses de la vie.
La tête toujours baisser vers cet écran je relève enfin les yeux vers le ciel.

- Regarder les étoiles.
En général, sous le ciel parisien on a pas souvent la chance de le faire à cause de l'éclairage urbain et de la pollution.
Je me surprend à prier, cela ne me ressemble pas et peut être que c'est la certitude de ma mort prochaine qui motive cet élan spirituel.
On sait pourquoi les églises sont remplies de personnes âgées.

- Regarder le levé du jour.
Éblouie par le crépuscule, émerveillé par la vue que m'offre les toits parisiens sur cette ville qui s'éveille.
Je ne peux m’empêcher de rallumer mon téléphone, une dernière fois.
D'abord pour prendre une photo. Pourquoi? Je ne sais pas. Après tout je ne pourrais pas la re-regarder plus tard. Voila un bien étrange réflexe qui me reste de mon ancienne vie.
L'écran affiche 4 messages en attente sur mon répondeur que je n'écouterais pas tout de suite, je dois d'abord me préparer.

- Rester éveillé 24h.
Malgré cette nuit blanche sans dormir je me sens en pleine forme.
J'en oublierais presque ma maladie et la semaine dernière.
Surement est-ce l'état de grâce précédent la mort qu'évoquait le médecin, cela veut dire aussi qu'il ne me reste que peu de temps pour...

- Choisir ma mort.
En tirant la corde pour tester sa résistance je me rappelle que c'est justement les poutres apparentes qui m'avait séduite en premier lieu lors de la visite de l'appartement.
Les pieds sur le dossier de  la chaise, j'enfile la corde autours de mon cou, active la fonction bluetooth de mon téléphone, compose le numéros du répondeur et met le son a fond.
Pour ne pas regretter et m’empêcher de mettre un terme à ce que je m’apprête de faire, je balance le téléphone sur le canapé, de façon à ce qu'il me soit hors de porté.
Allez, courage.
Je dois me rappeler que j'ai cette chance d'avoir le choix que d'autres n'ont pas.
La voix pré-enregistré de la messagerie retentit.
D'abord c'est ma mère que j'entends, sa voix aimante chargé d’inquiétude à croire que l'alarme de son instinct maternel s'était déclenché, qui me demande de la rappeler au plus vite.
En deuxième ce sont mes meilleures amies, Charlotte, Manon et Zoé qui toutes les trois me proposent de passer me voir et de se faire une soirée pyjama, prétexte habile pour s'assurer que je ne fasse pas une bêtise.
Le message de Thomas est un véritable crève cœur, il me fait une déclaration d'amour larmoyante ou je ne peux m’empêcher de pleurer avec lui.
Cela me donne la force nécessaire pour passer à l'acte alors que le quatrième et dernier message commence...
"Bonjour mademoiselle Padilla,"
je m'attend a ce qu'il s'agisse de mon patron, histoire de me conforter un peu plus dans mon choix mais à ma plus grande surprise je ne reconnais pas sa voix et cela viens se confirmer par ce que j'entends là :
"C'est le docteur Youness, je vous appelle pour vous annoncer une nouvelle qui devrait je pense vous réjouir.
Évidemment j'aurais préféré vous donner rendez-vous mais comme il est important que vous le sachiez au plus vite, je ne fais durer le suspens plus longtemps.
Il semblerait que vos résultats d'analyse aient été malencontreusement échangé avec celui d'une autre patiente en d'autres termes vous êtes en parfaite santé.
Dans notre jargon on appelle ça la Clémence médicale." dit il avec un sourire perceptible même à travers le téléphone avant de reprendre "Je vous laisse contacter mon cabinet pour effectuer une nouveau examen afin de confirmer tout cela. Bonne journée mademoiselle Padilla."
Abasourdie, autant par ce rebondissement que par l’afflux sanguin dans ma tête augmentant sous la pression qu'exerce la corde serré sur mon cou.
J'essaie alors de me décrocher tant bien que mal, tâtonnant dans le vide du bout des pieds, cherchant désespérément le dossier de la chaise.
En baissant le regard je vois qu'elle est tombé par terre et comprends que je ne peux rien faire, ni atteindre mon téléphone pour décrocher ni quoique ce soit pour m'accrocher.
Cette fois, je suis prise à mon propre piège.