mardi 8 août 2017



Objetssion

Qui n'a pas un objet fétiche, un porte bonheur, un grigri ?
Cela peut-être un billet ou une pièce, un trèfle à 4 feuilles, un fer à cheval (pas pratique mais c'est vous qui voyez...), une mèche de cheveux (ça fait un peu serial-killer vous ne trouvez pas?) ou une toupie comme dans Inception Bref...quel qu’en soit la forme on l'a toujours sur soit.
C'est cette petite chose qui vous rassures, qui vous réconfortes dans les moments de stress. Vous aides a vous détendre.
La différence entre vous et moi, c'est que contrairement à vous...et bien moi j'en ai plein.
Mais avant de vous parler un peu plus de moi je baisse la lumière d'une caresse sur le variateur halogène.
Une ambiance tamisé est plus approprié pour une confession intime ne trouvez vous pas ?
PAF!
Elle a éclaté. Tant pis pour l'ambiance...je vais devoir la faire courte. Je savais bien que j'aurais dut prendre une ampoule LED.

Fini de tourner autour du pot, il ne me reste que peu de temps et c'est quelques mots à taper sur mon ordinateur en guise d'explication.
Si on voit ce qui m'arrive d'un point de vue médical (je parle de ça après mon autopsie), je n'ai pas d'antécédent familiaux, sauf ma tante et sa collection d'éléphant en porcelaine.
A ce propos je me suis toujours demandée s'il fallait y voir là un symbole phallique?
Désolé je fais ma psy là, j'ai cette tendance à etre un peu trop boulot boulot parfois.
Ou mon petit frère et sa collection de bille quand nous étions enfant peut être?
Tout est lié à l'enfance et l'adolescence c'est ce que dit la psychanalyse.
Selon Freud votre comportement se réfère à votre sexualité infantile.
Ce qui explique en partie pourquoi j'ai un petit faible pour les ballons, avec toutes ces formes, ces courbes, ces couleurs, cette chaleur qu'ils dégagent.
J'aime me frotter dessus, jusqu’à ce qu'ils éclatent et que nous implosions ensemble. Vous l'aurez compris, mon jeux favori enfant était la piscine à balles multicolores.
Voila, c'est dit je suis une femme à objet et non "femme objet" attention!
Et détrompez-vous, je ne suis ni vénale, ni matérialiste, simplement objectophile.

Sur ma table de chevet vous ne trouverez pas "cinquante nuance de gris" mais juste quelques livres de design et un catalogue pour une boutique d'ameublement.
Quand je vais y faire du shopping, j'adore me promener sans culotte dans les rayons.
Choqués ? Dites vous que certain se tape bien des moutons ou se font lécher par leurs chiens.
Je ne vais pas m'étendre sur la zoophilie, de une parce que je ne le suis pas et de deux parce que le vrai sujet de ma confession est L'anthropomorphisme.
Pour ceux qui ne savent pas ce qu'est l'anthropomorphisme, c'est la tendance que l'homme a de prêter des traits humains à des objets ou des animaux.
Après tout on fait bien l'inverse aussi, certains homme sont de vrais porcs et certaine femmes de vraies chiennes.
Quant à moi, je ne fait de mal à personnes et je ne maltraite même pas mes objets.
Pas comme ce Jimmy Hendrix qui brulait ses guitares...je ne vous parles même pas de Kurt Cobain.
Je ne sais pas vous mais moi j’appelle ça des violences conjugale. Tout ça parce qu’ils étaient mal accordé, vous vous rendez compte?

Ce que je veux dire par là, c'est que ce n'est qu'une question de point de vue.
Si vous allez à une expos de Jeff Koons, vous y verrez un sapin de noël déguisé en sextoy...à moins que ce ne soit l'inverse ?
Dans un sens les amateurs d'art sont tous objectophile.
Tout comme les collectionneurs en tout genre.
Maintenant vous comprenez mieux pourquoi certain hommes préfèrent leurs voitures à leur femmes.

Tout ça pour dire que je n'essaie pas là de vous convaincre d'adopter ma sexualité ou de son bien fondé mais si seulement tout le monde avaient été un peu plus tolérant envers moi, je n'en serais peut être pas là.
A être incapable d'assumer, a me sentir tellement rejeté que je préfère m'attacher à des objets.
Vous savez pourquoi tellement de gens voient des psy ?
Parce qu’ils ont tout simplement peur du jugement d’autrui.
Mais si ça peut vous faire sentir moins seuls, sachez que les psy eux même sont obligés de consulter.
Nous sommes tous névrosés.
Ce métier est une revanche sournoise, ce n'est pas pour vous guérir, je ne me considère pas comme membre du corps médical, c'est par pur voyeurisme voila tout.
Vous n'imaginez pas combien il est rassurant de constater que d'autres personnes, vos patients en ce qui me concerne, ont des problemes biens plus pires que les votres.

Et puis de nos jours, tout est filmé, tout est moqué, relayé sur la place publique.
Les forums internet, sont devenus les ruelles sombres qui accueillent les rébus, les déviants. Fétichiste en tout genre.
Je savais pertinemment que c’était dangereux quand je me suis inséré cette lampe halogène dans les fesses.
Bien entendu que mes parents m'ont déjà dit de ne pas jouer avec la lumiere.
Que voulez vous, c'est comme ça, on ne choisit pas de qui ou de quoi on tombe amoureux.
Tenez, il y a quelques temps de ça, j'ai connus quelqu'un qui était attiré par une ruche d'abeille.
Ce qui prête a sourire, c'est qu'une abeille va mourir en plantant son dard tout comme lui dans le nid.
L'image dans l'image, la duplication psychédélique, kaleidoscopique.
Tout bien considéré j'aurais pus aussi bien mourir sous les coups d'un homme violent, ou le cœur brisé comme cette ampoule dans mon anus.
Je sais ce que vous vous dites, une ampoule, qu'elle drôle d'idée!
Dans les dessins animés c'est le symbole qui est utilisé pour illustrer une bonne idée.
Alors que de moi on dira que j'avais les deux fils qui se touchent. Que je n'étais pas une lumière, ni même une tête d'ampoule a ce tarif là.

La vérité ce n'est pas que je peux très facilement rire de la situation, mais je le vis mal si les autres le font de moi.
C'est comme ça.
Et sincerement je ne suis pas sur de pouvoir supporter sa déchéance, l'obsolescence programmé de mon objet.
Vivre une vie ou je vois périr chacun de mes amants, me donnant l'impression d’être bicentenaire.
Enchainant des relations ephemeres sans jamais m'attacher, devant se séparer au moindre disfonctionnement, ne pouvant rien reparer et n'ayant d'autres choix que de remplacer l'autre continuellement.
Je préfère de loin, agoniser dans mon propre sang que de devoir survivre dans la honte ou ce deuil sempiternel.
Au moins dans la mort, qui est selon ma conception l'absence de tout, le neant est immatériel.

Partout autours de moi, les lumières de la ville s'éteigne doucement, les unes après les autres.
Celle présente dans mon ventre semblable à une veilleuse pour chambre d'enfant, commence à faiblir.
La lueur rougeatre disparait soudainement comme l'ont souffle la flamme d'une bougie.